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Haut-Karabakh: Un cessez-le-feu, en attendant une paix définitive

Sabah Sabet avec agences, Dimanche, 15 novembre 2020

Un accord de cessez-le-feu au Haut-Karabakh a été signé entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie sous l'égide de Moscou. Il met fin à six semaines de combats et consacre la victoire de l’Azerbaïdjan, mais ne met pas fin à la crise autour de cette enclave disputée depuis des décennies.

Haut-Karabakh  : Un cessez-le-feu, en attendant une paix définitive
Des soldats russes sont déployés pour garantir l'application de l'accord. (AFP)

C’est par la voie militaire qu’a finalement été tran­ché le nouveau ancien conflit au Haut-Karabakh. Cette région a témoigné, après six semaines de graves combats, la vic­toire militaire de l’Azerbaïdjan, sou­tenu par la Turquie, sur l’Arménie. C’est alors que sous l’égide de la Russie et de la présence de la Turquie qu’un accord de cessez-le-feu a été signé le 9 novembre par les présidents azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, et russe, Vladimir Poutine, et par le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, donnant au vainqueur azerbaïdjanais de grands gains. Ce qui est évident, c’est que la Russie est le garant du nouvel ordre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. L’accord a apporté à l’Azerbaïdjan d’énormes gains terri­toriaux: non seulement l’Azerbaïdjan conservera ses gains territoriaux actuels, mais aussi les forces armé­niennes se retireront des districts d’Aghdam, de Kelbajar et de Lachin. Les villes et villages arméniens au sud du Karabakh, y compris Hadrout, resteront sous le contrôle de la partie azerbaïdjanaise. Un corridor de 5km à travers Lachin (la voie d’accès la plus courte entre l’Arménie et le Haut-Karabakh) sera placé sous le contrôle des forces russes de maintien de la paix afin d’assurer les communi­cations entre le Karabakh et l’Armé­nie. Les personnes déplacées retour­neront dans leurs foyers d’origine — bien qu’il ne soit pas certain que les réfugiés et les personnes déplacées d’origine arménienne puissent égale­ment retourner dans leurs foyers d’origine.

Selon l’accord, tous les blocus seront levés et des communications seront établies entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan, via l’Arménie du Sud, sous la supervision des gardes-frontières russes. Si cela se produit, les relations entre les populations voisines, séparées par trois décen­nies de conflit et de blocus, se nor­maliseraient lentement. Pour garan­tir l’exécution de cet accord, des soldats russes de la paix seront déployés dans la zone de conflit, leur nombre étant fixé à 1960 sol­dats avec 90 véhicules blindés de combat et 380 véhicules militaires supplémentaires. En fin de compte, la Russie a reçu ce qu’elle avait réclamé il y a des années: le déploie­ment de ses soldats dans la zone de conflit du Karabakh.

Quel rôle turc ?

Par ailleurs, bien que le rôle de la Turquie soit clair comme un acteur-clé dans le conflit du Karabakh, en soutenant son petit allié caucasien en stratégies militaires, en matériel et en supplétifs djihadistes achemi­nés par voie aérienne de la région d’Idlib (Syrie), Ankara est absent dans le texte de l’accord, mais doit néanmoins participer à un centre conjoint d’observation. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a donné des préci­sions. Pour les représentants turcs, « le centre de surveillance fonction­nera exclusivement en mode dis­tant », a-t-il expliqué. « Ils utilise­ront des moyens techniques de contrôle, notamment des drones et d’autres technologies qui permettent d’évaluer la situation sur le terrain et de déterminer quel camp peut violer les conditions du cessez-le-feu », a-t-il ajouté. Dans ce cadre, une délégation russe s’est rendue, vendredi 13 novembre, à Ankara pour discuter des modalités de fonc­tionnement du centre conjoint de contrôle du cessez-le-feu. « La Turquie aura le même rôle que la Russie » dans ce centre qui se char­gera d’une surveillance « terrestre et aérienne », a déclaré le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu. Mais au final, c’est Moscou, bien plus qu’Ankara, qui semble dicter les règles et qui enté­rine sa position d’arbitre au Haut-Karabakh et, plus largement, dans la région du Caucase.

Selon les observateurs, Moscou a réussi à atteindre plusieurs objec­tifs: affaiblir Pachinian, déployer ses forces plus loin dans le Caucase, gagner plus d’influence sur l’Arménie et sur l’Azerbaïdjan, et même s’affir­mer en tant que pacificateur. Par contre, on ne sait pas très bien ce que la Turquie a gagné, du moins d’après le texte de l’accord. La relation entre les dirigeants russes et turcs en Syrie et en Libye a été, semble-t-il, repro­duite au Karabakh. L’avenir de cette enclave disputée depuis des décennies reste toutefois incertain: l’accord conclu ne dit rien non plus sur le statut final du Haut-Karabakh.

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