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Venezuela : Maduro vers la destitution ?

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 08 août 2016

L'opposition vénézuélienne a entamé une nouvelle étape vers le référendum contre le président Nicolas Maduro, de quoi aggraver la confusion politique du pays.

Venezuela

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, subira-t-il le même sort que son homologue brésilienne, Dilma Roussef, destituée il y a trois mois ? Pour l’heure, la réponse à cette question semble difficile car le paysage politique vénézuélien reste ouvert à tous les scénarios. Cette semaine, l’opposition a marqué un point avec le feu vert donné par le Conseil National Electoral (CNE) à un référendum contre le président élu en 2013 pour un mandat qui finirait en 2019. Depuis la victoire de la droite aux législatives de décembre 2015, le président socialiste fait face à un parlement contrôlé par une coalition du centre droit, la Table de l’unité démocratique (MUD), qui exige d’ici à la fin 2016 l’organisation d’un référendum révocatoire à son encontre. Ces anti-chavistes — du nom de l’ex-président Hugo Chavez, (1999-2013) — cherchent à destituer M. Maduro car ils le rendent responsable des pénuries alimentaires et de la situation de plus en plus chaotique du pays qui dispose des plus grandes réserves de pétrole du monde, mais subit la chute des cours du brut.

Accusant l’opposition de vouloir perpétrer un « coup d’Etat parlementaire » comme celui du Brésil, M. Maduro se défend bec et ongles. Depuis trois mois, il qualifie les députés d’opposition de « diables dans une assemblée bourgeoise, isolée et mise en échec ». Incisif, il a imposé l’état d’exception dans le pays. Vendredi, l’ONG Human Rights Watch a fait savoir que des opposants à Maduro ont été arrêtés et torturés. Bien plus, le président tente de neutraliser le parlement, voire de le dissoudre. Dernière attaque en date : le pouvoir a saisi la Cour des comptes et le Tribunal suprême de justice pour stopper tout envoi de fonds au parlement. « Comme cette Assemblée nationale est hors-la-loi, je ne peux pas fournir de ressources à une assemblée inexistante », a affirmé M. Maduro. En réaction à ces mesures répressives, le chef du parlement, Henry Ramos, anti-chaviste, n’a pas tardé à réagir. « Le gouvernement veut neutraliser l’unique voie qu’il ne contrôle pas et qu’il ne va pas contrôler. Donc, il peut nous couper l’eau, l’électricité ou ne plus nous envoyer d’argent, mais cette assemblée continuera de fonctionner », a-t-il défié.

Difficile de prévoir
Selon Dr Moustapha Kamel, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, il est encore difficile de prévoir si le président serait révoqué ou pas. « Le bras de fer se durcit entre le président et ses opposants. Il est vrai que l’opposition a franchi un pas en avant cette semaine, mais la réaction du président est à craindre. Outre la vague de répressions qui fait reculer certains de ses opposants, Maduro ne manque pas de partisans. Le président socialiste est soutenu par une partie du peuple, surtout les classes pauvres qui ont confiance en lui, car il est le successeur de Chavez, partisan des classes défavorisées. Ces dernières sont sûres que les difficultés économiques par lesquelles passe le pays sont temporaires et vont s’améliorer avec la fin de la crise des cours du pétrole. En revanche, les classes aisées s’opposent fermement à Maduro et veulent le révoquer à tout prix. Cette division rend le sort du président indécis », analyse l’expert.

D’ores et déjà, le compte à rebours est lancé au Venezuela : le calendrier du référendum semble le point le plus crucial pour l’opposition et le gouvernement. Alors que le pouvoir ferait tout pour retarder ce référendum, l’opposition s’empresserait de le tenir, car une destitution du président avant le 10 janvier 2017 ouvrirait la voie à de nouvelles élections comme l’espère l’opposition. Mais si la consultation se déroule après cette date, le président pourra désigner son vice-président, Aristobulo Isturiz, du même parti pour le remplacer. Pour destituer le président, le « oui » devra dépasser son score à la présidentielle de 2013 (7,5 millions de voix). Selon un sondage de l’Institut Venebarometro, 64 % des Vénézuéliens (soit 12 millions) voteraient pour le départ du président.

Selon Dr Hicham Ahmed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, ces séismes politiques qui frappent l’Amérique latine sonnent le glas aux gouvernements de gauche qui y règnent depuis plus d’une décennie. « Au Venezuela comme au Brésil, les gouvernements de gauche ont affaire à des parlements dominés par l’opposition (droite) qui saisit l’occasion des crises économiques pour mobiliser l’opinion publique contre le pouvoir », indique Dr Hicham Ahmed.

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