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Venezuela : Une ébauche de règlement ?

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 31 octobre 2016

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, et des représentants de l'opposition ont entamé cette semaine un dialogue pour tenter de désamorcer la crise politique qui paralyse le pays, après près d'un an de tensions et de blocages institutionnels.

Après plus de neuf mois d’une grave crise politique et économique, les acteurs de la crise tentent une ébauche de solution. Le gouvernement vénézuélien et l’opposition se sont mis d’accord sur un calendrier de discussions destinées à résoudre la grave crise politique que traverse le pays. C’est ce qu’a annoncé lundi l’envoyé du Vatican, Claudio Maria Celli. Cette annnonce a été faite à l’issue d’une rencontre entre des représentants du président Nicolas Maduro et de l’opposition de centre droit, avec la médiation du Vatican et de l’Unasur (Union des nations sud-américaines). L’opposition cherche par tous les moyens à faire partir le président socialiste, qu’elle juge responsable de l’une des pires crises économiques de l’histoire du pays. Les pourparlers tourneront autour de quatre thèmes qui seront abordés par des groupes séparés, mis en place « immédiatement », selon un communiqué lu par M. Celli après une première « réunion plénière du dialogue national ». Les thèmes abordés sont « paix, respect de l’Etat de droit et de la souveraineté », « Vérité justice, droits humains, dédommagements des victimes et réconciliation économique et sociale » ainsi qu’« établissement de la confiance et calendrier électoral », selon le document. Les parties sont convenues de se retrouver le 11 novembre à Caracas.

Cette rencontre, avec la médiation du Vatican et de l’Unasur, intervient alors que l’opposition de centre droit cherche par tous les moyens à faire partir le président socialiste, qu’elle juge responsable de l’une des pires crises économiques de l’histoire du pays. Ces discussions ont donc eu lieu dans un climat de grande crispation au Venezuela, le président Maduro ayant menacé de faire arrêter les dirigeants de l’opposition si un processus de destitution était engagé contre lui au Parlement, comme c’est prévu cette semaine. Pour sa part, l’opposition a appelé à une « marche pacifique » jeudi vers le palais présidentiel de Miraflores, un lieu hautement symbolique : le 11 avril 2002, une manifestation y avait viré au coup d’Etat et le président Hugo Chavez en avait été délogé pendant trois jours.

En fait, cette manifestation ne serait qu’une réponse à la suspension du référendum qui aurait dû entrer cette semaine dans sa dernière ligne droite avec un ultime recueil de signatures. La semaine dernière, le pouvoir a suspendu l’organisation du référendum, et ce, pour éviter une présidentielle anticipée en 2017 au lieu de 2018. La question du calendrier reste cruciale, d’où l’empressement de l’opposition : si le référendum survient avant le 10 janvier 2017 et que le « oui » l’emporte, le Venezuela irait vers de nouvelles élections. Mais à partir du 10 janvier, tout référendum ne mènerait qu’à une chose : le remplacement de M. Maduro par son vice-président, Aristobulo Isturiz, du même parti. C’est-à-dire un choix insatisfaisant pour l’opposition.

Le sort de Maduro reste donc incertain, comme le prévoit Dr Moustapha Kamel, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire. « La droite ne peut pas révoquer le président sans un très large soutien populaire. Or, ce n’est pas gagné, car Maduro ne manque pas de partisans. Ce président socialiste est soutenu par les classes défavorisées. Et ces dernières sont convaincues que la crise économique actuelle passera avec la fin de la crise des cours du pétrole. En revanche, les classes aisées s’opposent fermement à Maduro et veulent le révoquer à tout prix. Cette division rend le sort du président indécis », analyse l’expert. Surtout, cette crise marque la montée de la droite. « Au Venezuela comme au Brésil et en Argentine, ces séismes politiques sonnent le glas des gouvernements de gauche. Comme le Brésil, le Venezuela paie la facture du naufrage économique. Autrefois riche producteur pétrolier, le Venezuela a vu son économie dévastée par la chute des cours du brut, et cela a été fatal au pouvoir actuel. Et la droite tire profit de la crise économique pour mobiliser l’opinion publique contre le pouvoir », conclut Dr Hicham Ahmed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

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