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Biden et l’obsession chinoise

Osman Fekri, Mardi, 22 juin 2021

Retisser le lien transatlantique abîmé par les années Trump mais surtout faire front uni contre la Chine. La première tournée européenne de Joe Biden était chargée. Bilan.

Biden et l’obsession chinoise
Une première tournée européenne qui dessine les contours de la politique étrangère de l’Administration Biden.

Dublin, Ohio, Etats-Unis, Correspondance —

A peine le président américain, Joe Biden, rentré aux Etats-Unis après sa tournée euro­péenne, qu’il dépêche son secrétaire d’Etat, Antony Blinken. Ce dernier se rend ce mercredi 23 juin en Europe dans une tournée qui le mène en Allemagne (où se tient ce mercredi la Conférence Berlin 2 sur la Libye), puis en France et en Italie (où il coprésidera à Rome une réu­nion de la coalition internationale contre Daech, avant de se rendre à Matera, dans le sud du pays, pour participer à une réunion des ministres des Affaires étrangères des membres du G20). Un agenda chargé. Washington entend « ren­forcer l’engagement américain en faveur du multilatéralisme et discu­ter de la coopération pour com­battre la pandémie du Covid-19, affronter la crise climatique et reconstruire en mieux » l’économie mondiale, a déclaré son porte-parole, Ned Price, dans un commu­niqué.

Nouvelle orientation de la poli­tique étrangère américaine ? En quelque sorte oui, mais c’est surtout contre la Chine que se dessinent les contours de cette politique. La tour­née de Blinken intervient une semaine à peine après la première visite de Joe Biden en Europe depuis qu’il occupe la Maison Blanche. Sommet du G7, sommet de l’Otan, sommet américano-euro­péen, la semaine dernière, le prési­dent américain a d’abord tenté de forger une « alliance des valeurs » contre la Chine. Pour contrer la Chine, Biden relance ainsi le multi­latéralisme, cherchant à conquérir la confiance de ses alliés et rompant avec les quatre ans d’isolationnisme de son prédécesseur, Donald Trump.

Et pendant que les regards étaient tournés vers l’Europe, le Congrès votait un budget sur la science et les technologies notamment, leur consacrant 250 milliards de dollars. Un budget présenté comme essen­tiel pour rivaliser avec la Chine. Dans le même temps, le Pentagone révisait la stratégie de sécurité nationale face à la Chine. Plus glo­balement, l’Administration améri­caine se fixe comme objectif d’ins­taurer une stratégie à long terme pour faire face à la Chine. Le prési­dent américain ne le cache pas, il a, à plusieurs reprises, mis en garde contre la montée en puissance de la Chine. Et, lors de sa prise de fonc­tion, le secrétaire d’Etat Antony Blinken a qualifié la compétition avec la Chine de « plus grand défi géopolitique du XXIe siècle », préci­sant que cet Etat est le seul pays en compétition avec les Etats-Unis dans tous les domaines : diploma­tique, militaire économique et tech­nologique.

D’ailleurs, au cours de ses différentes rencontres avec les responsables européens la semaine dernière, au sommet du G7 et à celui de l’Otan, Biden s’est, à chaque fois, déployé à embarquer les Européens contre la Chine, faisant de ce dossier la priorité numéro un. Et Biden a réussi, du moins en partie, à mobiliser ses alliés envers sa cause. En effet, Joe Biden a obtenu que « le défi sécuritaire posé par la Chine » figure dans la déclaration finale du sommet de l’Otan tenu le 14 juin. « Les ambitions déclarées de la Chine et son comportement déterminé représentent des défis systémiques pour l’ordre international fondé sur des règles et dans des domaines revêtant de l’importance pour la sécurité de l’Alliance », ont ainsi affirmé les dirigeants de l’Alliance atlantique. Cependant, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, l’a rappelé : « La Chine n’est pas notre adversaire, notre ennemi, mais nous devons faire face aux défis posés par la Chine pour notre sécurité ». De même, le G7 reste un partenaire de la Chine. Le président français, Emmanuel Macron, a déclaré sans ambages que le G7 n’était pas un « club hostile à la Chine » et qu’il devrait continuer à travailler avec la Chine sur des questions liées à la lutte contre le changement climatique, au commerce international et à la politique de développement. Quant à la chancelière allemande, Angela Merkel, elle a déclaré que, malgré les divergences avec la Chine et la Russie, le G7 voudrait coopérer toujours avec ces deux pays, en particulier dans des domaines de la lutte contre le changement climatique et de la biodiversité.

Pour les Européens, la Russie est un adversaire plus important, vu que Moscou oeuvre à élargir son influence aux frontières de l’Europe. La Russie reste la préoccupation numéro un de l’Alliance, notamment à cause de la question ukrainienne. « Nous allons adresser un message important à Moscou : nous restons unis et la Russie ne saura pas nous diviser », a prévenu le secrétaire général de l’Otan. « Tant que la Russie ne montre pas qu’elle respecte le droit international et qu’elle honore ses obligations et responsabilités internationales, il ne peut y avoir de retour à la normale », ont averti les Alliés. Mais « nous restons ouverts à un dialogue périodique et substantiel », ont-ils assuré.

Pourquoi tant d’animosité ?

Priorité russe pour les Européens, chinoise pour les Américains, les Alliés ne sont pas exactement sur la même longueur d’onde, même si les avis se rapprochent. Pour de nombreux observateurs aux Etats-Unis, cette obsession chinoise s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, parce que les tensions s’accumulent en mer de Chine, au point que certains analystes n’excluent pas un conflit. La Chine a doublé ses capacités navales au point qu’elles sont devenues plus importantes, en nombre, que celles des Etats-Unis. Pékin tente de marquer son emprise sur la mer de Chine du Sud, mais aussi sur la mer de Chine orientale, où une base de défense aérienne a été installée. Et depuis 2019, la Chine a considérablement intensifié sa pression aérienne et maritime dans le détroit de Taïwan. Le président chinois, Xi Jinping, et le Parti communiste ont ouvertement juré de mettre à genoux « la province rebelle », à l’usure ou par la force si nécessaire, affirmant que la réunification n’attendra pas la prochaine génération.

Autres raisons derrière la position américaine : le non-respect par Pékin, selon Washington, des règles de la propriété intellectuelle, ainsi que les cyber-attaques ; la politique de chantage économique et diplomatique pratiquée, toujours selon Washington, par Pékin à l’encontre des pays en développement, et ce, afin d’étendre son influence au détriment de celle des Etats-Unis ; mais aussi la concurrence scientifique et technologique, voire la perte du leadership américain en matière d’innovation face à la Chine.

Bref, la politique étrangère de l’Administration américaine est clairement antichinoise. Si Washington relie les ponts avec l’Europe après les années Trump, sur la question de la Chine, la politique est la même.

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