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Etats-Unis: Une nouvelle politique étrangère

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 24 novembre 2020

Quelles seront les orientations de la future Administration américaine de Joe Biden en politique étrangère? Un panel d’experts ont répondu à la question lors d’un colloque organisé à Al-Ahram.

Etats-Unis

Tenue le 3 novembre der­nier en pleine pandémie et dans un climat interne tendu, la présidentielle américaine continue de faire la une. Politologues, professeurs de sciences politiques et analystes se sont pen­chés sur la question dans un colloque organisé le 16 novembre à la Fondation Al-Ahram, sous les aus­pices du magazine Al-Siyassa Al-Dawliya (politique internatio­nale), intitulé « Les retombées de la victoire de Joe Biden sur la région et le monde ». « L’élection américaine est l’un des événements mondiaux les plus importants de ces dernières semaines, et il est nécessaire de com­prendre les orientations de la future politique étrangère américaine, notamment à l’égard du Moyen-Orient », a ainsi déclaré, à l’ouver­ture du colloque, Ahmad Nagui Qamha, rédacteur en chef du maga­zine Al-Siyassa Al-Dawliya.

En fait, ce scrutin est le premier depuis l’élection de Jimmy Carter en 1976, qui a donné l’image d’une Amérique divisée, déchirée et au point de la rupture, ce qui met le prochain président dans une épreuve très compliquée. Le 46e président des Etats-Unis, le démocrate Joe Biden aura de lourdes tâches à l’inté­rieur ainsi qu’à l’étranger. Plusieurs interrogations se posent sur sa poli­tique étrangère. S’agira-t-il d’une rupture avec celle du président sor­tant, Donald Trump? S’agira-t-il d’un retour à celle de Barak Obama ?

Redéfinir les « ennemis »

Pour Dr Dalal Mahmoud, profes­seur adjoint de sciences politiques à la faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université du Caire, « la future Administration améri­caine va sans doute commencer par redéfinir ses ennemis, ensuite, elle va tenter de s’ouvrir de nouveau au monde, d’améliorer ses relations politiques et économiques avec cer­tains pays et d’attaquer d’autres à travers certains dossiers reliés à la démocratie », tout en ajoutant : « Biden se présente comme celui qui vient corriger les erreurs de Trump ». Et parmi les premières erreurs à cor­riger, figurent les relations avec la Chine: guerre commerciale, ton bel­liqueux, notamment depuis l’appari­tion du Covid-19, etc. Que va faire Biden dans ce dossier? « Il s’agira de contenir la Chine différemment, d’abord en faisant pression sur elle sur les questions de démocratie et de droits de l’homme, ensuite en élar­gissant la présence américaine en Asie », répond Dr Dalal Mahmoud. « Cela dit, ajoute-t-elle, la Chine ne sera pas l’ennemi numéro un des Etats-Unis ». Paradoxalement, cer­tains analystes estiment que les diri­geants chinois se sentent secrètement déçus par la défaite de Trump, parce que quatre autres années à la Maison Blanche leur auraient offert une belle perspective alléchante. Diviseur à l’intérieur, isolationniste à l’étranger, Trump représente pour Pékin l’incar­nation même du déclin tant attendu et espéré du pouvoir américain. Cela dit, la Chine tentera, bien sûr, de tirer parti de la volonté de Joe Biden de chercher une coopération sur de grandes questions telles que le chan­gement climatique. A l’encontre de la Chine, entamer un rapprochement avec la Russie est une hypothèse écartée. Le président américain élu a déjà haussé le ton envers Moscou, qualifiant la Russie de « plus grande menace ». Déjà, en 2011, Biden, alors vice-président, avait déclaré que s’il était M. Poutine, il ne se pré­senterait pas à nouveau à la prési­dence: ce serait mauvais pour le pays et pour lui-même. « Les rela­tions entre Biden et Poutine ne ris­quent pas d’être bonnes, Biden consi­dère la Russie comme un ennemi », explique Ali Sayed Abou-Farha, pré­sident du Centre d’études straté­giques et politiques de l’Université de Béni Soueif, en ajoutant que Moscou craint que la présidence de Biden n’entraîne davantage de pres­sion et de sanctions de la part de Washington. D’ailleurs, « les rela­tions avec l’Europe et les institutions internationales, troublées sous Trump, vont sans doute s’amélio­rer », assure l’analyste Amr Abdel-Ati, rédacteur en chef adjoint d’Al-Siyassa Al-Dawliya.

Plus de diplomatie avec Téhéran

Pour ce qui est du Proche-Orient, la plupart des participants se sont mis d’accord sur le fait que Biden n’a pas envie de s’engager dans les conflits de la région. « Biden n’a pas clairement parlé des questions proche-orientales, son orientation est toujours méconnue en ce qui concerne des dossiers, tels la Libye, la Syrie ou le Yémen. Il estime par exemple que le conflit libyen est une affaire européenne », dit Dalal Mahmoud, en ajoutant aussi que Biden va éviter de s’impliquer dans des conflits qui ne le concernent pas.

Autre question-clé, les relations avec l’Iran. « Biden et ses conseillers de politique étrangère vont tenter de ramener Téhéran à la table des négociations, et sans doute dans quelques mois, un accord entre les deux pays aura lieu, surtout que Biden a dit qu’il voulait utiliser la diplomatie et revenir à l’accord sur le nucléaire avec l’Iran », prévoit l’ambassadeur Mohamad Anis, coor­dinateur du groupe de l’Onu au Conseil égyptien des affaires étran­gères, en ajoutant que la politique de pression maximale de Trump n’est pas sur l’agenda de Biden. Ce qui risque d’inquiéter les pays du Golfe, estime l’analyste.

Enfin, pour ce qui est des relations avec Israël, l’alliance stratégique entre les deux pays n’a jamais chan­gé, que le président américain soit démocrate ou républicain. Les Israéliens n’ont pas vraiment de quoi s’inquiéter, même si Trump était pour eux le meilleur des alliés. « Le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, l’annexion de parties de la Cisjordanie occupée, la nor­malisation avec de nouveaux pays arabes, aucun président américain n’a tant offert à Israël », rappelle l’analyste Abou-Bakr Al-Dessouqi, conseiller du rédacteur en chef du magazine Al-Siyassa Al-Dawliya et l’un des organisateurs de l’événe­ment. Et de conclure: « Biden pour­suivra la politique de normalisation avec les pays arabes, mais en cher­chant probablement à obtenir plus de concessions de la part d’Israël, par exemple, en freinant la construc­tion de colonies israéliennes » .

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