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Iran : les fidèles de Khamenei en course

Maha Al- Cherbini avec agences, Mardi, 28 mai 2013

La campagne électorale bat son plein en Iran entre 8 candidats, dont 5 ultraconservateurs, fidèles au guide suprême, Ali Khamenei, 2 modérés et un réformateur, qui ont été autorisés à se présenter à la présidentielle du 14 juin.

Iran
Saïd Jalili sera-t-il le nouveau président iranien ? (Photo: AP)

Dominée par la crise nucléaire et la faillite économique provoquée par les sanctions imposées par les grandes puissances, la campagne électorale a démarré vendredi dernier pour terminer le 13 juin à la veille des présidentielles. Pour l’heure, la campagne se joue entre 8 candidats : 5 conservateurs, 2 modérés et un réformateur, après que le Conseil des gardiens de la Constitution — dominé par les ultraconservateurs proches du guide, Ali Khamenei — eut invalidé la majorité des 686 candidatures et n’a retenu que 8 noms, dont la plupart sont proches du guide. « Cette liste, dominée par les ultraconservateurs, prouve la volonté du régime d’éviter tout conflit au sein d’un pouvoir dominé par le guide, surtout après que le président, Ahmadinejad, eut osé défier Ali Khamenei. Cette fois-ci, le président doit être plus qu’obéissant au guide », analyse l’expert Mohamed Abbas.

Parmi les candidats ultraconservateurs en course : l’ancien chef de la diplomatie (1981-97), Ali Akbar Velayati, le maire de Téhéran, Mohammad Bagher Ghalibaf, l’ancien président du Parlement, Gholam Ali Haddad, et le négociateur en chef du dossier nucléaire, Saïd Jalili. Sur la liste des candidats figurent aussi les conservateurs modérés Hassan Rohani, négociateur du dossier nucléaire de Téhéran sous la présidence du réformateur Mohammad Khatami, et Mohammad Gharazi, ancien ministre de M. Rafsandjani. Les réformateurs n’auront qu’un prétendant, Mohammad Reza Aref, ancien ministre des Télécommunications de Khatami. Selon les experts, le camp réformateur est très affaibli, 4 ans après les graves manifestations contre la réélection du président Ahmadinejad, les deux figures de proue de l’opposition — Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi — sont placés sous résidence surveillée.

Selon les analystes, le candidat le plus favori semble, pour l’heure, Saïd Jalili qui n’a pas oublié cette semaine de réitérer sa pleine soumission à son « maître ». « Le président doit être soumis au guide et montrer cette soumission dans la pratique », a affirmé Jalili, confirmant sa loyauté aux principes de la révolution iranienne. « En politique étrangère, si on a eu des succès, cela a été grâce à la résistance face aux puissances occidentales et non à la politique de compromission », a-t-il rajouté. Mais, en Iran, rien n’est sûr et tous les scénarios sont possibles jusqu’à la dernière minute : la victoire même d’Ahmadinejad en 2005 était une grande surprise. Ce qui dit que Jalili ne doit pas dormir en paix les jours à venir, car il a à craindre la candidature de deux faucons du régime : Mohammad Ghalibaf, qui peut se prévaloir de son bilan comme maire de Téhéran depuis 2005 et comme ancien chef de la police, et Ali Akbar Velayati, qui est très proche au guide. « Velayati est resté ministre des Affaires étrangères pendant 16 ans (1981-97), il a une très bonne relation avec l’Occident, ce qui est très important, car le guide pourrait être contraint d’engager des négociations avec les Américains pour prévenir une guerre imminente », explique Abbas.

« Recours auprès du guide »

Ne voulant prendre « aucun risque » lors des présidentielles, le Conseil des gardiens a disqualifié les deux bêtes noires des ultraconservateurs : l’ancien président, Akbar Hachémi Rafsandjani, et Rahim Mashaïe, proche collaborateur du président Ahmadinejad. Alors que Rafsandjani a fait savoir qu’il acceptait son éviction, Ahmadinejad a largement contesté la disqualification de son protégé, annonçant qu’il en appellerait au guide. « Je considère ma disqualification comme une injustice et je vais essayer de la réparer en faisant un recours auprès du guide », a réagi Mashaïe.

En fait, l’éviction de ces deux noms était largement attendue, car Rahim Mashaïe est un libéral proche d’Ahmadinejad qui tente de faire un jeu de chaises musicales avec lui à l’instar de Poutine-Medvedev, ce qui ne peut être toléré par le guide. Quant à Rafsandjani, il a été exclu pour avoir soutenu les manifestations après la réélection controversée d’Ahmadinejad en 2009. En effet, la disqualification de Rafsandjani a déçu un bon nombre d’Iraniens réformateurs, car ils le considèrent comme le seul capable de relancer et de gérer l’économie par davantage de libéralisation, de réformer la société et d’améliorer les relations avec l’Occident. Selon ses partisans, les deux mandats de Rafsandjani président (1989-97) étaient marqués par la reconstruction du pays après la guerre Iran-Iraq et une relative ouverture vers l’Occident.

En écartant ces deux bêtes noires du régime, le Conseil des gardiens de la Constitution a verrouillé le jeu et l’a limité aux fidèles du guide. En un mot, le nouveau président ne doit être qu’une « marionnette » dont toutes les ficelles seront entre les doigts de Khamenei. Une hypothèse qui préoccupe l’Occident, et surtout la France, qui a dénoncé « l’ampleur du verrouillage du système iranien », et les Etats-Unis qui ont fustigé le manque de transparence du scrutin. « Ces élections auront lieu dans un climat de répression croissante. C’est loin d’&ˆtre une élection libre et équitable », a critiqué le secrétaire d’Etat américain, John Kerry.

Qui est Saïd Jalili ?

Grâce à son intransigeance face aux Occidentaux et sa relation étroite avec Ali Khamenei, le conservateur Saïd Jalili (47 ans), chef des négociateurs et représentant direct du guide suprême dans le dossier nucléaire, semble le favori des présidentielles. Connu pour sa position ferme dans les discussions avec les Six, ce vétéran de la guerre Iran-Iraq (1980-88), qui a perdu sa jambe droite durant le conflit, a été vice-ministre des Affaires étrangères (2005-2007).

« Jalili a une grande chance, car il est très populaire en Iran, il est très soumis au guide, il est un handicapé de guerre et un bon négociateur avec l’Occident », expliquent les analystes. Jalili a réussi dans ses négociations avec les Six à ne jamais faire de compromis et les puissances occidentales n’ont bénéficié d’aucune concession durant sa mission. Une intransigeance qui a été tant appréciée par l’aile dure du régime et surtout par le guide, mais très critiquée par le courant réformateur.

Né à Mashhad (nord-est), Jalili a interrompu ses études universitaires pour partir au front pendant la guerre contre l’Iraq. Après la guerre, il a achevé une thèse sur « les affaires étrangères dans la vie du prophète » à l’Université Imam Sadegh à Téhéran. Il a ensuite enseigné la « diplomatie du prophète » dans cet établissement fondé par la mouvance ultraconservatrice. A partir de 1991, Jalili a occupé différents postes au sein de la justice et du ministère des Affaires étrangères. En 2001 et pendant le deuxième mandat du président Mohammad Khatami, il a dirigé le bureau des affaires du guide. Sa relation étroite avec Khamenei en fait le favori des prochaines présidentielles.

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