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Tel-Aviv de plus en plus inquiet

Abir Taleb avec agences, Mardi, 02 mars 2021

Le MV Helios Ray, un bateau israélien transportant des véhicules, effectuait le trajet entre Dammam, ville portuaire de l’est de l’Arabie saoudite, et Singapour, au moment de l’explo­sion, jeudi 25 février au nord-ouest d’Oman, selon Dryad Global, une société spécialisée dans la sécurité maritime. « Alors que les détails de l’incident restent flous, il y a une possibilité réaliste que l’événement soit le résultat d’une activité […] de l’armée iranienne », a indiqué la société. Deux jours après, le ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a estimé que l’Iran pourrait être responsable de cette explosion. « L’emplacement du bateau, relativement proche de l’Iran à ce moment, peut laisser penser qu’il s’agit des Iraniens, mais c’est quelque chose qu’il faut continuer de vérifier », a déclaré M. Gantz, interrogé sur la chaîne publique israélienne Kan. « Une première estimation », a-t-il reconnu, mais qui prouve une fois de plus les appré­hensions israéliennes à l’égard de l’Iran. Des appréhensions qui prennent de l’ampleur depuis la fin du mandat de Donald Trump, dont la politique de pression maximale vis-à-vis de Téhéran satisfaisait Tel-Aviv. Israël multiplie, en effet, les réactions ces dernières semaines. Mercredi 24 février, il a qualifié la décision iranienne de limiter les inspections de son pro­gramme nucléaire de « menace » qui exige une réponse, selon les propos du ministre israé­lien des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazy, qui a rappelé : « Nous ne permettrons jamais à l’Iran d'avoir la capacité d’acquérir l’arme nucléaire ». Il a également déclaré que « les actions nucléaires de l’Iran nécessitaient une réponse internationale immédiate ». L’Etat hébreu, qui n’a jamais caché son opposition à l’accord de 2015, a en outre estimé qu’un éventuel retour des Américains à cet accord serait une « mauvaise chose », a récemment déclaré le chef de l’armée israélienne, Aviv Kochavi. Téhéran n’a pas tardé à répondre. « En colère après avoir perdu son pigeon à la Maison Blanche (l’ex-président américain Donald Trump), Netanyahu recourt à des mensonges sectaires afin de répandre une iranophobie raciste », a écrit, mercredi 24 février, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, sur son compte Twitter.

Un « avertissement » lancé à Téhéran en Syrie

« Vous ne pouvez agir en toute impunité. Faites attention », a déclaré le président américain, Joe Biden, évoquant les frappes qui ont visé, vendredi 26 février, une position de miliciens pro-iraniens en Syrie. Un « avertissement » après une série d’attaques anti-américaines en Iraq. Le président « envoie un message sans ambiguïté selon lequel il va agir pour protéger les Américains et selon lequel quand il y a des menaces, il a le droit d’agir au moment et de la façon de son choix », a indiqué la porte-parole de l’exécutif américain, Jen Psaki. La position officielle du Pentagone est que cette frappe était « préventive ». « Nous voulons qu’il y ait un message de dissuasion, qui leur soit directement envoyé, sur les répercussions qu’ont les attaques contre nos hommes et nos partenaires iraqiens sur nos bases en Iraq », a souligné le porte-parole du Pentagone, John Kirby, alors que ces deux dernières semaines, trois attaques à la roquette ont visé des intérêts occidentaux en Iraq, faisant deux morts et plusieurs blessés. Ces tirs ont été attribués à Kataëb Hezbollah par les Etats-Unis, qui avaient fait savoir que l’Iran serait tenu « responsable des actions de ses affidés qui attaquent des Américains » en Iraq. Le régime syrien a fustigé une « agression » qui « constitue un signe de mauvais augure pour les politiques de la nouvelle Administration américaine », mettant en garde contre une « escalade ». Téhéran a également réagi, qualifiant ces frappes d’« illégales » et jugeant que ces raids, à l’initiative « de la nouvelle Administration américaine, risquent d’intensifier les conflits et de déstabiliser davantage la région », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh. La Russie, alliée de Téhéran, a elle aussi réagi, condamnant les frappes américaines et rejetant toute tentative « de transformer la Syrie en arène pour régler des comptes ».

Ces frappes interviennent, en effet, dans un contexte de tensions entre Washington et Téhéran sur le programme nucléaire iranien. Ces raids apparaissent comme un avertissement à l’Iran, peut-être tenté d’augmenter sa marge de manoeuvre en cas de négociations avec Washington pour relancer l’accord de 2015 censé encadrer le programme nucléaire iranien.

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