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Dangereuse radicalisation en Israël

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 23 mai 2016

En quête d'une majorité plus confortable, Netanyahu a proposé à l'ultranationaliste Avigdor Lieberman le poste de ministre de la Défense. De quoi menacer les efforts français visant à relancer le processus de paix.

Pour relancer le plan de paix proposé par la France mais accueilli « avec froideur » par Israël, le premier ministre français, Manuel Valls, a effectué cette semaine un voyage délicat de trois jours en Israël et dans les Territoires palestiniens où il a défendu l’initiative française de relance du processus de paix, tout en répétant à son homologue israélien, Benyamin Netanyahu, que « la colonisation doit cesser ».

M. Valls arrive au Proche-Orient une semaine après le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, qui s’est rendu à Jérusalem et en Cisjordanie le 15 mai pour présenter à Netanyahu et au chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, les contours de la conférence internationale de paix qui sera organisée à Paris le 3 juin afin d’aboutir à un règlement pacifique du conflit israélo-palestinien. « A cause de l’intransigeance de Netanyahu, on ne peut plus parler de paix. Ce dernier est un fervent partisan de la colonisation : il ne va jamais accepter ni le gel de la colonisation ni la création d’un Etat palestinien. C’est pourquoi, il a rejeté l’initiative française de tenir la conférence internationale de paix, car elle va préluder à la création d’un Etat palestinien qui coexiste avec l’Etat hébreu », explique Dr Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

Outre l’intransigeance de Netanyahu, un autre facteur survenu cette semaine pourrait torpiller les efforts de paix déployés par Paris, à savoir la droitisation du gouvernement israélien déjà considéré comme l’un des plus à droite de l’histoire d’Israël. Formé en mai dernier, le cabinet de Netanyahu ne comptait que des faucons : Likoud (droite), Koulanou (centre-droit), Foyer Juif (nationaliste religieux), Shass (ultra-orthodoxe), Torah et Judaïsme Unis (ultra-orthodoxe). Pourtant, ce gouvernement radical a conféré à Netanyahu la plus ténue des majorités parlementaires : avec 61 voix sur les 120 de la Knesset, Netanyahu se trouvait à la merci de la moindre défection et surtout à la merci de ses alliés radicaux.

En quête d’une majorité plus confortable, Netanyahu a décidé cette semaine d’élargir son gouvernement avec les votes du parti nationaliste Israël Beitenou (Israël notre maison) que dirige Avigdor Lieberman, l’une des figures les plus belliqueuses de la droite israélienne, proposant à ce dernier le ministère de la Défense. Un poste qui satisferait à l’une des exigences primordiales de Lieberman car il lui permettrait de prendre le contrôle de l’armée israélienne ainsi que de l’administration militaire en Cisjordanie dans le cadre d’un accord stipulant que son parti rejoigne la coalition gouvernementale. M. Lieberman remplacerait ainsi Moshe Yaalon qui avait démissionné vendredi dernier sur fond de divergence avec Netanyahu sur la liberté d’expression dans l’armée et le rôle de cette dernière dans la société israélienne.

En effet, le choix d’un chef de droite à la tête du ministère de la Défense inquiète. « Ce virage à droite confirme les intentions malicieuses de Netanyahu qui a toujours promis de continuer la colonisation, enterrant à jamais l’idée d’un Etat palestinien. Le choix d’un leader extrémiste, comme Lieberman, comme ministre de la Défense complique davantage les efforts français visant un règlement pacifique du conflit arabo-israélien et enterre le rêve de la paix », s’alarme Dr Moustapha Al-Sayed.

Affichant sa profonde déception, la direction palestinienne était la première à dénoncer le retour de Lieberman comme « une nouvelle preuve que Netanyahu préfère promouvoir l’extrémisme ». En effet, cette vague d’inquiétude a ses motifs. M. Lieberman est connu pour sa radicalisation et ses diatribes anti-arabes. Il a proposé en 2015 de « couper à la hache la tête » des Arabes israéliens qui ne seraient pas loyaux à Israël. Il était la bête noire des Européens quand il était chef de la diplomatie (2009-2012, puis 2013-2015), même s’il avait été mis à l’écart des négociations avec les Palestiniens. Il a toujours déclaré que le gouvernement Netanyahu « ne combat pas le terrorisme, mais se contente de le contenir ». M. Liberman, qui a déjà été membre de la coalition de Netanyahu, avait critiqué la gestion de la guerre de Gaza en 2014 par ce dernier, et avait fait de la peine de mort dans les affaires de terrorisme, la condition sine qua non à son ralliement à la coalition gouvernementale après les élections de mars 2015. Tout un parcours extrémiste qui jette l’effroi dans le coeur de la communauté internationale quant à l’avenir du processus de paix. « En effet, tout le monde espérait un gouvernement d’union nationale avec les Travaillistes qui ont une vision plus conciliante sur le processus de paix. Mais il semble que les conditions réclamées par Isaac Herzog, chef des Travaillistes, n’ont pas été acceptées par Netanyahu qui ne voulait pas répéter la faute du passé. En 2013, ce dernier avait formé une coalition avec le centre, mais il l’a fait éclater fin 2014 car elle entravait ses plans, appelant à des législatives anticipées. Autre motif : la mise sur pied d’un gouvernement de droite augmente la popularité du chef israélien car il devient ainsi le garant de la sécurité d’Israël. Netanyahu sait bien jouer sur la corde de la sécurité pour gagner son peuple », conclut Dr Moustapha Al-Sayed .

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