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Ali Atef : Une levée totale des sanctions contre l’Iran est difficile

Maha Salem , Mercredi, 02 mars 2022

Après plusieurs mois, les discussions de Vienne sur le nucléaire seraient sur le point d’aboutir. Où en sont-elles? Eléments de réponse avec Dr Ali Atef, chercheur au Centre égyptien de la pensée et des études stratégiques (ECSS).

Une lev e totale des sanctions contre l Iran est difficile
La m diation omanaise a jou un r le important. (Photo : AFP)

Al-Ahram Hebdo : Est-on vraiment proche d’un accord sur le nucléaire iranien? Et si oui, pourquoi ?

Dr Ali Atef: Depuis le lancement des négociations en avril 2021 entre l’Iran et les autres membres de l’accord (Chine, Russie, France, Allemagne, Royaume-Uni avec la participation indirecte des Etats-Unis), on est passé de l’espoir à l’impasse et vice-versa. Mais depuis décembre 2021, les experts ont estimé que l’Iran n’est plus qu’à une poignée de semaines d’avoir assez de matière fissile pour fabriquer une arme nucléaire, même s’il faut encore plusieurs étapes complexes pour arriver à la bombe elle-même. Cette estimation a poussé l’Occident à présenter certaines concessions tout en faisant pression sur l’Iran pour arriver à un compromis. C’est donc la crainte de voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire, une crainte partagée par les pays de la région, qui a accéléré les discussions. D’où la médiation d’Oman et du Qatar sollicitée par la communauté internationale.

— Quelles sont les questions réglées et celles toujours en suspens ?

— Tout d’abord, cet accord n’est pas tout à fait nouveau, il est souvent présenté comme l’annexe de celui de 2015. Signé entre l’Iran et les cinq permanents du Conseil de sécurité de l’Onu plus l’Allemagne, cet accord avait permis la levée de sanctions économiques internationales contre l’Iran en échange de strictes limites à son programme nucléaire. Mais en 2018, avec le retrait américain décidé par l’ancien président américain, Donald Trump, des sanctions ont été rétablies et Téhéran s’est largement affranchi de certaines restrictions liées à ses activités nucléaires. Ensuite, les négociations ont redémarré sur les mêmes deux volets essentiels: freiner le programme nucléaire, la priorité des Occidentaux, et lever les sanctions, la revendication des Iraniens. Or, une levée totale est difficile. Certaines sanctions remontent à 1979, date de l’instauration de la République islamique. Elle se fera donc de manière graduelle, par étape et par secteur. Le premier secteur sera le secteur pétrolier et gazier. Une levée des restrictions pour l’exportation est primordiale pour Téhéran. Ensuite, le secteur bancaire. Le montant des avoirs iraniens gelés à l’étranger est estimé à plus de 100 milliards de dollars. Viendront ensuite les investissements directs et indirects étrangers en Iran et les échanges commerciaux. Tout cela peut prendre des années, d’où les priorités de Téhéran qui veut commencer par certains secteurs plutôt que d’autres.

Pour ce qui est des questions toujours bloquées, il y a la libération et l’échange de prisonniers, ainsi que les activités politiques, militaires et stratégiques iraniennes dans la région. Ce dossier est compliqué. Pour Téhéran, c’est une question critique car elle a des dimensions confessionnelles. L’Iran peut diminuer son intervention dans certains pays, mais ne peut pas se retirer complètement. Pour renforcer ses pressions, la communauté internationale conditionne le dégel des comptes iraniens à la réduction des aides financières et militaires fournies par Téhéran à ses alliés dans la région.

— L’Iran va-t-il stopper son programme nucléaire si un accord est conclu ?

— Non, bien sûr, l’activité du programme nucléaire va continuer mais pour des buts pacifiques et pas militaires. L’important pour la communauté internationale est que l’enrichissement de l’uranium soit surveillé et que l’Iran ne puisse pas se doter de la bombe atomique.

— La question des missiles balistiques inquiète également la communauté internationale. Est-elle à l’ordre du jour ?

— L’Occident a voulu la mettre sur la table de négociations mais l’Iran a refusé. Ce programme a commencé au temps de la guerre entre l’Iran et l’Iraq (1980-1988). L’Iran détient la plus importante force de missiles balistiques et de croisière, de drones et de bombes guidées manufacturées au Moyen-Orient. La portée de certains des vecteurs qui la composent pourrait dépasser les 3000 kilomètres. Les capacités militaires réelles, les possibilités scientifiques et technologiques sont relativement avancées en Iran.

— La guerre en Ukraine peut-elle influencer les discussions ?

— A ce stage, non. Les deux camps se sont mis d’accord déjà sur les dossiers les plus épineux. Au contraire, on peut même dire que les négociations tirent profit de la guerre en Ukraine, car elles sont devenues intenses et confidentielles, et en même temps, loin des regards et de la pression médiatique.

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