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Au Zimbabwe, l’opposition tente l’impossible

Lundi, 24 avril 2017

Faire tomber le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, après 32 ans de pouvoir absolu, et l’écarter de prochaines élections prévues en 2018, tel est le but de l’opposition zimbabwéenne. Dans cette optique, les princi­pales figures de l’opposition ont fait alliance cette semaine dans l’espoir de mettre un terme au règne de Mugabe, aux élections de l’an prochain.

Le chef du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), Morgan Tsvangirai, a dévoilé cette semaine la signature d’un pacte avec l’ex-vice-présidente, Joice Mujuru, jadis proche du chef de l’Etat mais récemment répu­diée. Il a aussi tiré officiellement un trait sur la brouille qui l’opposait depuis 2005 à son vieil allié Welshman Ncube. « Le Zimbabwe et l’in­térêt de tout son peuple sont plus importants que n’importe lequel d’entre nous », a procla­mé Tsvangirai jeudi dernier. « Nous avons hâte de voir le Zimbabwe redevenir le grand pays qu’il a été », a lancé pour sa part Mme Mujuru, qui dirige désormais le Parti national du peuple (NPP).

Depuis l’indépendance en 1980, Robert Mugabe, 93 ans, règne d’une main de fer et sans partage sur l’ex-colonie britannique, c’est le plus vieux chef d’Etat en exercice de la pla­nète. « Nous devons aux générations futures et à nous-mêmes de tout faire pour ne pas échouer en 2018 aux prochaines échéances électorales », a assuré Ncube.

Crise économique aigüe
Le Zimbabwe se débat depuis le début des années 2000 dans une crise économique et financière dévastatrice qui a plongé ses 15 millions d’habitants dans le chômage de masse et la plus extrême pauvreté. Malgré cette situa­tion et la colère croissante de la population, le président Mugabe a réussi à se maintenir au pouvoir au prix de fraudes électorales massives selon ses opposants, et à l’omniprésence d’une police qui réprime aussi violemment que systé­matiquement la moindre velléité de contesta­tion.

En 2008, Tsvangirai a bien cru tenir sa vic­toire en devançant le sortant lors du premier tour de la présidentielle. Mais l’intimidation et les violences — plusieurs centaines de morts — du régime ont eu raison de lui au second tour et permis à Robert Mugabe de prolonger son emprise. Sans surprise, le prési­dent, qui a toujours refusé de désigner un dau­phin, a été récemment investi par son parti, la Zanu-PF, pour briguer sa succession lors des élections de l’an prochain. Mais la crise des lézardes apparues au sein de la maison Mugabe et surtout l’affaiblissement manifeste du maître, qui a fêté en février ses 93 printemps, ont ravivé les espoirs de victoire de ses rivaux. Et accéléré leur indispensable rapprochement. « Si quelqu’un dans ce pays attend de nous que nous allions aux élections divisés comme en 2008 et 2013 en espérant un autre résultat, ce serait (...) de la démence absolue. Et aucun d’entre nous n’est dément », a commenté Welshman Ncube. Selon l’analyste politique Alois Masepe, « cette alliance est un pas dans la bonne direction et une opposition fragmen­tée ne favorise personne, si ce n’est la Zanu-PF ». Pourtant et selon l’analyste interrogé par l’AFP, « les pactes et rabibochages annoncés ne suffiront pas à faire tomber Robert Mugabe ».

L’apathie politique des Zimbabwéens qui ne participent plus à la vie électorale et politique est une culture qui doit être changée. « Les chefs de l’opposition doivent trouver des stra­tégies pour faire revenir les gens vers eux », indique Masepe. En outre, le contrôle perma­nent exercé par le parti au pouvoir et l’appareil policier sur le processus électoral constitue un autre défi.

« Beaucoup plus doit être fait pour exposer au grand jour le système de triche mis en place par la Zanu-PF », insiste pour sa part Takavafira Zhou, politologue à l’Université d’Etat de Masvingo (centre). « Et encore beau­coup plus pour faire en sorte que le scrutin se déroule sur un terrain équitable », dit-il. Avant même leur annonce, Robert Mugabe, sûr de sa réélection, s’est permis de railler les efforts d’unité de ses rivaux. « On regarde ça avec jubilation », s’est amusé au début du mois le chef de l’Etat devant ses troupes ravies. « On observe avec joie qu’ils se tournent tous les jours les uns vers les autres en prétendant poursuivre ce mirage qu’ils ont appelé la grande coalition, apparemment inconscients de la grande défaite qui les regarde droit dans les yeux ». Le vieux dirigeant, qui s’accroche au pouvoir, a d’ores et déjà annoncé qu’il serait candidat à sa propre succession en 2018 .

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