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Golfe: Mission de bons offices pakistanaise

Maha Salem avec agences, Lundi, 14 octobre 2019

Alors que la tension reste vive, notamment après qu'un tanker iranien eut été frappé par de missiles présumés en mer Rouge, et que l'Iran eut promis de répondre à ces frappes, le Pakistan a proposé de faciliter un dialogue entre l'Iran et l'Arabie saoudite, afin d'éviter plus d'escalade.

Golfe  : Mission de bons offices pakistanaise
Le premier ministre pakistanais, Imran Khan, s'est entretenu avec le leader Ayatollah Ali Khamenei et le président Hassan Rohani.

Alors que la crise dans le Golfe semble intermi­nable et que chaque semaine, ou presque, apporte un nouvel incident qui ali­mente la tension persistante dans le Golfe, une tentative de médiation pointe à l’horizon, celle du Pakistan, qui entend faciliter un dialogue entre l’Iran et l’Arabie saoudite afin d’évi­ter qu’une guerre n’éclate entre ces deux pays. C’est ce qu’a proposé dimanche 13 octobre le premier ministre pakistanais, Imran Khan, lors d’une visite à Téhéran. « Nous agirons comme un facilitateur, pas un médiateur. Nous aimerions facili­ter un dialogue entre Téhéran et Riyad, deux capitales qui ont rompu leurs relations diplomatiques en jan­vier 2016 », a affirmé Khan. « Il est impératif que nous empêchions un conflit d’éclater entre la République islamique d’Iran et le Royaume saoudien. C’est compliqué, c’est complexe, mais je pense qu’il est possible de résoudre le différend entre les deux pays », a insisté le premier ministre pakistanais. En sep­tembre, M. Khan avait déjà affirmé avoir été chargé d’une tentative de médiation avec l’Iran par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. « Il m’a demandé si nous pouvions contri­buer à une désescalade de la situa­tion et peut-être obtenir un nouvel accord nucléaire », avait déclaré Imran Khan après avoir rencontré le président américain, Donald Trump, en marge de l’Assemblée générale de l’Onu. En effet, la tension est montée d’un cran cette semaine dans le Golfe.

L’Iran s’est montré ouvert à toute tentative de désamorcer la crise. Il répondra positivement à toute initia­tive pour apaiser les tensions dans la région, a déclaré le président iranien, Hassan Rohani, après sa rencontre avec Imran Khan. Ce dernier, selon Rohani, a affirmé que la fin de la guerre au Yémen pouvait constituer un bon début pour régler les pro­blèmes de la région. Le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, Abbas Moussavi, avait, lui, aupara­vant répété la position selon laquelle l’Iran « était prêt à négocier avec ses voisins, y compris l’Arabie saoudite, avec ou sans l’aide d’un médiateur, pour lever tout malentendu ». En effet, le premier ministre s’est rendu mardi 15 octobre en Arabie saoudite.

La visite de Khan à Téhéran est intervenue deux jours après un nou­vel incident dans la région. Cette fois-ci, l’incident est nouveau: un tanker iranien a été touché vendredi 11 octobre par deux frappes de mis­sile présumées en mer Rouge, à une centaine de kilomètres d’un port saoudien. C’est en effet la première fois que le navire visé soit iranien. En première réaction, l’Iran a promis de ne pas laisser sans réponse ces probables frappes de missile. Le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, Ali Shamkhani, a déclaré que des indices ont été découverts en examinant les vidéos disponibles et les preuves rassem­blées par les renseignements sur l’identité de l’auteur de ce qu’il a qualifié d’attaque au missile contre le tanker iranien Sabiti, sans donner plus de précisions. « La piraterie maritime et la cruauté dans les eaux internationales ne resteront pas sans réponse », a affirmé Shamkhani en mettant en garde contre les risques inquiétants qui pèsent sur l’écono­mie mondiale à cause de l’insécurité dans les eaux internationales. Le porte-parole du gouvernement ira­nien, Ali Rabii, a lui aussi affirmé que Téhéran donnerait une réponse proportionnée après le résultat de l’enquête.

Côté saoudien, le ton est tout autre. Les autorités saoudiennes se sont dit prêtes à fournir toute l’assistance nécessaire, affirmant que « le navire a fermé son système automatique d’identification et n’a pas répondu aux appels des autorités saou­diennes », selon les propos du porte-parole de la direction générale des garde-frontières. Riyad a également affirmé, samedi 12 octobre, son engagement pour la sécurité de la navigation maritime et pour (l’appli­cation des) accords internationaux. Selon Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire, « c’est une ébauche de changement dans la position de Riyad, qui a déjà proposé d’entamer un dialogue avec l’Iran, mais avec une médiation étrangère ».

Renforts américains

Cet incident est intervenu alors que Washington a approuvé vendredi 11 octobre l’envoi de plusieurs mil­liers de militaires en Arabie saoudite ainsi que du matériel militaire, notamment des missiles Patriot afin de protéger leur allié des actes de déstabilisation menés par l’Iran. « Le ministre américain de la Défense, Mark Esper, a autorisé le déploie­ment de forces américaines supplé­mentaires en Arabie saoudite », a annoncé le Pentagone dans un com­muniqué, tout en ajoutant qu’« avec les autres déploiements, cela repré­sente 3000 soldats supplémentaires qui ont été prolongés ou autorisés au cours du dernier mois ». Washington avait déjà annoncé fin septembre l’envoi de 200 militaires dans le Royaume, le premier déploiement du genre depuis le retrait des troupes américaines en 2003. Les Etats-Unis ont par ailleurs renforcé leur pré­sence militaire dans tout le Moyen-Orient, avec des appareils aériens de surveillance, des batteries antimis­siles, des bombardiers B-52, ainsi que des drones. Le Pentagone a déployé, depuis mai, 14000 soldats, qui viennent s’ajouter aux quelque 70 000 militaires stationnés d’ordi­naire pour assurer la sécurité dans la région.

Pour l’analyste Mona Soliman, outre l’aspect politico-sécuritaire, « Washington tire profit de ces inci­dents pour vendre plus d’armes et pour renforcer sa présence militaire dans le Golfe ».

En fait, les tensions entre l’Iran, d’un côté, et l’Arabie saoudite et son allié américain, de l’autre, n’ont pas diminué. En septembre, Riyad et Washington avaient accusé Téhéran d’être derrière des attaques menées contre deux importants sites pétro­liers dans l’est de l’Arabie saoudite, revendiquées par les rebelles houthis du Yémen. L’Iran avait démenti toute implication. Les attaques avaient suspendu une partie de la production saoudienne et fait flam­ber les cours du brut. L’attaque de vendredi dernier survient aussi après la saisie de plusieurs tankers par l’Iran ces derniers mois dans la région du Golfe et de l’arraisonne­ment en juillet dernier au large de Gibraltar (extrême-sud de l’Es­pagne) d’un tanker iranien, autorisé à repartir le 15 août. Les Occidentaux accusent Téhéran d’avoir des visées hégémoniques dans la région, via des milices pro-iraniennes du Liban à l’Iraq, en passant par la Syrie. Téhéran s’en défend, assurant vou­loir avant tout garantir sa sécurité face à ses voisins et rivaux du Golfe.

Jusqu’à présent, les tentatives de rapprochement entre Washington et Téhéran, des ennemis historiques, ont échoué.

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