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Au Venezuela, le bras de fer s’accentue

Maha Al-Cherbini avec agences, Vendredi, 26 mai 2017

Malgré la vague de condamnations internationales et la poursuite des manifestations populaires de par le pays, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, reste accroché au pouvoir.

Aucune lueur d’espoir ne se profile à l’ho­rizon dans la crise qui oppose le président socialiste, Nicolas Maduro, à l’opposition qui mobilise chaque jour des milliers de manifes­tants pour obtenir le départ du président via des élections anticipées. Samedi 21 mai, l’opposi­tion a organisé sa plus grande manifestation avec plus de 200 000 manifestants pour exiger le départ du président. En tout, les manifesta­tions qui secouent le pays ont fait 47 morts cette semaine. Malgré cette gronde populaire, Maduro ne fait que s’accrocher au pouvoir bec et ongles. Pour preuve, le président, sûr du soutien de l’armée, a récemment ordonné le déploiement de 2 600 militaires dans l’ouest du pays, tout en prolongeant l’état d’urgence en vigueur depuis début 2016. Cette mesure, renouvelée pour la septième fois, permet au chef de l’Etat de restreindre les garanties constitutionnelles et de prendre des mesures spéciales d’ordre social, politique, économique et juridique.

Qui plus est, le pouvoir a empêché le chef de l’opposition, Henrique Capriles, de quitter le pays pour se rendre à New York où il devait rencontrer le Haut commissaire de l’Onu aux droits de l’homme. Henrique Capriles devait rencontrer vendredi dernier à New York le Haut commissaire de l’Onu aux droits de l’homme, Zeid Raad Al-Hussein, pour lui pré­senter les cas des manifestants tombés tués, blessés, emprisonnés ainsi que des preuves de la « répression » des autorités contre la vague de protestations hostiles au président Maduro. « Le président socialiste se trouve dos au mur. Il a recours à la politique du bâton, car il a peur de subir le sort de son homologue brési­lienne de gauche, Dilma Roussef, destituée en août pour maquillage de comptes publics. En Amérique latine, l’opposition de droite saisit l’occasion des crises économiques pour dis­créditer la gauche aux yeux du peuple et prendre le pouvoir », explique Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

Inquiétudes internationales
Cette dégradation de la situation au Venezuela inquiète la communauté internationale. Pour la première fois, le Conseil de sécurité de l’Onu a abordé le sujet jeudi dernier à la demande de Washington. Au cours de la réunion, les Etats-Unis ont mis en garde les Nations-Unies contre le risque que cette crise ne dégénère en « un conflit similaire à la situation en Syrie ou au Soudan du Sud », alors que l’ambassadrice américaine à l’Onu, Mme Haley, a estimé que la communauté internationale devait agir de concert « pour assurer que Maduro mette fin à cette oppression et restaure la démocratie ». Selon le président vénézuélien, les Etats-Unis orchestrent cette vague de protestations de l’opposition pour semer le chaos et favoriser une intervention étrangère au Venezuela qui compte les plus importantes réserves de pétrole de la planète. « Le Venezuela résoudra ses propres problèmes internes. Nous n’accepte­rons aucune intervention étrangère », a lancé l’ambassadeur du Venezuela à l’Onu, Rafael Ramirez, lors de la réunion du Conseil de sécu­rité.

Washington, de son côté, a porté un rude coup au camp du président Maduro en plaçant sur la liste noire financière huit membres de la Cour suprême vénézuélienne, accusés d’avoir aggravé la crise politique du pays en affaiblis­sant l’autorité du parlement. Haussant le ton, le président américain, Donald Trump, a qua­lifié de « honte pour l’humanité » la crise politique au Venezuela, affirmant que le pays n’avait pas connu pareille situation depuis plusieurs « décennies ».

Or, dans ce concert de condamnations, Maduro ne manque pas de partisans : le prési­dent russe, Vladimir Poutine, a apporté ven­dredi son soutien à son homologue vénézué­lien, refusant toute intervention étrangère dans les affaires de ce pays et affirmant le droit du peuple vénézuélien à choisir son des­tin sans intervention extérieure. « Il est logique que Poutine s’oppose à la politique américaine au Venezuela surtout que son pays est l’objet de sanctions américaines à cause de l’annexion de la Crimée. Poutine est contre les sanctions occidentales d’une façon géné­rale, car la Russie souffre depuis 2014 des séquelles de ces sanctions », explique Dr Mourad.

Chez les voisins, les pays d’Amérique latine sont partagés sur le Venezuela : tandis que le Brésil a annoncé cette semaine le retour de son ambassadeur à Caracas après neuf mois d’ab­sence comme « signe de bonne volonté » en faveur du dialogue, la Colombie a, elle, écarté « pour le moment » le retour du sien rappelé pour consultations fin mars dernier. « La seule porte de sortie à la crise politique que traverse le Venezuela est d’organiser rapidement des élections », a estimé de son côté le secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains (OEA), Luis Almagro, affirmant que le nombre élevé de morts lors des manifestations de l’op­position est le résultat d’un régime qui s’obs­tine à ne pas reconnaître que la seule porte de sortie à la crise est de convoquer immédiate­ment des élections générales.

Aujourd’hui, la seule chose sûre est que la tension ne peut plus durer longtemps. Désormais, deux scénarios sont possibles : « D’abord, que Maduro réussisse à réprimer l’opposition et rester au pouvoir, ou que le président se trouve vendu par ses partisans et surtout par l’armée qui est son plus important soutien. Si l’armée trouve que la crise est hors contrôle et que les manifestations s’aggra­vent, elle ne va pas éternellement soutenir Maduro », conclut Dr Mourad .

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