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3 questions à Ahmad Youssef : La fin de l’Etat Islamique (EI) ne sera annoncée qu’après sa défaite à Raqqa

Maha Salem avec agences, Mercredi, 18 janvier 2017

l'analyste politique et directeur du Centre des études arabes, Ahmad Youssef, sur la déroute de Daech dans la région et les conséquences de l’après-Mossoul.

Al-Ahram Hebdo : Les informations sur la libération imminente de Mossoul des mains de l’EI sont souvent contradictoires. Qu’en est-il ?

Dr Ahmad Youssef : Les forces armées iraqiennes s’approchent d’un pas rapide et décisif vers la reprise totale de Mossoul. Cela se fera peut-être dans un mois, deux mois pas plus. Mais, il faut noter que les combats deviennent de plus en plus féroces et acharnés. Les djihadistes de l’EI ne cèderont pas facilement, ils continuent de résister de toutes leurs forces, jusqu’au dernier souffle. Plus ils sont affaiblis, plus ils multiplient les attentats terroristes en Iraq et à l’étranger, surtout en Turquie.

Maintenant, il y a deux scénarios : ou bien les djihadistes vont multiplier les actes terroristes pour prouver qu’ils existent toujours, ou bien, ils tenteront de gagner du temps jusqu’à ce qu’ils reçoivent des aides de leurs alliés.

— Avec les changements d’alliances, la guerre contre Daech semble être entrée dans une nouvelle phase. Pouvez-vous expliquer où en est-on ?

— D’un côté, la Turquie a changé sa politique, elle ne soutient plus l’EI comme elle le faisait implicitement avant. Du coup, Daech veut se venger pour inquiéter non seulement la Turquie mais aussi les autres pays. L’EI veut faire pression sur ses alliés pour qu’ils lui fournissent des aides financières et des équipements. En plus, l’EI veut que la Turquie se charge des questions internes et ne se mêle pas de la guerre contre les djihadistes.

En même temps, il y a eu une erreur dans la stratégie de la guerre antiterroriste. L’offensive contre Daech devait se faire simultanément et parallèlement dans les trois pays où l’organisation sévissait : la Syrie, la Libye et l’Iraq. Cette stratégie aurait pu détruire l’EI facilement. Mais, il n’existe pas de front uni et fort pour détruire cette organisation, car chaque pays a ses propres intérêts qui lutte pour les défendre et les protéger. Chaque pays a ses propres comptes.

Quant à l’EI, il a commis une faute grave en annonçant la création d’un Etat. Un Etat, c’est un territoire, des institutions, une armée. Et même si ce n’est pas un véritable Etat, à proprement dit, combattre un Etat est beaucoup plus facile que combattre une organisation. Après la défaite de l’EI à Syrte, en Libye, et sa prochaine défaite à Mossoul, en Iraq, on peut prédire que la défaite finale de Daech ne pourra être se faire qu’une fois que la ville syrienne de Raqqa sera libérée. La fin de l’EI ne sera annoncée qu’après sa défaite à Raqqa. La Syrie témoignera de la dernière bataille. Cela dit, il ne faut pas négliger l’existence des djihadistes et leur danger dans le monde entier.

— Qu’en est-il de la situation en Iraq, on parle souvent des dangers de l’après-Mossoul, notamment en ce qui concerne les luttes confessionnelles entre sunnites et chiites et les tensions qui peuvent s’ensuivre ...

— Après les combats de Moussol, l’Iraq aura le droit de considérer les djihadistes de l’EI comme des terroristes qui doivent être arrêtés et tués. Mais il y a des risques à ce sujet, parce que les djihadistes sont souvent assimilés aux sunnites. Du coup, d’une certaine manière, la défaite de l’EI, c’est aussi l’affaiblissement des sunnites en général en Iraq. La reprise de Mossoul donnera plus de poids politique et plus de pouvoir aux chiites, alors qu’ils sont déjà en position de force. Ceci, au détriment des sunnites, qui se sentent de plus en plus frustrés. Par ailleurs, la défaite de Daech donnera plus de poids aux Kurdes, qui ont participé à cette offensive, et ce, au grand dam de la Turquie.

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