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Le Brexit fait la joie de l’extrême droite

Abir Taleb avec agences, Mardi, 28 juin 2016

Avec un discours populiste résolument anti-immigration, l’extrême droite européenne et les Républicains américains se réjouissent des résultats du référendum britannique et comptent l’exploiter pour gagner du terrain.

Le Brexit fait la joie de l’extrême droite
Des Britanniques s'opposant au Brexit ont commencé à rassembler des signatures pour un second vote. (Photo : AFP)

Séisme politico-économique, choc, cataclysme, révolu­tion … Tous ces termes sont bons pour décrire le Brexit. L’Europe s’est réveillée vendredi 24 juin avec le sentiment que plus rien ne sera comme avant, après que les Britanniques eurent claqué la porte de l’Union Européenne (UE) lors du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE (51,8 % de oui). Un vote historique, pour le moins que l’on puisse dire. Un vote lourd de consé­quences. L’une de ces conséquences est la montée probable de l’extrême droite, dont les partis ont été les pre­miers à se réjouir du « out » britan­nique et à crier victoire.

En effet, pour les partis européens d’extrême droite, le Brexit représen­tait un test grandeur nature pour véri­fier la validité de leur projet, et son résultat une occasion d’aller plus loin. C’est notamment le cas du Front National (FN) français, dont la prési­dente, Marine Le Pen, ainsi que son allié au sein du Parlement européen le député d’extrême droite néerlandais, Geert Wilders, ont réclamé, dès ven­dredi, un référendum sur la sortie de l’UE dans leur pays et les autres Etats de l’UE.

Marine Le Pen a lancé sur Twitter : « Victoire de la liberté ! Comme je le demande depuis des années, il faut maintenant le même référendum en France et dans les pays de l’UE ». Sur Twitter aussi, le leader de la Ligue du Nord italienne, Matteo Salvi, a été le premier à réagir. Se réjouissant de l’acte de « courage » des « citoyens libres » britanniques, il a lui aussi lancé un vibrant appel : « Maintenant, c’est notre tour ». Alors que le Néerlandais Geert Wilders, dont le parti est placé en tête des sondages, a déclaré : « Nous voulons à nouveau être maîtres de notre propre pays, de notre argent, de nos frontières et de notre politique migratoire. Si je deviens premier ministre, alors il y aura aussi, ici aux Pays-Bas, un réfé­rendum sur le départ de l’UE. Laissons le peuple néerlandais s’ex­primer ».

Car lors de la campagne en faveur d’une sortie de l’UE, comme dans les campagnes de l’ensemble des partis européens d’extrême droite, l’immigration, voire la haine et la xénophobie, étaient au centre du débat. A cours d’arguments économiques et sociaux, les partisans du Brexit ont terminé la campagne avec un seul thème : l’immigration. Et le lien avec la crise actuelle des migrants n’est pas ténu. Pour preuve, dans la dernière affiche de campagne de Ukip (United Kingdom Independence Party), on voyait une colonne de réfugiés, avec le slogan « Breaking Point » (point de rupture). L’allusion à la crise des migrants, ou plutôt des réfugiés syriens étant plus que claire. Comme toujours donc, on joue sur la peur, la peur de l’autre. Et, en l’occurrence, l’autre, c’est l’immigrant arabo-musulman.

Le résultat du référendum britannique s’inscrit donc dans la continuité des dernières élections sur tout le vieux continent. Dans la quasi-totalité des pays européens, l’extrême droite a progressé grâce à ce discours anti-immigration. En Grèce, Aube Dorée, résolument nationaliste, anti-islam, anti-immigrés, est devenu le deuxième parti de l’échiquier. En mai dernier, l’Autriche, submergée de réfugiés d’Afrique et du Moyen-Orient en 2015, a bien failli élire un président issu du Fpö, un parti ouvertement d’extrême droite. Aux Pays-Bas, et dans la partie flamande de la Belgique, les partis qui dénoncent immigration et islam arrivent en tête aux élections européennes et locales et contraignent droite et gauche à s’allier ou à se désister l’une envers l’autre quand il y a deux tours.

Après le Brexit, Donald Trump président ?

Un discours qui est dans l’air du temps non seulement en Europe, mais aussi aux Etats-Unis. C’est pourquoi, aux Etats-Unis, les élites politiques, économiques et médiatiques redoutent que la victoire des partisans du Brexit n’augure d’un succès de Donald Trump, le candidat républicain américain à la présidentielle américaine de novembre prochain. Et déjà, les parallèles entre le succès du Brexit et un éventuel succès de Donald Trump ne manquent pas. Comme Nigel Farage, leader du parti indépendantiste britannique Ukip, Trump a fait de l’immigration l’un des enjeux principaux de sa campagne, avec un clip dans lequel il mélange des images de Daech et de clandestins. Le Brexit, « c’est fantastique », a déclaré vendredi Donald Trump à son arrivée en Ecosse où il effectuait vendredi dernier, c’est-à-dire au lendemain du référendum britannique, son premier déplacement à l’étranger depuis sa victoire à la primaire républicaine. « Je vois un parallèle entre le Brexit et le soutien dont je dispose aux Etats-Unis », a-t-il tout simplement dit. Le milliardaire s’est également fendu d’un communiqué, dans lequel il salue la manière dont les Britanniques ont exercé « leurs droits sacrés ». « Ils ont voté pour reprendre le contrôle de leurs propres politiques, de leurs frontières et de leur économie », s’est-il félicité. Voulant tirer profit des résultats du référendum britannique, il a aussi déclaré : « En novembre, les Américains auront l’opportunité de réaffirmer leur indépendance. Ils auront une chance de rejeter les règles fixées par l’élite mondiale ».

Pour le moment donc, Donald Trump surfe sur la même vague antimondialiste qui a propulsé les Boris Johnson (ancien maire de Londres qui a fait campagne pour le Brexit et qui est désormais pressenti comme étant le futur premier ministre britannique) et les Nigel Farage au Royaume-Uni : contre les vagues d’immigrés, contre la domination de la finance mondiale sur les échanges, contre les musulmans. Un discours qui trouve bon entendeur chez une partie de l’électorat.

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