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A côté de la guerre, la guerre médiatique

Elza Goffaux , (avec Agences) , Mercredi, 16 mars 2022

Alors que la Russie resserre l’étau autour de l’information afin de promouvoir son propre récit, le voisin ukrainien inonde les réseaux sociaux pour mobiliser sa population et interpeller les puissances étrangères.

A côté de la guerre, la guerre médiatique

Dix jours après le début de l’offensive de la Russie sur le territoire ukrainien, la Douma, chambre législative russe, adoptait à l’unanimité une loi sanctionnant la diffusion « d’informations mensongères » visant à « discréditer » les forces armées. Prévoyant jusqu’à 15 ans d’emprisonnement, cette loi s’adresse à la population russe comme aux professionnels de l’information. Ainsi, de nombreux médias internationaux ont suspendu leur activité dès le 5 mars. Certains ont choisi de continuer de couvrir le conflit depuis l’étranger. Cette mesure a aussi affecté la presse russe. « Dans le contexte de la guerre de l’information, il fallait adopter une loi dont la fermeté était adaptée, ce qui a été fait », explique le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Dès le 25 février, les autorités russes avaient d’ailleurs interdit l’utilisation dans les médias des termes « guerres », « invasion » et « morts civiles ». Officiellement, c’est une « opération militaire spéciale » qui vise à « protéger » le peuple du Donbass pour éviter un « génocide » et « dénazifier et démilitariser » le territoire voisin.

Le chef d’Etat russe alimente donc un récit national en construction depuis les soulèvements d’Ukrainiens pro-russes dans la région du Donbass en 2014. Dans un essai publié en juillet 2021, intitulé « A propos de l’unité historique des Russes et des Ukrainiens », Vladimir Poutine explique que « les Russes et les Ukrainiens ne forment qu’un seul peuple, un tout » et qu’une « chose est claire : la Russie a en fait été dépouillée ».

A chacun sa version, à chacun sa stratégie

Cette guerre de l’information n’a pas seulement lieu dans la presse, mais aussi sur les réseaux sociaux : le régulateur d’Internet russe, Roskomnadzor, a ordonné le blocage de Facebook, qu’il accuse de « discriminer » les médias russes, et a restreint l’accès à Twitter et Instagram.

A l’inverse, le gouvernement ukrainien est très présent sur la toile et encourage sa population à documenter l’invasion russe. La stratégie de communication ukrainienne s’adresse à la fois à la population, pour stimuler l’effort de guerre et entretenir un esprit de défense, ainsi qu’aux alliés occidentaux, appelant aux sanctions.

Très présent sur les réseaux sociaux, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, fait figure de héros national : téléphone à la main, il parcourt les rues aux côtés des soldats, refuse de se faire exfiltrer et interpelle les autres chefs d’Etat. Les civils ukrainiens se mobilisent à leur tour, à l’image du compte Instagram Armée Internet d’Ukraine, qui publie en grande quantité afin de faire pression sur des acteurs politiques et économiques internationaux et isoler la Russie.

La stratégie médiatique est claire : début mars, le ministre ukrainien de l’Intérieur encourageait à « publier un maximum de photographies, de vidéos et de documents », notamment concernant les soldats russes faits prisonniers. En revanche, exhiber les soldats russes capturés vient à l’encontre de l’article 13 de la troisième convention de Genève de 1949 relative au traitement des prisonniers de guerre.

Le gouvernement ukrainien avait aussi faussement déclaré morts treize garde-côtes, présentés comme martyrs.

Une double stratégie qui risque de se faire en dépit de la diffusion d’informations vérifiées ou du respect du droit international, créant d’autant plus de confusion au sein de cette guerre médiatique.

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