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Russie-Ukraine: L’heure des marchandages

Abir Taleb , (avec Agences) , Jeudi, 31 mars 2022

Des signaux « positifs » sont sortis de la nouvelle session de pourparlers russo-ukrainiens tenue mardi 19 mars à Istanbul. Moscou promet une désescalade, Kiev accepte le concept de neutralité, mais les Occidentaux restent sceptiques.

Russie-Ukraine  : L’heure des marchandages
Les discussions tenues mardi à Istanbul ont duré quatre heures. Elles devraient reprendre prochainement. (Photo : AFP)

Des signaux toujours contradictoires. Alors que la guerre en Ukraine est entrée dans son deuxième mois, et que la situation sur le terrain reste confuse, la nouvelle session de pourparlers entre Ukrainiens et Russes, tenue mardi 29 mars à Istanbul, semble avoir apporté du nouveau. Les conditions pour une première rencontre entre le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, et son homologue russe, Vladimir Poutine, sont désormais «  suffisantes », a affirmé le négociateur en chef ukrainien, David Arakhamia, après la rencontre. Une demande jusque-là écartée par Moscou, quoique le négociateur russe ait déclaré qu’un sommet Poutine-Zelensky serait possible en cas d’accord, pour mettre fin aux hostilités. Le chef de la délégation russe et représentant du Kremlin, Vladimir Medinski, a fait état de « discussions substantielles » et dit que les propositions « claires » de l’Ukraine en vue d’un accord allaient être « étudiées très prochainement et soumises au président » Vladimir Poutine. Quant au président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui se pose en parrain de ces discussions et qui a tenu à accueillir les négociateurs avant de se rendre en visite en Ouzbékistan, il a déclaré: « Je pense que nous sommes entrés dans une phase où des résultats concrets doivent émerger des pourparlers. Le monde entier attend de bonnes nouvelles de votre part ».

Militairement parlant, la Russie s’est engagée à radicalement réduire son activité militaire en direction de Kiev et de Tcherniguiv. Ce qui n’a pas empêché le président ukrainien de dire: « Nous pouvons dire que les signaux que nous entendons dans les négociations sont positifs, mais ils ne font pas oublier les explosions ou les obus russes ». Ni le chef d’état-major ukrainien de se montrer encore plus sceptique. « Le soi-disant retrait des troupes est probablement une rotation d’unités individuelles qui vise à tromper le commandement militaire des forces armées ukrainiennes », a-t-il lâché. Idem pour le porte-parole du ministère américain de la Défense, John Kirby, qui a estimé que les forces russes autour de Kiev avaient certes entamé un « repositionnement », mais « pas un vrai retrait ».

Côté occidental, les annonces faites après la rencontre d’Istanbul ont été accueillies avec beaucoup de circonspection par les dirigeants occidentaux qui assurent vouloir juger Moscou sur ses actes. « On verra s’ils tiennent parole », a dit mardi le président américain, Joe Biden, à des journalistes, peu après s’être entretenu avec les dirigeants français, britannique, allemand et italien. « Il semble y avoir un consensus sur le fait qu’il faut voir ce qu’ils ont à offrir », a-t-il ajouté. Auparavant, ces dirigeants occidentaux avaient mis en garde contre tout « relâchement » face à l’invasion russe, et exprimé « leur détermination à continuer d’accroître le coût payé par la Russie pour son attaque brutale de l’Ukraine ».

Un tournant ?

A Istanbul, le négociateur ukrainien a expliqué que Kiev réclamait un « accord international » signé par plusieurs pays garants qui « agiront de façon analogue à l’article 5 de l’Otan, et même de façon plus ferme ». L’article 5 du traité de l’Alliance atlantique stipule qu’une attaque contre l’un de ses membres est une attaque contre tous. M. Arakhamia a cité, parmi les pays que l’Ukraine voudrait avoir comme garants, les Etats-Unis, la Chine, la France et le Royaume-Uni— membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu— mais aussi la Turquie, l’Allemagne, la Pologne et Israël. Kiev demande également que cet accord n’interdise en rien l’entrée de l’Ukraine dans l’UE, et propose que la Crimée et les territoires du Donbass, sous contrôle des séparatistes prorusses, en soient « temporairement exclus ». Pour résoudre la question spécifique de la Crimée, annexée par la Russie en 2014, Kiev propose « quinze ans » de pourparlers russo-ukrainiens séparés, selon un autre négociateur ukrainien, Mykhaïlo Podoliak.

Quant à la question de la neutralité, le vice-ministre russe de la Défense, Alexandre Fomine, a confirmé à Istanbul que « les négociations sur un accord sur la neutralité et le statut non-nucléaire de l’Ukraine » sont entrées « dans une dimension pratique ».

C’est donc cette neutralité de l’Ukraine, condition sine qua non russe à tout accord de paix, désormais reprise par Kiev, qui serait au centre des marchandages. Chacun tente maintenant de poser ses conditions et de préciser quelles concessions il peut faire. Avant la tenue de la rencontre d’Istanbul, deux annonces-clés ont été faites de part et d’autre: Kiev évoquant pour la première fois ce concept de neutralité; Moscou déclarant son intention de concentrer ses opérations à l’Est. Il s’agit sans doute d’un double message des concessions que chacune des parties est prête à faire: l’Ukraine accepterait, sous conditions, le statut de neutralité, en contrepartie, la Russie stopperait son offensive, mais sans pour autant « lâcher » le Donbass.

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