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Zelensky, la communication comme stratégie

Abir Taleb , (avec Agences) , Jeudi, 31 mars 2022

Loin du champ de bataille, le président ukrainien mène une guerre virtuelle de l’information à travers les capitales occidentales, s’appuyant sur une stratégie de communication politique pour faire entendre la voix de l’Ukraine.

Zelensky, la communication comme stratégie

T-shirt ou sweatshirt vert militaire, barbe de plusieurs jours mais bien taillée, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, est sur tous les écrans. Depuis le début de la guerre, il multiplie les apparitions. D’abord sur les réseaux sociaux, puis en s’adressant, par visioconférence, à des parlements. Sûr de lui, l’air tantôt sérieux, tantôt pressé, il s’y emploie à merveille, soignant la mise en scène et la parole. Zelensky, ne l’oublions pas, est un ancien humoriste et acteur qui a su parfaitement mettre à profit ses talents de comédien. C’est un homme de l’écran, à l’aise devant la caméra, il en connaît les codes, les maîtrise. Et surtout, il sait comment exploiter ses apparitions. Une gestuelle et des termes bien étudiés qui répondent au même objectif: de la visibilité pour attirer la sympathie, interpeller les citoyens et les parlementaires du monde entier.

Les discours, adressés à dix parlements en deux semaines, visent tous à mobiliser le soutien international. Et le président ukrainien le fait avec une série de messages très personnalisés et très adaptés. A chaque auditoire un message. Devant le Congrès américain, des références à Pearl Harbour et à Martin Luther King. Devant le parlement britannique, il évoque le célèbre « être ou ne pas être » de Shakespeare ou encore le discours emblématique de Churchill du 4 juin 1940, l’adaptant à la géographie de l’Ukraine. En France, il ne manque pas de citer la devise « Liberté, Egalité, Fraternité », faisant appel à la mémoire de la Première Guerre mondiale en affirmant que « Marioupol et d’autres villes ukrainiennes frappées par l’occupant rappellent les ruines de Verdun ». Devant le parlement japonais, c’est la menace nucléaire qu’il met en avant, soulignant les dangers auxquels son pays fait face avec les attaques russes contre les centrales nucléaires et le site de Tchernobyl. Et devant la Knesset israélienne, évoquant ses propres racines juives, il compare la situation de son peuple à celle qu’a connue le peuple juif au cours de la Seconde Guerre mondiale. Bref, des sujets soigneusement choisis à chaque intervention.

Guerre de l’image

Tout est donc minutieusement étudié. En effet, le président ukrainien est entouré de toute une équipe de jeunes. Des journalistes, des professionnels de l’audiovisuel, une jeune génération d’Ukrainiens, formés pour beaucoup dans des universités européennes ou américaines et qui savent écrire des discours sur mesure pour les parlements occidentaux.

En même temps, il veut incarner tant le leader démocrate que le leader martial en uniforme militaire. Dans toute sa posture, Volodymyr Zelensky se présente comme l’opposé du président russe, Vladimir Poutine, plus réservé, plus strict, plus classique, toujours en costume cravate. Le « bon » contre le « méchant » en quelque sorte.

Et toujours une constante: en jouant sur la corde sensible, Zelensky entend susciter la sympathie, émouvoir pour créer l’empathie et provoquer l’action, voire la culpabilité de ses interlocuteurs. Pour le moment, le président ukrainien semble gagner la guerre médiatique, alors que la bataille militaire, elle, s’enlise.

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