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Mission difficile

Maha Salem , (avec Agences) , Mercredi, 06 avril 2022

Le premier ministre pakistanais, Imran Khan, a échappé à une motion de censure au parlement. Mais il doit rétablir une situation économique dégradée avant les élections anticipées dans 90 jours.

Mission difficile
Malgré la motion de censure du parlement, Imran Khan se maintient au pouvoir.

 Après avoir échappé à une motion de censure de l’opposition, le premier ministre pakistanais, Imran Khan, a obtenu, dimanche 3 avril, la dissolution du parlement et la convocation d’élections anticipées dans les trois mois. Ce coup de théâtre survient alors que Khan avait perdu il y a quelques jours la majorité parlementaire nécessaire pour surmonter la motion de censure déposée par l’opposition qui l’accuse de mauvaise gestion économique et de maladresses en politique étrangère. Mais à l’ouverture de la séance au cours de laquelle cette motion devait être examinée, le vice-président de l’Assemblée nationale, Qasim Suri, a créé la surprise en annonçant qu’il refusait de la soumettre au vote, la jugeant contraire à la Constitution. De son côté, Imran Khan a dénoncé les « ingérences étrangères » à l’origine, selon lui, des tentatives pour le chasser du pouvoir et annoncé qu’il demandait au président de dissoudre l’Assemblée nationale. Une demande acceptée par le président Arif Alvi, qui a décidé des législatives anticipées sous 90 jours.

Le premier ministre était dans une situation critique la semaine dernière, car son parti, le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI, Mouvement du Pakistan pour la justice), avait perdu sa majorité, quand un parti allié avait fait savoir que ses sept députés allaient voter avec l’opposition. Plus d’une douzaine de députés du PTI avaient également changé de camp, bien que la direction du parti ait essayé de les empêcher de voter par des recours judiciaires.

Washington accusé d’ingérence

Pour défendre son poste, Khan avait accusé les Etats-Unis d’ingérence dans les affaires pakistanaises, tout en annonçant qu’il a reçu un rapport de l’ambassadeur pakistanais à Washington, qui a enregistré à un haut fonctionnaire américain lui disant que les relations entre les deux pays seraient meilleures, si le premier ministre quittait ses fonctions. Washington a nié.

Mais Khan a de nouveau accusé, dimanche, les Etats-Unis de vouloir « changer le régime » au Pakistan en raison de son refus de s’aligner sur les positions américaines concernant la Russie et la Chine. « C’est la carte gagnante qu’il possède. Il utilise ainsi l’idée qu’il lutte contre l’intervention américaine dans les affaires internes de son pays. Car l’opinion publique refuse l’intervention étrangère dans les affaires du pays, mais il faut noter que l’opposition l’accuse de mauvaise gestion économique, d’inflation galopante, de roupie faible et dette écrasante et de maladresses en politique. Des accusations capables de mettre un terme à son avenir politique, surtout que le pays souffre d’une crise économique grave. Il a pu sauver son poste cette fois, mais il risque de perdre les élections. Le premier ministre a perdu beaucoup de sa popularité et il affronte actuellement sa plus grave crise politique depuis son élection en 2018 », explique Dr Sameh Rashed, politologue au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Selon les chiffres officiels, l’inflation a atteint 10 % en 2021, la croissance économique est restée nulle ces trois dernières années. La forte dépréciation de la roupie depuis juillet et le creusement de la dette ont rendu la position de Khan vulnérable. La détérioration de la sécurité, en particulier depuis la prise du pouvoir par les Talibans en Afghanistan à la mi-août, a aussi contribué à ses difficultés. Khan est arrivé au pouvoir en 2018, après la victoire aux législatives de son parti sur une plateforme populiste mêlant promesses de réformes sociales, conservatisme religieux et lutte contre la corruption. Comme chef du gouvernement, le promoteur d’un « Nouveau Pakistan » a d’abord capitalisé sur son image d’incorruptible et la lassitude de la société à l’égard des partis traditionnels, qui ont monopolisé le pouvoir pendant des décennies avec l’armée. Ses efforts pour positionner le Pakistan en acteur régional incontournable n’ont guère porté. Les liens avec Washington et les pays européens se sont distendus, notamment sous l’effet de ses diatribes contre l’islamophobie.

Les deux principales formations de l’opposition, le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) et la Ligue musulmane du Pakistan, ont dominé la politique nationale pendant des décennies, avec des périodes de pouvoir ponctuées de coups d’Etat militaires, jusqu’à ce que Imran Khan forge une coalition, en promettant notamment aux électeurs de balayer des décennies de corruption. Une promesse difficile à réaliser.

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