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Venezuela : Le faux pas de Maduro

Maha Al-Cherbini avec agences, Mardi, 04 avril 2017

Sous le poids des pressions internes et externes, la Cour suprême vénézuélienne a dû revenir sur sa décision de s'octroyer les pouvoirs du parlement. De quoi prouver les tergiversations du pouvoir face à une opposition qui appelle au départ du président Nicolas Maduro.

Venezuela : Le faux pas de Maduro
Des manifestations ont été déclenchées dans les rues de Caracas contre les décisions de la Cour suprême. (Photo:AFP)

Cela fait deux ans que le Venezuela est en proie à un grave bras de fer entre le pouvoir du président socialiste Nicolas Maduro et l’opposition de droite, qui domine le parlement depuis les législatives de fin 2015. Un bras de fer qui n’est pas près de prendre fin, semble-t-il : l’opposition continue de pousser le chef de l’Etat vers la sortie et exige une présidentielle anticipée avant celle prévue en décembre 2018 ; le président tente d’accaparer tous les pouvoirs depuis des mois pour préserver sa place. Mais Nicolas Maduro a du mal à se défendre. En effet, cette semaine, le pouvoir de Maduro a reçu un coup dur après que la Cour suprême eut annulé, samedi 1er avril, sa décision prise le 30 mars de s’octroyer les attributions du parlement, dont notamment l’édiction des lois. Une décision qui a déchaîné une forte vague de protestations de la part de l’opposition. A l’étranger, une pluie de critiques internationales est tombée sur la tête du président vénézuélien : les Etats-Unis, l’Union européenne, les Nations-Unies et une dizaine des pays d’Amérique latine l’accusant de mener « un coup d’Etat ».

Sous le poids de ces pressions, la Cour suprême a fait un autre pas en arrière le 1er avril, en annulant une décision qui conférait au président des pouvoirs élargis qui lui permettraient de légiférer en matière de crime organisé et de terrorisme.

En fait, depuis la victoire de la droite aux législatives de fin 2015, le président et ses proches ne cessent de ronger le pouvoir du parlement. En janvier 2016, la Cour suprême a déclaré nuls tous les votes de l’Assemblée nationale, en réaction à l’investiture de trois députés anti-chavistes. La Cour suprême a ainsi privé, la semaine dernière, les députés vénézuéliens de leur immunité, ce qui les expose à de possibles procès pour haute trahison devant des instances militaires. « En faisant ces faux pas, Maduro aspirait à accaparer tous les pouvoirs, de peur de subir le sort de son homologue brésilienne, Dilma Roussef, destituée fin août par le parlement. Ce qui se passe au Venezuela comme au Brésil et en Argentine n’est qu’un épisode dans le bras de fer qui oppose la gauche à la droite en Amérique latine. Ces séismes politiques sonnent le glas des gouvernements de gauche. Comme le Brésil, le Venezuela paie la facture du naufrage économique. Et la droite tire profit de la crise économique pour mobiliser l’opinion publique contre le pouvoir », affirme le politologue Dr Hicham Mourad.

Une opposition divisée
Or, même si 78,5 % des Vénézuéliens (selon l’institut Datanalisis) rejettent le gouvernement de Maduro, ce mécontentement populaire n’a pas profité à l’opposition réunie au sein de la coalition de la MUD (table pour l’unité démocratique), car l’opposition vénézuélienne reste faible et divisée. Selon les experts, deux défis fragilisent la droite au Venezuela : tout d’abord sa lutte contre une force qui a le pouvoir économique, militaire et politique, et ensuite, ses luttes internes entre les modérés et les radicaux. L’opposition est plus que jamais fissurée, le camp modéré est partisan « d’accords minimaux » avec le pouvoir, alors que les radicaux considèrent « inutile » tout dialogue avec « une dictature ». Face à cette situation complexe, le sort de Maduro reste incertain, selon Dr Moustapha Kamel, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire. « Nul ne peut prévoir le sort de Maduro car la droite ne peut pas le révoquer sans un très large soutien populaire. Or, ce n’est pas gagné, car outre la division de l’opposition, la droite n’a pas réussi au fil des derniers mois à mobiliser le peuple contre le président chaviste. En fait, Maduro ne manque pas de partisans : il est toujours soutenu par les classes défavorisées. Et ces dernières sont convaincues que la crise économique actuelle passera avec la fin de la crise des cours du pétrole. En revanche, les classes aisées s’opposent fermement à Maduro et veulent le révoquer à tout prix. Cette division rend le sort du président indécis », analyse l’expert. Sans oublier un autre facteur d’envergure, le soutien de l’armée. C’est dire que le bras de fer risque de durer .

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