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Le «burkini», l’islamophobie et le «politiquement correct»

Abir Taleb avec agences, Mardi, 23 août 2016

Profitant d’un climat de peur dû à la montée du terrorisme islamiste, la classe politique française exploite l’affaire de l’interdiction du burkini pour redorer son blason.

Débat religieux ? Débat social ? Débat politique ? La polémique sur le port du désormais nommé « burkini » (maillot licite couvrant le corps intégralement) a pris des proportions inquiétantes ces dernières semaines en France, où il a été interdit dans certaines plages et piscines, mais aussi hors des frontières françaises. Tout a commencé quand Cannes, suivie de plusieurs autres villes françaises, a pris, fin juillet, un arrêté interdisant le port du « burkini » sur les plages. Jugeant que, dans le climat actuel, le vêtement manifestait de manière trop « ostentatoire » une appartenance religieuse et était « de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public ». Très vite, la polémique s’est emparée de la classe politique, et le premier ministre français de déclarer, mercredi 17 août : « Je n’accepte pas cette vision archaïque. Il y a l’idée que, par nature, les femmes seraient impudiques, impures, qu’elles devraient donc être totalement couvertes », estimant que le burkini, dont il défend l’interdiction, « n’était pas compatible avec les valeurs de la France et de la République », que ce n’était pas une mode, mais « la traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé sur l’asservissement de la femme ».

Très vite aussi, la polémique s’est enflammée entre ceux qui y voient une affirmation identitaire, ceux qui jugent qu’il s’agit d’un acte de provocation de la communauté musulmane en Europe, et cette même communauté qui se voit de plus en plus stigmatisée et victime d’une islamophobie dangereusement croissante.

Le débat a évidemment fait le bonheur de l’extrême droite, aussi bien en France que chez ses voisins, notamment en Italie et en Belgique, où les partis d’extrême droite tentent de s’approprier le sujet (tout comme en France d’ailleurs), profitant d’un climat de peur générale en raison de la multiplicité des attaques attribuées à des djihadistes islamistes çà et là. Quant à l’Allemagne, qui, jusqu’à très récemment, a été épargnée par les attentats islamistes, elle se voit elle aussi tenter de glisser sur ce même terrain : cette semaine, le gouvernement allemand et les ministres de l’Intérieur des régions sont arrivés à un compromis pour interdire partiellement le voile intégral, une étape avant son interdiction générale, prêchée par les conservateurs.

Après le débat sur l’interdiction du voile à l’école, celle du niqab (voile intégral), voilà donc que le burkini est devenu le nouveau sujet dont les médias français raffolent, avec toujours en arrière-plan l’idée que l’islam serait, éventuellement, incompatible avec les principes républicains. Encore une fois donc, l’affaire a pris des proportions beaucoup trop grandes et s’est transformée en affaire nationale. Ainsi, la polémique née de la décision de plusieurs maires est devenue, pour le gouvernement socialiste, un moyen de redorer son blason ; et pour la droite et l’extrême droite, un moyen de miser une fois de plus sur la peur pour s’attirer davantage de sympathisants, c’est-à-dire de potentiels futurs électeurs. Il semble donc que droite et gauche rivalisent sur ce terrain de l’islamophobie, qu’ils estiment payant électoralement. Une rivalité pas très « politiquement correcte ».

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