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Quand le coronavirus se politise

Mardi, 07 avril 2020

Tantôt instrumentalisée, tantôt à l’origine de crises politiques, la pandémie du coronavirus bouleverse le paysage politique çà et là. Et alors que la moitié de l’humanité est confinée chez elle, les contours de la géopolitique, eux, ne cessent de bouger.

Exaspération des crises entre les Américains et leurs ennemis

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Les Etats-Unis entretenaient déjà des relations tendues avec la Chine et l’Iran, le coronavirus n’a pas arrangé les choses. Dès les débuts de la crise, l’Administration Trump n’a pas cessé de fustiger la Chine, appelant le Covid-19 « le virus chinois », accusant Pékin de manque de transparence quant à l’étendue et la gravité de l’épidémie pendant des mois, et même, plus récemment et plus directement, de mensonge sur son bilan. En guise de réponse, Pékin a simplement dénoncé, jeudi 2 avril, ceux qui cherchent à « trouver des boucs émissaires pour leurs propres réactions inadaptées ». Et la Chine de vouloir donner l’image du pays « qui donne des leçons aux démocraties occidentales », en insistant sur l’efficacité de sa gouvernance de la crise et en se présentant comme le pays qui aide les autres, contrairement aux Etats-Unis. Et parmi les pays que la Chine a aidés figure l’Iran, l’autre ennemi juré des Américains. Le pays, durement frappé par la pandémie et en proie à d’importantes difficultés en raison des sanctions américaines, a dénoncé « le terrorisme médical » de Washington, demandant, en vain, la levée des sanctions. Pas question pour l’Administration américaine, qui a proposé à la place une aide humanitaire, option catégoriquement rejetée par Téhéran.

Et le ton peu conciliant entre Téhéran et Washington ne s’est pas arrêté là. Le 1er avril, Trump a accusé « l’Iran et ses protégés » de préparer « une attaque sournoise contre des troupes américaines et/ou des installations en Iraq ». « Si cela a lieu, l’Iran paiera un prix très élevé », a tweeté le président américain. L’Iran n’agit qu’en « légitime défense », a rétorqué par le même canal le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, « contrairement aux Etats-Unis qui mentent, trompent et assassinent ». Et le chef d’état-major des forces armées iraniennes, Mohammad Baqeri, d’avertir : « Si (les Etats-Unis) font le moindre geste contre la sécurité de notre pays, ils seront confrontés à la réaction la plus sévère ». Des invectives qui interviennent alors que des missiles Patriot sol-air ont été déployés la semaine dernière par les Etats-Unis en Iraq. Un déploiement que Téhéran n’a pas manqué de fustiger. « Ces activités (militaires) vont à l’encontre de la position officielle du gouvernement iraqien, de son parlement et de son peuple », avait alors déclaré le ministère iranien des Affaires étrangères dans un communiqué, alors que les autorités iraqiennes, elles, n’ont pas réagi, et ce, pendant que leur pays reste le terrain d’affrontements entre Washington et Téhéran.

L’UE face à ses dysfonctionnements

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Apparue lors de la crise de la dette de la zone euro en 2010, la fracture entre les pays du Nord et ceux du Sud de l’Union Européenne (UE) a de nouveau éclaté au grand jour. Le torchon brûle entre les pays du Sud, comme l’Italie et l’Espagne, parmi les plus touchés par la pandémie et aux finances fragiles, et ceux du Nord, emmenés par les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche, partisans de la maîtrise des finances. Les premiers, soutenus par 8 autres pays européens, plaident pour la création d’un instrument commun de mutualisation des dettes sous forme de « coronabonds ». Les seconds ne veulent pas en entendre parler, préférant la piste du Mécanisme Européen de Stabilité (MES), un fonds de sauvetage de la zone euro créé en 2012.

