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Daech défait, mais ...

Sabah Sabet, Mercredi, 27 mars 2019

L'alliance arabo-kurde des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) a annoncé l’élimination totale de Daech en Syrie. Mais l’avenir du pays, ravagé par une guerre complexe depuis plus de 8 ans, reste encore incertain.

Cinq ans après sa proclamation, le califat de Daech n’existe plus en Syrie. « Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) déclarent la totale élimination du soi-disant califat et une défaite territoriale à 100 % de Daech », a déclaré un porte-parole des FDS, Moustapha Bali, dans un communiqué publié samedi 23 mars. A l’issue de plusieurs mois de combats, les FDS ont réussi à s’emparer des dernières positions djihadistes à Baghouz, un village de l’est de la Syrie, proche de la frontière iraqienne. Ce dernier assaut des FDS contre l’ultime poche de Daech, lancé début février, est la dernière phase d’une opération déclenchée en septembre 2018, pour chasser le groupe des derniers secteurs encore sous son contrôle en Syrie.

A son apogée en 2014, Daech contrôlait, en Iraq et en Syrie, un territoire aussi vaste que la Grande- Bretagne. La perte de Baghouz, proche de la frontière iraqienne, signe ainsi la fin territoriale de Daech en Syrie. L’organisation, responsable d’atrocités et d’attentats meurtriers, notamment en Europe, y avait imposé un règne de terreur. Pourtant, quelques heures seulement avant sa défaite, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Daech a rejeté les déclarations sur la fin imminente du « califat » et appelé ses partisans à mener des attaques contre « les ennemis » en Occident. Selon des spécialistes, cette dernière victoire annoncée ne signifie pas pour autant la fin du danger de Daech. Sameh Rashed, directeur de la rédaction de la revue Al-Siyassa Al-Dawliya et spécialiste de la Syrie, explique que ce qui est dit à propos de l’élimination totale de l’organisation est de la propagande. « D’un point de vue politique, une organisation internationale n’est terminée que lorsque deux choses se passent : l’élimination de ses dirigeants, de ses combattants et également de ses idées. Pourtant ni l’un ni l’autre ne s’est passé », assure Rashed, en ajoutant que les combattants et leurs familles ont quitté leur zone de sécurité en Syrie dans des convois, sous les auspices de puissances majeures.

La menace terroriste reste vive En effet, selon les FDS, depuis janvier, plus de 67 000 personnes ont quitté la poche de Daech, dont 5 000 djihadistes arrêtés après leur reddition. La plupart des familles de djihadistes ont été transférées dans des camps, principalement dans celui d’Al-Hol (nord-est). Ces milliers de djihadistes étrangers et leurs familles retenus en Syrie représentent un danger, ont averti, dimanche dernier, les Kurdes syriens exhortant la communauté internationale à désamorcer cette potentielle bombe à retardement. « Plusieurs membres de l’organisation se sont dirigés vers la frontière syrienne avec l’Iraq, et sont cantonnés dans l’ouest de l’Iraq chez des tribus sunnites. Certains ont réussi à traverser la frontière syro-turque, alors que d’autres ont rejoint d’autres organisations ou ont disparu parmi les civils, ce qui leur donne une nouvelle occasion de se réactiver et peut-être d’apparaître dans d’autres pays comme la Libye », explique Rashed.

En outre, même si le danger de Daech existe toujours, le régime syrien de Bachar Al-Assad, soutenu par la Russie et l’Iran, est le seul gagnant dans cette dernière victoire sur le terrain. Et ce, du fait de la faiblesse des autres organisations djihadistes existantes. Celles-ci, doivent faire face à un manque de financement de la part des pays qui les soutenaient auparavant « Dans l’ensemble, la situation évolue au profit du pouvoir syrien et renforcera davantage la position de négociation de Damas dans le processus politique. Le régime n’a plus besoin de faire de concessions politiques. Il va insister sur la phase de transition, sur la Constitution et les autres éléments en faveur de la solution politique ». explique Rashed, en ajoutant que le soutien de la Russie, la neutralité européenne et l’incapacité internationale d’imposer une solution donnent encore plus de force au régime syrien. Moscou jouera assurément un rôle de médiateur dans le futur. La Russie tentera de modifier les positions d’Ankara pour abandonner l’idée d’une zone tampon et parvenir à un accord avec Damas, garantissant qu’aucune entité kurde ne soit formée. Pourtant, le chemin est encore long et le futur incertain, sachant que la plupart des régions syriennes sont démolies, et que le pays est ravagé non pas seulement par la guerre, mais aussi par les interventions liées aux intérêts des grandes puissances du monde.

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