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L’Europe décidée à sauver l’accord nucléaire

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 21 mai 2018

Après le retrait américain de l’accord nucléaire iranien, les Européens, réunis à Sofia, ont exprimé leur volonté de respecter le texte et de contrecarrer les sanctions américaines. La Chine et la Russie ont fait de même.

Quel sort attend l’accord nucléaire ira­nien après le retrait du président améri­cain Donald Trump? Depuis la semaine der­nière, certains parlent d’un accord qui « ago­nise » alors que d’autres évoquent un accord qui peut « survivre » grâce à cinq de ses six signataires (Russie, Chine, France, Angleterre, Allemagne). Dans cette ambiance d’incerti­tude, le ministre iranien des Affaires étran­gères, Javad Zarif, a effectué une tournée diplomatique marathon à Pékin, Moscou et Bruxelles pour tenter une opération de « sau­vetage miraculeux » de l’accord. Selon les analystes, la tournée a porté ses fruits car le chef de la diplomatie américaine a été récon­forté par les Européens, les Russes et les Chinois qui se sont engagés à préserver l’ac­cord nucléaire, après le retrait des Etats-Unis. « On peut dire que Zarif a réussi sa tournée, même les résultats de sa tournée diplomatique ne sont pas encore tout à fait clairs. Zarif a réussi à créer un front uni contre Washington. Dans une tentative de contourner les sanc­tions américaines, les Européens ont convenu d’acheter le pétrole iranien en dollar et non en euro. La Chine, le plus grand importateur de pétrole iranien, a assuré qu’elle continue­rait à acheter du pétrole à l’Iran en yuan chinois au lieu du dollar », explique Mohammed Mohsen Abo El-Nour, spécialiste des affaires iraniennes.

Les dirigeants européens réunis cette semaine à Sofia ont formé un front uni. Le président français, Emmanuel Macron, dont le pays a investi des sommes énormes en Iran, a paru décidé à contrecarrer les sanctions amé­ricaines. « Les sanctions américaines sont des tests de souveraineté pour l’Europe. Il faut un sursaut européen », s’est insurgé Macron. Le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, a, lui, affirmé samedi: « Nous lançons le processus de la loi de blocage (blocking status) qui vise à neutraliser les effets extraterritoriaux des sanctions améri­caines ». La loi du blocage est un règlement européen datant de 1996, créé à l’origine pour contourner l’embargo sur Cuba. Il permet aux entreprises et aux tribunaux européens de ne pas se soumettre à des sanctions prises par des pays tiers. Le commissaire européen à l’éner­gie, Miguel Arias, s’est rendu samedi en Iran pour une visite de deux jours afin de réaffir­mer la volonté de l’Union européenne de maintenir les échanges commerciaux avec l’Iran. Ces démarches sont jugées « insuffi­santes » par le ministre iranien des Affaires étrangères qui a estimé dimanche: « L’UE doit faire des pas supplémentaires ». Selon M. Abo El-Nour, « ce qui se passe ces jours-ci sur la scène internationale joue largement en faveur des Russes et des Chinois qui vont favoriser leurs positions dans la région et avantager leurs entreprises, surtout que la Russie est devenue un acteur majeur au Moyen-Orient ».

Une chance en or pour Pékin et Moscou

Moscou et Pékin— deux superpuissances alliées de Téhéran et rivales des Etats-Unis— ont affirmé cette semaine leur inten­tion de renforcer leurs relations commerciales avec Téhéran. Face au retrait probable du Français Total du projet de développement du champ gazier iranien Pars Sud, l’Iran a pré­venu qu’il serait remplacé par le géant énergé­tique chinois CNPC, partenaire de Total dans ce contrat de 4,8 milliards de dollars. En fait, la Chine, assoiffée d’hydrocarbures et premier partenaire commercial de Téhéran, semble effectivement avoir l’intention de passer outre les sanctions américaines afin de muscler ses investissements en Iran.

Outre Pékin, Moscou compte bénéficier économiquement en investissant en Iran, étant moins exposé que l’Europe aux consé­quences des sanctions. Outre les gains éco­nomiques, le retrait des Etats-Unis a servi les Russes car il a rapproché la Russie et l’Eu­rope malgré leurs vives tensions alimentées par les dossiers syrien et ukrainien et récem­ment envenimées par l’empoisonnement de l’ex-espion Sergueï Skripal. Preuves de ce rapprochement: le président français doit se rendre à Saint-Pétersbourg fin mai pour dis­cuter des moyens de sauver l’accord iranien, alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, s’est rendue à Sotchi (sud de la Russie) vendredi pour discuter avec le prési­dent Poutine des moyens de « défendre de concert » leurs intérêts.

De peur de voir les superpuissances de la planète se ranger aux côtés de Téhéran, Washington a tenté de faire marche arrière cette semaine en affirmant sa volonté de tra­vailler « dur » avec les Européens afin de parvenir à « un nouvel accord » qui contre le comportement néfaste de l’Iran au Moyen-Orient. « Nous pourrons parvenir à un accord qui protège le monde face au mauvais com­portement iranien dans la région. Je tra­vaillerai dur avec les Européens pour y par­venir », a affirmé le secrétaire d’Etat améri­cain, Mike Pompeo. Selon M. Abo El-Nour, Trump craint désormais de voir les superpuis­sances s’allier contre son pays. « Il tente donc de manoeuvrer afin de modifier l’accord et y ajouter de nouvelles clauses comme la non-ingérence de l’Iran au Moyen-Orient. Personne ne peut prévoir quelle sera la réac­tion de Téhéran. Va-t-il accepter de modifier son accord ou pas? Seuls les jours à venir apporteraient la réponse à cette question », conclut le politologue .

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