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Israël : L’impasse

Sabah Sabet, Mardi, 08 octobre 2019

Les discussions politiques pour la formation d'un gouvernement d'union nationale en Israël buttent toujours. Si les efforts de Benyamin Netanyahu échouent, son rival Benny Gantz pourra être nommé premier ministre. Mais le spectre d'un troisième scrutin pointe à l'horizon.

Quelle coalition peut sortir des discussions actuelles en Israël ? Le premier ministre recon­duit, Benyamin Netanyahu, pourra-t-il former un gouvernement ou bien la tâche sera-t-elle livrée à son rival Benny Gantz ? Le scénario d’un retour aux urnes pour la troisième fois est-il possible ? Autant de ques­tions qui se posent actuellement en Israël, pays toujours sans gouverne­ment depuis les législatives du 17 septembre.

« Mon appel à former un gouver­nement d’union a été critiqué à gauche et à droite. J’entends ces critiques, elles sont légitimes et ren­ferment quelques vérités (...), mais vous avez, chers élus et leaders du peuple, l’opportunité et la chance de former un gouvernement d’union qui mettra fin aux désaccords », a décla­ré le président israélien Reuven Rivlin, jeudi 3 octobre à Jérusalem, dans son discours d’ouverture, devant les membres du nouveau par­lement. Les 120 députés de la Knesset ont prêté serment devant le président alors que le pays reste embourbé dans une crise politique que les élections n’ont pas réussi à résoudre.

Netanyahu, qui cherche à prolon­ger son règne, déjà le plus long de l’histoire d’Israël, tente de rallier Gantz dans un gouvernement d’union. Mais les pourparlers entre le Likoud et Kahol Lavan Bleu et Blanc sont au point mort, les deux partis s’accusant mutuellement de bloquer les pourparlers sur la forma­tion d’un gouvernement d’union, dans lequel Netanyahu et Gantz seraient tour à tour premier ministre. Netanyahu a accusé le No2 du parti Bleu et Blanc, Yair Lapid, de faire capoter ces pourparlers, car voulant faire partie de la rotation au pouvoir. M. Lapid a toutefois indiqué, jeudi 3 octobre, ne plus insister sur cette demande « pour le bien » d’un éven­tuel gouvernement d’union. En effet, Netanyahu et Gantz veulent chacun être le premier à diriger, en rotation, un éventuel gouvernement d’union.

Jouant sa survie politique, Netanyahu a tenté, en vain, de trou­ver une autre issue pour sortir de cette crise en se tournant vers un autre homme, Avigdor Lieberman, son ancien ministre de la Défense qui s’est rebellé contre lui l’an der­nier. Chef du parti nationaliste laïc Israël Beiteinou, qui compte 8 dépu­tés au nouveau parlement, M. Lieberman pourrait faire pencher la balance en soutenant le Likoud ou Bleu et Blanc.

S’il ne parvient pas à former un gouvernement, Netanyahu devra retourner son mandat au président, qui pourra aussitôt demander à Benny Gantz de tenter sa chance pour diriger un gouvernement. Benny Gantz pourrait alors tenter de soudoyer des députés dissidents au sein du Likoud de M. Netanyahu, et ainsi obtenir une majorité. Tentant de lui couper l’herbe sous le pied, Netanyahu a suggéré la tenue de primaires anticipés au sein de son parti. « Le but est de briser l’illusion d’une rébellion au Likoud espérée par les autres partis politiques », a indiqué son parti.

De leur côté, les députés des partis arabes, qui se sont imposés comme la 3e force politique d’Israël avec 13 sièges lors des dernières élections, ont brillé par leur absence lors de la cérémonie d’intronisation au parle­ment. A la place, ils se sont rendus dans une marche près de Nazareth, plus grande ville arabe d’Israël, pour dénoncer la violence qui touche la minorité arabe israélienne et le manque de soutien des autorités pour y mettre fin.

Fragilité

Quel que soit le scénario à venir, le mot d’ordre est la fragilité. Aucune coalition ne pourra être forte. « Le nouveau gouvernement israélien ne sera pas formé facilement, les inté­rêts s’opposent beaucoup trop » explique Dr Tareq Fahmi, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et spécialiste des affaires israéliennes. Cependant, Tareq Fahmi estime que malgré toutes les difficultés qu’il affronte et la baisse de sa popularité, Netanyahu reste le plus fort, au moins pour le moment. Pourtant, les affaires de corruption, d’abus de confiance et de malversa­tion pèsent sur lui, et sa survie poli­tique est suspendue à son sort judi­ciaire : s’il perd son poste, il risque de se retrouver derrière les barreaux.

Ainsi, si Netanyahu joue le tout pour le tout, rien ne dit que le général Gantz y parviendrait davantage, s’il était nommé. A moins que Netanyahu soit mis en examen d’ici là et qu’une partie de ses soutiens, y compris au sein du Likoud, lui fassent défection. C’est, bien sûr, ce qu’espère son rival. Pour l’instant, le parti reste uni et fait bloc derrière son leader.

Selon l’expert, il y a trois scéna­rios possibles : « Netanyahu par­vient à rallier son ancien allié et ancien ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, leader du parti ultranationaliste Israël Beiteinou, mais pour ce, il doit faire d’impor­tantes concessions, c’est donc incertain. Le deuxième est que Gantz soit nommé, mais là aussi, sa tâche sera difficile. Enfin, le troi­sième scénario est le retour aux urnes, ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire d’Israël ».

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