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Sécurité : L’Europe opte pour une autonomie stratégique

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 20 février 2018

La relance du projet de défense européenne lors de la Conférence de Munich sur la sécurité et la défense constitue un recul de l’influence de Washington en Europe et fait craindre des crispations au sein de l'Otan.

Plus d’alliance et de coopération sécuritaire européenne et recul de l’influence américaine : telles sont les conclusions les plus remarquables de la conférence annuelle sur la sécurité tenue du 15 au 18 février à Munich. L’Europe doit se doter d’une « autonomie stratégique pour se défendre tout en restant fidèle à l’Otan », ont affirmé vendredi les ministres française et allemande de la Défense. En fait, Paris et Berlin ont ainsi vanté la relance du projet de défense européenne dont ils sont les moteurs, un message destiné à des Etats-Unis inquiets d’une perte d’influence en Europe. « Lorsque nous serons menacés dans notre voisinage immédiat, au Sud notamment, nous devrons être capables de faire face, y compris lorsque les Etats-Unis ou l’Alliance (Atlantique, ndr) souhaiteront être moins impliqués », a souligné la ministre française des Armées, Florence Parly. Et d’ajouter : « Pour cela, il faudra que nous ayons notre autonomie stratégique (...) sans obliger les Etats-Unis à venir à notre chevet, sans qu’ils détournent leurs moyens ISR (renseignement et surveillance) ou leurs ravitailleurs d’autres missions, ailleurs ». L’Allemagne a également critiqué la priorité accordée par Washington à ses dépenses militaires au détriment de la diplomatie.

En fait, le désir européen de se distancier du rôle américain revient en partie à la politique américaine elle-même, qui, depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, repose sur le fameux « America First », l’Amérique d’abord. Une devise illustrée, selon les observateurs, par le fait que le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, n’a pas pris la parole à Munich. De même, fait significatif, les intervenants américains les plus percutants ont été deux anciens de l’Administration Obama : l’ex vice-président Joe Biden et l’ex-secrétaire d’Etat John Kerry. En décembre dernier déjà, l’Union Européenne (UE) avait lancé une coopération structurée permanente dans les domaines de la sécurité et de la défense. En vertu de cet accord, les signataires peuvent développer conjointement des capacités de défense, développer des équipements et des armements et investir dans des projets communs. Pour sa part, le président français, Emmanuel Macron, a proposé de créer une force commune d’intervention européenne, capable d’agir hors des structures existantes de l’Otan ou de l’UE. Cette Initiative Européenne d’Intervention (IEI) permettrait de « faire émerger une culture stratégique commune parmi les Européens », a plaidé Mme Parly, en qualifiant de « faux débat » le fait d’« opposer l’UE à l’Otan ». Son homologue allemande, Ursula von der Leyen, a insisté elle aussi à la tribune sur la même idée. « Il s’agit d’une Europe qui pourra aussi peser plus d’un point de vue militaire, qui pourra ainsi être plus autonome et porter plus de responsabilités propres au sein de l’Otan notamment. C’est le défi d’avenir européen », a-t-elle fait valoir.

Pour sa part, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a répété vendredi 16 février à Munich que la relance par l’Europe de la défense ne devait pas empiéter sur les prérogatives de l’Alliance. « Nous saluons ces efforts, du moment qu’ils ne concurrencent pas, mais complètent les efforts de l’Otan », a-t-il souligné, faisant écho aux inquiétudes exprimées par les Etats-Unis lors d’une réunion de l’Otan mercredi et jeudi 14 et 15 février à Bruxelles.

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