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Mali : Une instabilité qui dépasse les frontières

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 25 août 2020

Les discussions entre la Cédéao et les dirigeants de la junte qui a renversé le président malien la semaine dernière se sont achevées sans accord sur un retour des civils au pouvoir. Les militaires promettent en revanche une transition de trois ans. Mais de nombreuses incertitudes planent toujours, d’autant plus l’instabilité au Mali menace la région.

Instabilité, menace terroriste, pau­vreté extrême, corruption et contestation populaire. Un cocktail explosif dont l’épilogue était le coup d’Etat du 18 août. Indignation inter­nationale et régionale, jubilation par des manifestants antigouvernemen­taux, qui sont mobilisés depuis le mois de juin pour demander le départ du président Ibrahim Boubacar Keïta, telles étaient les premières réactions envers la junte. Pour désa­morcer la crise née de ce coup d’Etat, une délégation ouest-africaine s’est rendue à Bamako du samedi 22 au lundi 24 août. Mais elle a quitté la capitale malienne sans accord sur un retour des civils au pouvoir. Dimanche 23 août dans la soirée, la junte a annoncé une transition de trois ans dirigée par un militaire et a accepté de libérer Ibrahim Boubacar Keïta, qu’elle détient depuis mardi 18 août. « La junte a affirmé qu’elle souhaitait faire une transition de trois ans pour revoir les fondements de l’Etat malien. Cette transition sera dirigée par un organe présidé par un militaire, qui sera en même temps chef de l’Etat », a fait savoir à l’AFP une source au sein de la délé­gation de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), à l’issue du deu­xième jour de négociations avec la nouvelle équipe au pouvoir à Bamako. Quant au premier ministre, Boubou Cissé, arrêté en même temps que le président Keïta et détenu dans le camp militaire de Kati, dans la ban­lieue de la capitale, « nous avons obtenu de la junte qu’elle accepte qu’il soit dans une résidence sécuri­sée à Bamako », a ajouté ce respon­sable ouest-africain. Toutes ces infor­mations sont confirmées par la source de la junte. Les militaires ont aussi promis des élections générales dans « un délai raisonnable », en assurant vouloir mettre en place une transition politique civile.

Pourtant, auparavant, le président de la Cédéao, Jean-Claude Kassi Brou, avait affirmé que « les discus­sions se sont déroulées dans un climat très ouvert et on a senti une volonté de vraiment aller de l’avant ». En fait, la délégation mandatée avait comme mission principale d’assurer le retour immédiat de l’ordre consti­tutionnel. « La Cédéao a essentielle­ment pour rôle d’accompagner le Mali. La solution que nous devons trouver, et je crois que tout le monde est d’accord, c’est une solution qui satisfasse les Maliens d’abord et qui soit aussi bénéfique pour tous les pays de la sous-région », a-t-il affir­mé. Mais les trois journées de négo­ciations entre le nouveau pouvoir et la Cédéao n’ont pas débouché sur un accord complet. « Nous avons pu nous entendre sur certains points, mais pas sur l’ensemble des points de discussion », a déclaré, à sa sortie de plusieurs heures de réunion, le chef de la délégation ouest-africaine, l’ex-président nigérian Goodluck Jonathan, mandaté par la Cédéao pour tâcher de rétablir « l’ordre constitutionnel » au Mali.

Or, il semble qu’il n’est même plus question de cela. Même si cela n’a pas été dit et ne sera pas dit officielle­ment, le coup d’Etat semble être entériné. Le président déchu le sait et le dit. Samedi, lors d’un bref entretien avec la délégation de la Cédéao, l’ex-chef d’Etat a assuré ne pas vouloir reprendre le pouvoir.

Menace terroriste

Toute la question est de savoir désormais comment se déroulera cette transition. Si la communauté internationale se voit obligée de « s’incliner » devant les putschistes, elle doit cependant avoir des garan­ties, non seulement sur l’après-transi­tion militaire, mais aussi sur une autre question non moins importante pour l’ensemble de la région : la menace terroriste. Une menace qui pèse sur le Mali mais aussi sur toute la région. Au Mali, le coup d’Etat de 2012 a permis à des insurgés islamistes de prendre le contrôle d’une grande par­tie du territoire et mené au déploie­ment d’une mission de maintien de la paix de l’Onu. Et dans le Sahel, la menace est bel et bien présente.

Le Conseil de sécurité de l’Onu se réunit ce mercredi en urgence au sujet de la crise au Mali, à la demande du Niger et de la France, un pays engagé dans la lutte anti-terroriste dans la région. L’opération Serval avait été déclenchée par François Hollande pour stopper l’avancée des djihadistes vers Bamako. Depuis, l’opération Barkhane essaie de contenir leur pro­gression au Sahel. Ce coup d’Etat rajoute de l’incertitude à une situation déjà très complexe.

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