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Iran-Etats-Unis : Le ton monte

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 18 juin 2019

L’attaque visant deux pétroliers norvégien et japonais en mer d’Oman, dans la région du Golfe, a ravivé les tensions entre Washington et Téhéran. Face à la crainte d’une escalade, les appels au calme se multiplient.

Iran-Etats-Unis : Le ton monte
Les deux pétroliers, attaqués jeudi 13 juin, naviguaient près du détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique. (Photo : Reuters)

Une guerre est-elle possible ? Une question qui se pose avec le regain des tensions et l’échange d’accusation entre les Etats-Unis et l’Iran à la suite d’une attaque visant deux pétroliers en mer d’Oman la semaine dernière. Ces derniers, norvégien et japonais, ont été la cible, jeudi 13 juin, d’attaques d’origine indéterminée, alors qu’ils naviguaient près du détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique à l’échelle mondiale.

Ces deux attaques ont rapidement été attribuées par le président américain Donald Trump à l’Iran. « C’est signé l’Iran », a affirmé celui-ci. De plus, l’armée américaine a publié une vidéo montrant, selon elle, l’accostage d’un des tankers par une vedette des Gardiens de la Révolution, qui retire une mine non explosée de la coque du navire. L’Iran, qui a de son côté démenti toute implication, a jugé les accusations américaines « sans fondement ». Press TV, la chaîne d’information en anglais de la télévision d’Etat iranienne, a affirmé que les Gardiens de la Révolution étaient « la force la plus proche du lieu de l’incident » et que l’Iran avait « été le premier à se rendre sur place pour sauver les équipages ».

Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, a accusé sur Twitter les Etats-Unis « de sabotage diplomatique » et de « maquillage de son terrorisme économique contre l’Iran ». A son tour, le président iranien, Hassan Rohani, a accusé les Etats-Unis « de représenter une grave menace à la stabilité dans la région et dans le monde, en violant toutes les règles internationales », ceci lors d’une visite au Kirghizstan samedi dernier. Pour sa part, Moscou, allié de l’Iran, a « sévèrement » condamné les attaques tout en demandant à Washington de ne pas « tirer de conclusions hâtives ».

L’Arabie saoudite, premier exportateur de pétrole au monde, a accusé le « régime iranien » de ces attaques. « Nous ne voulons pas une guerre dans la région (...) Mais nous n’hésiterons pas à réagir à toute menace contre notre peuple, notre souveraineté, notre intégrité territoriale et nos intérêts vitaux », a averti le prince héritier saoudien, Mohamad Bin Salman, dans une interview au quotidien Ashark Al-Awsat, publiée dimanche 16 juin. La veille, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont appelé à la sécurisation des approvisionnements en énergie venant du Golfe après les attaques du 13 juin. L’Arabie saoudite a par ailleurs intercepté, vendredi dernier, cinq drones rebelles yéménites au cours d’une deuxième attaque en deux jours contre l’aéroport d’Abha, dans le sud-ouest du pays, comme l’a annoncé la coalition anti-rebelles menée par Riyad.

L’attaque des deux pétroliers n’est pas la seule accusation américaine contre l’Iran. Selon Washington, Téhéran cherche à perturber l’approvisionnement du marché mondial en bloquant le détroit d’Ormuz, par lequel passent 30 % du pétrole transporté par voie maritime. Les Etats-Unis avaient envoyé, début mai, des renforts militaires au Moyen-Orient, accusant l’Iran de préparer des attaques « imminentes » contre des intérêts américains dans la région.

En effet, l’Iran a à plusieurs reprises menacé de fermer ce détroit stratégique en cas de confrontation avec les Etats-Unis. Si ces eaux devenaient dangereuses, l’approvisionnement de l’ensemble du monde occidental pourrait être menacé

Le nucléaire et bien plus

Les deux attaques, qui n’ont pas été revendiquées, surviennent un mois après le sabotage de quatre navires, dont trois pétroliers, au large des Emirats arabes unis. Washington avait alors déjà montré du doigt Téhéran, qui avait démenti. Les relations entre Téhéran et Washington se sont vivement détériorées après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui a rétabli une série de sanctions diplomatiques et économiques contre Téhéran et s’est retiré, en mai 2018, de l’accord international sur le nucléaire iranien, signé en 2015. « Tout ce que l’Iran a fait, même s’il a démenti, ne sont que des tentatives et des réactions face à l’escalade américaine contre lui dans la région ». Et d’ajouter : « Donald Trump a renforcé les mesures d’embargo à l’encontre de l’Iran, l’a privé d’exporter son pétrole, ce qui a des effets catastrophiques sur la situation économique du pays », indique Abou-Bakr El-Dessouky, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram et vice-président du magazine de politique internationale Al-Siyassa Al-Dawliya.

Quant à Torbjorn Soltvedt, expert pour le Moyen-Orient au cabinet de consultants Verisk Maplecroft, il estime qu’il est difficile, « à ce stade », de savoir pourquoi l’Iran chercherait à perturber le trafic pétrolier en mer d’Oman. « Si l’Iran est derrière cette attaque, l’hypothèse la plus probable serait qu’il envoie un message pour prévenir les Etats-Unis et ses alliés dans la région qu’il a la capacité de riposter contre le renforcement des sanctions énergétiques », a indiqué l’expert à l’AFP.

Appels au calme

Si les attaques ont été sévèrement condamnées, la crainte d’un embrasement dans la région du Golfe a aussi fait élever les voix appelant au calme. La Chine a appelé « au dialogue » au lendemain d’une réunion en urgence à huis clos du Conseil de sécurité de l’Onu, réclamant une enquête indépendante pour identifier les auteurs. Dans une déclaration, le chef de l’Onu, Antonio Guterres, a averti que le monde ne pouvait pas se permettre un conflit majeur dans le Golfe. L’Iraq, proche à la fois de Téhéran et de Washington, a prôné « l’apaisement ». La Ligue arabe a mis en garde contre « une confrontation qui ne laissera personne en sécurité ».

Londres, autre ennemi historique de la République islamique, emboîtant le pas au président américain, Donald Trump, a également estimé que l’Iran était « presque certainement » responsable de l’attaque qui s’est produite au large de ses côtes, mais tout en soulignant la possibilité d’une solution politique. « Nous appelons l’Iran à cesser de toute urgence toute forme d’activité déstabilisatrice. Le Royaume-Uni reste en étroite coordination avec ses partenaires internationaux pour trouver des solutions diplomatiques visant à désamorcer les tensions », a indiqué le ministre britannique des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, dans un communiqué publié à la suite de l’incident. Le secrétaire d’Etat américain à la Défense, Patrick Shanahan, a appelé à « un consensus international pour régler ce problème international ». Il n’a toutefois pas écarté la possibilité de renforcer encore la présence militaire américaine dans la région.

Par ailleurs, si la menace d’un conflit armé entre les deux ennemis persiste, la communauté internationale la rejette. Abou-Bakr El-Dessouky estime que les Européens vont tenter de trouver des solutions pour alléger les sanctions contre l’Iran afin d’apaiser cette tension. « Ni l’Europe, ni même les pays du Golfe ont envie d’un conflit armé, tout le monde va y perdre », conclut-il.

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