Mardi 7 avril, les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis par visioconférence, afin de trouver un terrain d’entente, avant un prochain Conseil des chefs d’Etat et de gouvernements (ndlr : les résultats de cette réunion n’étaient pas communiqués au moment de l’impression du journal). Une réunion qui intervient tard, estiment certains. Et l’UE le reconnaît : dans une tribune publiée dans le quotidien italien La Repubblica le 2 avril, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a voulu « présenter (ses) excuses » à l’Italie, pour le retard de réaction de l’UE face à la pandémie du coronavirus. Et pendant que Rome compte ses morts et attend la réponse européenne avec dépit et colère, d’autres profitent de la situation comme la Hongrie, qui, en aparté, a pris des mesures d’urgence (le premier ministre Viktor Orban a obtenu le feu vert du parlement pour légiférer dans le cadre d’un état d’urgence d’une durée indéterminée). Ursula von der Leyen a tiré la sonnette d’alarme face à ces dérives. « Je comprends que les Etats membres doivent prendre des mesures d’urgence pour faire face à la crise sanitaire immédiate. Mais je m’inquiète que certaines mesures aillent trop loin. Et je suis particulièrement préoccupée par la situation en Hongrie. Nous prendrons des mesures si nécessaires, comme nous l’avons fait par le passé », a-t-elle déclaré jeudi 2 avril.

Bref, la gestion de la crise a illustré non seulement les visions européennes divergentes quant aux mesures à prendre pendant et après la pandémie, mais aussi et surtout les désaccords autour de la définition et de l’existence même d’une réponse à ce genre de crises. Et selon les analystes, cette impuissance collective de l’UE et la radicalisation des tensions entre les Etats membres pourraient avoir de profondes conséquences sur l’ordre européen, une fois la crise terminée.

En Israël, le coronavirus sauve la peau de Netanyahu

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Son ministre de la Santé et son épouse sont victimes du Covid-19, ainsi qu’une de ses collaboratrices, lui-même sous surveillance bien que testé négatif. Malgré cela, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, voit sans doute, dans la crise du coronavirus, un sursis. Car si le pays est touché, comme tant d’autres, par la pandémie, Netanyahu y a trouvé l’occasion idéale pour se poser encore une fois comme le seul apte à protéger le pays contre tous les dangers. Et l’urgence née de la pandémie a favorisé un rapprochement avec son rival Benny Gantz pour lui permettre de rester premier ministre d’Israël, à la tête d’un futur « gouvernement corona », malgré son inculpation pour corruption. En effet, après une crise politique inédite et 3 législatives en presque un an qui n’ont pas donné de majorité permettant de la formation d’un gouvernement, fin mars, Benny Gantz a créé la surprise en se ralliant à Benyamin Netanyahu, justifiant sa décision en estimant que c’était « ce dont la nation avait besoin » en temps de crise sanitaire.

Aujourd’hui se dessine donc la future coalition : Netanyahu et Gantz alterneraient à la tête d’un gouvernement d’urgence national en gouvernant 18 mois chacun, celui n’étant pas premier ministre occupant les Affaires étrangères tandis que ses alliés politiques disposeraient des portefeuilles de la Défense et de la Justice. Principal bénéfice pour Netanyahu : il demeure premier ministre et bénéficie donc de l’immunité judiciaire. Au moins pour un an et demi l

Abir Taleb

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Au Liban, le Hezbollah tente de tirer son épingle du jeu

C’est une véritable démonstration de force que le Hezbollah libanais tente de faire depuis la propagation du virus. Encore une fois, le puissant parti chiite veut donner l’image d’un « Etat dans l’Etat », exploitant ses importantes ressources en hommes et en infrastructures pour lutter contre le Covid-19. Et il ne le cache pas. Face aux médias, le parti inaugure, le 31 mars à Beyrouth, deux centres de dépistage, une flotte d’ambulances équipées pour la plupart de respirateurs, ainsi qu’un hôpital entièrement réorganisé pour pouvoir accueillir les malades du Covid-19. Ajouter à cela un centre d’appels d’urgence, 3 centres de quarantaine pouvant aller jusqu’à 1 000 lits, ainsi que 64 antennes sociales pour aider les familles dans le besoin.

Sur la chaîne de télévision du parti Al-Manar, Hachem Safieddine, président du conseil exécutif du Hezbollah, a exposé le 1er avril le plan en détail. « 1 500 médecins, 3 000 infirmiers et secouristes, ainsi que 5 000 cadres sanitaires, et de service et 15 000 déployés sur le terrain (un total de 24 500 personnes) seront chargés de lutter contre le coronavirus », a-t-il déclaré.

Si le responsable du Hezbollah a tenu à préciser que son parti ne se présente pas comme substitut à l’Etat, « mais lui fournit son aide pour faire face à la sérieuse menace », ses adversaires politiques ne le voient pas de la même manière, estimant que le Hezbollah exploite la situation pour redorer son image auprès de la population, d’autant plus qu’il avait été largement critiqué au cours de la vague de manifestations qui avait secoué le pays fin 2019. A chacun ses calculs

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