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Daech au coeur du sommet

Maha Al-Cherbini, Lundi, 04 avril 2016

Bien que jugée exagérée, la menace djiha­diste a pesé sur le sommet sur la sécurité nucléaire qui s'est tenu à Washington jeudi et vendre­di derniers.

Daech au coeur du sommet
Lors du sommet, Barack Obama a mis en garde contre une éventuelle menace nucléaire de Daech. (Photo:Reuters)

Une cinquantaine de chefs d’Etat et de gouvernement étaient réunis jeudi et vendredi pour le quatrième som­met de la sûreté nucléaire à Washington. Artisan de ce sommet, le président américain Barack Obama avait lancé en 2009, à Prague, sa vision utopique d’un « monde sans armes nucléaires ». Depuis 2010, quatre sommets se sont tenus sans que le locataire de la Maison Blanche arrive à réaliser son objectif idéal. Le seul acquis par M. Obama lors de son mandat qui va prendre fin en janvier prochain semble la conclu­sion de l’accord nucléaire iranien en 2015. Après treize ans de tractations difficiles avec l’Iran, l’Ad­ministration américaine a réussi en janvier dernier à mettre en application l’accord iranien et a placé sous surveillance internationale le programme nucléaire de Téhéran.

Pour s’assurer de l’engage­ment iranien à respecter les clauses de l’accord, les représentants des six grandes puissances, qui ont négocié l’accord iranien, ont fait le point, lors du sommet, sur la stricte application de l’accord par Téhéran, pour l’instant « sans problème », selon Washington. Fier de cet accord historique qui effa­cerait ses échecs en Iraq et en Afghanistan, M. Obama a plaidé pour que l’Iran réintègre peu à peu l’économie mondiale. « Tant que l’Iran remplit sa part du contrat, nous pensons qu’il est important que la communauté internationale remplisse la sienne », a-t-il déclaré. A peine la menace ira­nienne écartée, la communauté internationale s’alarme désormais par une nouvelle menace : Daech. En fait, cette organisation terroriste a monopolisé les débats du sommet qui s’est tenu dans un contexte dramatique, une dizaine de jours après les attentats de Bruxelles revendiqués par le groupe Etat Islamique (EI) (32 morts, 340 blessés) et dans le sillage d’informations sur un hypothé­tique attentat « terroriste nucléaire » au moyen d’une « bombe sale » radioactive qui serait fabri­quée par les djihadistes. Le spectre de cette bombe sale hante désormais l’Occident, surtout après que les récentes investigations ont évoqué une éven­tuelle planification djihadiste qui visait à s’atta­quer à une centrale nucléaire en Belgique. Inquiet, Barack Obama a mis en garde le monde contre le risque d’une attaque à l’arme atomique par des djihadistes « fous » de Daech et a exhorté la com­munauté internationale à renforcer la sûreté des infrastructures nucléaires.

« Daech est le réseau le plus dangereux au monde et on doit l’empêcher d’obtenir les armes les plus dangereuses au monde », a mis en garde le président américain, rappelant qu’Al-Qaëda avait longtemps cherché à s’emparer de matériaux nucléaires. Les dirigeants mondiaux se sont réunis autour de M. Obama pour une réunion distincte sur la lutte contre les djiha­distes de l’EI en Syrie et en Iraq. « Alors que l’EI est sous pression en Syrie et en Iraq, on peut s’at­tendre à ce qu’il se déchaîne ailleurs », comme l’ont montré les derniers attentats en Turquie et en Belgique, a déploré le président américain. Pour déjouer d’autres attaques, M. Obama a réclamé un renforcement de la coopération internationale en matière de renseignement, car « nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de ne pas partager des informations cruciales quand c’est nécessaire ».

Assembler une « bombe sale »
La menace semble pourtant exagérée. Si pour l’heure il paraît impossible que l’organisation dji­hadiste puisse se doter d’une arme atomique, beaucoup d’experts craignent qu’elle ne s’empare d’uranium ou de plutonium pour assembler une « bombe sale ». Il est vrai qu’un tel engin ne pro­voquerait pas d’explosion nucléaire mais la diffu­sion de radioactivité pourrait avoir de terribles conséquences sanitaires, psychologiques et écono­miques. « Daech ne maîtrise pas la technologie complexe et sophistiquée liée à l’enrichissement de l’uranium 235 ou le plutonium 239 nécessaires à la fabrication de la bombe nucléaire », estime Osama Al-Gredli, conseiller au Centre régional des études stratégiques.

En revanche, ce qui inquiète les dirigeants du monde c’est que les dji­hadistes cherchent d’autres alternatives à travers lesquelles ils pourraient acquérir des matériaux nucléaires qui pourraient avoir des effets destruc­teurs sur l’homme et l’environnement. Selon M. Al-Gredli, « les djihadistes pourraient recourir à plusieurs alternatives : s’attaquer à un site nucléaire ou à une station d’énergie nucléaire, kidnapper un expert nucléaire et l’obliger à les aider à fabriquer du matériel nucléaire ou fouiller sous sol pour utiliser des déchets nucléaires à des fins destructrices ». « Toutes ces mesures, même si elles ne permettraient pas à Daech d’acquérir une bombe atomique, elles pourraient mener à de graves infiltrations nucléaires qui nuiraient fort à l’homme, à l’environnement et aux êtres vivants en général. Ce serait une catastrophe », explique l’expert, critiquant la « dualité » de l’Occident qui n’a accordé aucune importance à une éventuelle menace nucléaire terroriste quand Daech adressait ses frappes au Moyen-Orient. « L’Occident n’a pas bougé que lorsque les frappes djihadistes ont touché l’Europe », s’indigne l’expert. En effet, pour l’Occident, la crainte est que l’EI, sous pres­sion en Iraq et en Syrie, ne poursuive ses attentats en Europe. « Paris et Bruxelles pourraient être la goutte qui annonce la pluie », met en garde l’ex­pert.

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