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L’avenir incertain de l’Afghanistan

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 28 juin 2021

Alors que le retrait des troupes américaines est en cours, Joe Biden a reçu son homologue afghan, Ashraf Ghani. Des discussions axées sur les risques de l’après-retrait.

Quelle sera la situation sécuritaire de l’Afghanistan après le départ des soldats américains, d’ici à septembre prochain ? Les Talibans s’empareront-ils de Kaboul ? Quel sera le sort des milliers d’Afghans ayant travaillé auprès des forces américaines, notamment comme interprètes ? Des questions qui suscitent l’inquiétude de la communauté internationale et plus précisément des acteurs concernés de la question afghane, à leur tête les Etats-Unis. C’est dans ce cadre que le président américain, Joe Biden, a reçu son homologue afghan, Ashraf Ghani, vendredi 25 juin, à Washington. Fait notable : aucune conférence de presse n’a été faite à l’issue de la rencontre.

Pourtant, l’objectif affiché de la Maison Blanche est bel et bien de travailler étroitement avec le gouvernement de Kaboul pour s’assurer que l’Afghanistan « ne redevienne jamais un refuge pour des groupes terroristes qui représentent une menace pour le territoire américain ». « Les Afghans devront décider de leur avenir, de ce qu’ils veulent », a annoncé le président américain, insistant sur la tâche « extrêmement difficile » qui attend les dirigeants afghans : mettre fin à la violence.

Le sommet Biden-Ghani a eu lieu alors que le retrait de troupes américaines de l’Afghanistan est en cours, après que Biden avait décidé en avril de retirer les 2 500 militaires américains encore présents en Afghanistan. Il a fixé comme date butoir le 11 septembre, date du 20e anniversaire des attentats ayant conduit Washington à renverser le régime des Talibans. Or, Washington insiste sur le fait que ce retrait ne veut pas dire que les Américains vont laisser tomber les Afghans. « Nos troupes partent, mais ce n’est pas la fin de notre soutien à l’Afghanistan », a-t-il déclaré.

Mais nombre d’experts redoutent que les insurgés ne reprennent le contrôle du pays et n’imposent un régime fondamentaliste proche de celui qu’ils avaient mis en place entre 1996 et 2001. Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a reconnu que les offensives des insurgés contre les forces de sécurité afghanes se multipliaient de manière inquiétante.

Mais le Pentagone s’est voulu plus rassurant : « Le ministère de la Défense est profondément investi dans la sécurité et la stabilité de l’Afghanistan et la recherche d’un accord négocié pour mettre fin à la guerre ». A l’intérieur des Etats-Unis, l’unanimité fait défaut. Le chef des républicains au Sénat, Mitch McConnell, a déploré, après cette rencontre, la décision de Joe Biden, espérant que le retrait des troupes américaines sera retardé. « Les Talibans, enhardis par notre retraite, vont revenir sur des années de progrès, en particulier pour les droits des femmes afghanes », a-t-il déploré, redoutant les conséquences « tragiques » de la possible chute de Kaboul peu après le départ des derniers soldats américains.

La crainte des experts s’accroît avec les doutes autour de la capacité des forces de sécurité afghanes, mais celle des autorités : si Achraf Ghani espère toujours convaincre les Talibans d’accepter un rôle dans un gouvernement intérimaire d’union nationale, les insurgés, encouragés par leurs succès militaires, semblent peu enclins à négocier. En outre, le sort des quelques 18 000 Afghans ayant travaillé auprès des forces américaines, qui redoutent des représailles si les Talibans reviennent au pouvoir à Kaboul, fait l’objet d’une attention particulière à Washington.

Ces Afghans espèrent décrocher un visa d’immigration vers les Etats-Unis, mais les procédures sont lourdes et longues. La Maison Blanche a indiqué qu’elle envisageait d’évacuer certains d’entre eux avant le retrait complet des troupes, afin qu’ils soient en sécurité pendant la période d’examen de leur demande de visa.

Mais nombre de détails restent à régler : ni le nombre de personnes concernées, ni leur destination n’ont à ce stade été précisés. L’île de Guam, dans le Pacifique, fait partie des hypothèses évoquées ces dernières semaines par des élus et des organisations de défense des droits humains.

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