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Mohamed Arslan : Les Kurdes sont à bout de nerfs

Ahmed Eleiba, Mardi, 29 novembre 2016

Membre du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et directeur du bureau de l’Agence de presse Forat au Caire, Mohamed Arslan évoque la situation des Kurdes en Turquie, mais aussi en Iraq et en Syrie.

Al-Ahram Hebdo : En Turquie, les Kurdes sont-ils en conflit ouvert avec le régime de Recep Tayyip Erdogan ?
Mohamed Arslan : Le gouvernement turc augmente la répression contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et multiplie les arrestations dans ses rangs. Des députés kurdes ont vu leur immunité parlementaire levée, une douzaine d’entre eux ont été arrê­tés. Le président du parti, Selahattin Demirtas, a lui aussi été arrêté et de nombreux cadres du parti détenus. En plus de la décision récem­ment prise de suspendre 270 associations de la société civile liées aux Kurdes dont les membres sont probablement en détention.

— Mais il paraît aussi que les Kurdes ont opté aussi pour l’escalade ...
— Il y aura certainement une réaction. Les Kurdes se préparent militairement pour ripos­ter aux attaques d’Erdogan.

— Une telle escalade ne risque-t-elle pas de vous faire perdre la sympathie de la rue ?
— Non, les Kurdes sont à bout de nerfs à cause de ces politiques. C’est une réaction normale dans cette situation qui risque d’ex­ploser, surtout avec les agissements d’Erdo­gan dans le nord de la Syrie et de l’Iraq. Nous avons vu des blindés turcs pénétrer la ville iraqienne de Dohuk. Erdogan a l’intention d’annexer des territoires de ces deux pays.

Au début, la Turquie avait un rôle convenu au sein de la coalition anti-Daech menée par les Etats-Unis. Ultérieurement, il y a eu un rapprochement plus étroit entre la coalition et les Kurdes, ce qui a donné lieu à la formation des Forces Syriennes Démocratiques (FSD). Parce qu’il était clair qu’Erdogan voulait pro­fiter de la situation en Syrie pour annexer Raqqa et Al-Bab. Mais aujourd’hui, les FSD sont déployées entre les villes de Jerablus et Azaz et, parallèlement avec les opérations pour la libération de Mossoul, la campagne pour la libération de Raqqa est lancée.

— Comment expliquez-vous la présence turque sur le sol iraqien ?
— Les forces turques sont entrées en Iraq sous prétexte que des Turkmènes vivaient à Tal Afar, et pour, soi-disant, assurer la forma­tion de milices sunnites, ce que rien ne prouve sur le terrain. Pour ce qui concerne Mossoul, il y a aussi un discours sur les frontières otto­manes « historiques », un rêve que nourrissent Erdogan et son gouvernement. Aujourd’hui, ce sont les FSD, avec toutes leurs compo­santes, qui s’opposent à ces desseins avec le soutien de la coalition internationale.

— Et qu’en est-il de l’avancée kurde en Syrie ?
— En Syrie, on peut parler d’une zone géo­graphique kurde qui prend forme. Les Kurdes ne cherchent pas uniquement à libérer leurs zones, mais à délivrer tout le pays de Daech et de l’invasion turque. Leurs forces ne sont pas exclusivement formées de kurdes, mais comptent également des Arabes. En fait, le projet d’une zone autonome pour les Kurdes en Syrie ne sera pas calqué sur le système fédéral iraqien. Les Kurdes se sont mis d’ac­cord sur leur projet avec les chefs tribaux de Deir Al-Zour, dont certains ont intégré le commandement des FSD. Il y a une volonté de se débarrasser du système de gouverne­ment central en Syrie, mais pour aboutir à une fédération géographique, pas une fédération à l’iraqienne.

— N’est-ce pas là une atteinte à l’inté­grité territoriale de la Syrie ?
— Les liens avec le centre seront préservés, parce qu’en plus de l’autogestion des zones Kurdes, on s’oriente vers l’instauration d’un régime démocratique. Cela résume la philoso­phie du leader Kurde, Abdullah Ocalan : construire un système fédéral tout en préser­vant la souveraineté nationale. Le gouverne­ment turc y voit un danger, parce que s’ils obtiennent leurs droits politiques et culturels, les 20 millions de Kurdes syriens auront sans doute une influence sur la Turquie, ce pays dont Erdogan veut faire une dictature.

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