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La question migratoire toujours sans issue

Abir Taleb, Mardi, 30 mai 2017

hôte du G7 et concerné au premier plan par la question migratoire, avait envisagé un texte ambitieux sur cette question. Mais face aux réticences américaines, aucune avancée n’a été enregistrée.

La question migratoire toujours sans issue
L'Italie a vu débarquer plus de 50 000 personnes sur ses côtes depuis le début de l'année (Photo :AFP)

Sept pays parmi les plus riches du monde réu­nis en Sicile, l’île où s’échouent quotidienne­ment des centaines de migrants venus des pays les plus les pauvres du monde, le symbole est criant. Pourtant, la question, bien que sur la table, n’a pas été au centre des préoccupations des grands de ce monde. Et, pendant que ceux-ci parlaient com­merce et climat, les migrants continuaient à tra­verser la Méditerranée. Plus de 1 500 d’entre eux ont ainsi été secourus pour la seule journée du vendredi 26 mai, première journée du Sommet du G7. Pourtant, les débarquements ont été interdits cette semaine en Sicile.

Cette interdiction est en quelque sorte la seule décision concrète prise au sujet des migrants. En première ligne face à la crise migratoire, l’Italie, qui a vu débarquer plus de 50 000 personnes sur ses côtes depuis le début de l’année, comptait faire adopter une déclaration ambitieuse par le G7 de Taormina. Il n’en fut rien, bien que pendant des mois, la présidence italienne ait travaillé à la rédaction d’un texte de six pages intitulé Vision du G7 sur la mobilité humaine. Rome voulait un texte ambitieux. Une approche constructive et com­mune à tous les pays du G7, abordant non seulement les pro­blèmes à traiter d’urgence lorsqu’un pays fait face à un afflux de réfugiés, mais égale­ment les problèmes à plus long terme. Que ce soit sur les inves­tissements, l’intégration et la formation des réfugiés dans les pays d’accueil, la mobilité des personnes, la lutte contre le racisme et la xénophobie ...

Aucune avancée réelle
Finalement, le refus américain a fait que la ques­tion migratoire n’a enregistré aucune réelle avan­cée. Le communiqué final du G7 consacre certes un chapitre à « la mobilité humaine », un autre à « l’Afrique » et un troisième à la sécurité alimen­taire. Mais les termes restent flous. « La gestion et le contrôle des flux de migrants exigent une approche à la fois urgente et de long terme. Tout en réaffirmant les droits humains de tous les migrants et réfugiés, nous réaffirmons le droit souverain des Etats à contrôler leurs frontières et mener des politiques dans l’intérêt de leur propre sécurité nationale », dit le texte.

En fait, cinq chefs d’Etat et de gouvernement africains étaient invités à Taormina. Le Niger, l’Ethiopie, le Kenya, la Tunisie et le Nigeria — d’où vient le plus gros contingent de migrants en Italie — ont participé samedi matin à une réunion avec les membres du G7. L’occasion pour le pré­sident nigérien, Mahamadou Issoufou, de rappeler que les flux migratoires résultaient de « la combi­naison du terrorisme, de la pauvreté, des effets du changement climatique et de la pression démogra­phique ». Et d’appeler ses pairs occidentaux à envisager une approche globale mêlant « des mesures sécuritaires, et des mesures en matière de développement économique et social ».

« Nous devons être durs et vigilants » sur l’im­migration, a simplement lancé le président améri­cain Donald Trump à Bruxelles, où il était avant de se rendre en Sicile, liant une nouvelle fois immigration et terrorisme. « Des milliers et des milliers de personnes se répandent dans nos dif­férents pays et se dispersent, et dans de nombreux cas, nous ne savons pas qui ils sont », a-t-il déclaré.

Cependant, le tout nouveau président français a voulu minimiser cet échec sur l’immigration. « Ce n’est un sujet ni pour le Japon, ni pour le Canada, ni pour les Etats-Unis, c’est une responsabilité européenne », a dit Emmanuel Macron. Selon le président français, la résolution de cette crise passe non seule­ment par une autre politique européenne, mais aussi par une vraie politique de sécurité et de stabilisation des zones où les tensions induisent plus d’afflux massifs de réfugiés, ainsi que par la lutte contre le réchauffe­ment climatique et pour le déve­loppement. De belles paroles, en attendant les actes.

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