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Tension persistante

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 28 mai 2018

Alors que les Européens tentent une opération de sauvetage miraculeuse de l’accord nucléaire iranien, la tension ne cesse d’augmenter entre Washington et Téhéran.

Le bras de fer se poursuit entre Téhéran et Washington depuis le retrait du président américain, Donald Trump, de l’accord nucléaire iranien. Les Etats-Unis ont décidé d’exercer une « pression financière sans précédent » sur le régime iranien avec « les sanctions les plus fortes de l’histoire », comme l’a annoncé le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo. « L’Iran n’aura plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient », a déclaré Pompeo, qui a annoncé une nouvelle stratégie américaine consistant à discuter d’un « nouvel accord » avec le régime iranien, mais avec 12 conditions. Sur le volet nucléaire, l’Iran doit reconnaître la dimension militaire de son programme, cesser tout enrichissement d’uranium, fermer son réacteur à eau lourde et donner aux inspecteurs internationaux accès sans conditions à tous les sites du pays. Téhéran doit aussi mettre fin à la prolifération des missiles balistiques et au développement et aux essais des missiles à capacité nucléaire. Enfin, la République islamique doit se retirer de Syrie et cesser de soutenir des groupes « terroristes » (Hezbollah libanais, Talibans afghans ...), de s’ingérer dans les conflits ou les affaires de ses voisins (Yémen, Iraq, Liban ...) ou d’en menacer d’autres, comme Israël ou l’Arabie saoudite.

Si l’Iran remplit ces conditions, les Etats-Unis sont prêts à lever, à terme, leurs sanctions et à rétablir l’ensemble des relations diplomatiques et commerciales. « L’Administration Trump tente d’exercer le maximum de pression sur l’Europe et l’Iran à la fois, pour qu’ils acceptent de discuter d’un nouvel accord qui limite l’influence iranienne dans la région. En fait, Washington s’inquiète de voir Européens, Russes et Chinois se ranger aux côtés des Iraniens ces derniers jours », explique Mohamad Mohsen Aboul-Nour, spécialiste des affaires iraniennes.

Téhéran impose des conditions à l’Europe

Soulagé par un récent rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) qui indique que l’Iran respecte les restrictions prévues par l’accord, le président iranien, Hassan Rohani, a refusé de se plier aux exigences américaines, affirmant que les Etats-Unis n’ont pas à décider de l’avenir de l’Iran. « Qui êtes-vous pour décider de l’avenir de l’Iran et du monde ? Le monde aujourd’hui n’accepte pas que l’Amérique décide pour le monde, car les pays sont indépendants », s’est insurgé Rohani. Relevant le défi à son tour, le guide suprême de la Révolution, Ali Khamenei, a dressé une liste de 7 conditions qui devront être respectées par les puissances européennes sous peine de voir Téhéran rejeter l’accord. Donnant fin mai à l’UE comme dernier délai, Khamenei exige des Européens qu’ils préservent les ventes de pétrole iranien des sanctions américaines à venir et qu’ils continuent d’en acheter. Il attend par ailleurs des banques européennes qu’elles préservent le commerce avec la République islamique. De plus, les Européens doivent promettre de ne chercher à rouvrir les négociations ni sur le programme iranien de missiles balistiques, ni sur la politique régionale de Téhéran. « Nous ne voulons pas entamer de conflit avec les Européens, mais nous ne leur faisons pas non plus confiance », a dit Khamenei qui reproche aux Européens d’être restés silencieux face aux « violations américaines répétées » de l’accord.

Face à ces pressions iraniennes, les signataires européens de l’accord ont intensifié leur marathon diplomatique cette semaine pour affirmer à l’Iran leur engagement à respecter le pacte. Alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, s’est rendue en Chine pour affirmer l’engagement de l’UE à préserver les relations commerciales avec l’Iran, les Européens, la Chine et la Russie se sont réunis avec l’Iran à Vienne, vendredi, pour faire le point sur leurs tentatives de sauver l’accord. « Il n’y a pas de solution alternative à l’accord sur le nucléaire », a réaffirmé la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, estimant que le discours de Mike Pompeo « n’a démontré en rien comment le retrait américain pourrait rendre la région plus sûre ». La marge de manoeuvre des Européens est étroite « car les Etats- Unis restent la première superpuissance économique et contrôlent plus de 80 % de l’économie mondiale. Les sanctions américaines pèseraient lourdement sur l’UE. Entre le marteau et l’enclume, les Européens pourraient en fin de compte privilégier leurs intérêts avec les Etats-Unis au détriment de ceux avec l’Iran, de quoi condamner la République islamique à l’isolement et à la faillite de son économie. Ce sera un retour à la case départ pour l’Iran », conclut le politologue .

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