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Iran : Le double enjeu de Rohani

Maha Al-Cherbini avec agences, Dimanche, 21 février 2016

Lors du scrutin du 26 février, le président iranien modéré, Hassan Rohani, espère briguer une majorité de réformateurs et de modérés, afin de poursuivre sa politique d'ouverture et de réformes, suite à l'entrée en vigueur de l'accord nucléaire et la levée des sanctions.

Iran : Le double enjeu de Rohani
Les partisans du camp modéré manifestent leur soutien au chef de la coalition réformiste, Mohamed Reza Aref. (Photo:AP)

Le 26 février prochain sera sans doute une journée d’une importance majeure pour le peuple iranien, mais aussi un test pour le président modéré, Hassan Rohani, qui verra son avenir politique et celui de son courant se décider lors d’un double scrutin crucial pour le pays, un mois après l’entrée en vigueur de l’accord nucléaire et la levée des sanctions internationales. Vendredi dernier, la campagne électorale a démarré en perspective des deux élections censées désigner les 290 députés du parlement et les 88 membres de l’Assemblée des experts, chargés d’élire le guide suprême de la Révolution islamique.

Evoquant son premier enjeu — les législatives —, Hassan Rohani n’a pas caché son espoir que ces élections lui permettront de changer la composition du parlement — contrôlé par les conservateurs — et de les remplacer par des réformateurs et des modérés, afin de mener à bien sa politique d’ouverture vis-à-vis de l’Occident, ainsi que ses réformes politiques et économiques. Faisant front uni face aux faucons du régime décidés à monopoliser les leviers du pouvoir, réformateurs et modérés ont formé une « coalition élargie » qui comprend une vingtaine de formations de leur courant, guidée par le célèbre réformiste Mohamed Reza Aref. Une union qui dénote l’enthousiasme d’un courant qui a été marginalisé au dernier parlement après avoir boycotté les législatives de 2012 pour protester contre la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Malgré cette mobilisation, le défi de Rohani semble risqué face à des conservateurs qui ne cessent de lui mettre les bâtons dans les roues depuis son accession au pouvoir en 2013. Déjà, le long processus de sélection et d’approbation des candidats pour les deux scrutins du 26 février a suscité de vives tensions entre les deux courants. Sur les 12 000 candidats qui s’étaient initialement inscrits aux législatives, 51 % seulement ont reçu l’autorisation de se présenter par le Conseil des gardiens de la Constitution — dominé par les conservateurs — qui a la haute main sur les élections. Depuis vendredi dernier, la campagne électorale bat son plein pour les 6 229 candidats qui doivent — en une semaine seulement — convaincre leurs électeurs.

Selon les experts, le rapport de force ne semble pas, pour l’heure, favorable au courant de Rohani, car le nombre de candidats réformateurs et modérés approuvé par les faucons du Conseil constitutionnel est trop « minime » face aux conservateurs. Fin janvier, ce conseil n’a accepté que 1 % des candidats réformateurs et modérés, de quoi irriter M. Rohani, qui a protesté contre le rejet massif des candidats de son courant, en particulier les personnalités de premier plan. Sous la pression des modérés, le Conseil en a finalement repêché environ 1 500 candidats, mais la majorité des candidats en lice restent affiliés aux conservateurs.

Malgré les manoeuvres des conservateurs, la coalition des partis réformateurs et modérés a affirmé cette semaine qu’elle pourrait enfin présenter des candidats dans tout le pays, mais la coalition a été obligée de faire appel à de nombreux « candidats inconnus », ce qui réduit leur chance à briguer une majorité. « Hostiles à l’accord nucléaire, les faucons se déploient à envenimer l’existence de Rohani : ils veulent lui mettre les bâtons dans les roues pour l’empêcher de poursuivre ses réformes. Ainsi, Rohani se déploie à avorter les manoeuvres de ses adversaires en tentant de briguer une majorité plus conciliante au parlement, car il réalise bien qu’avec un parlement dominé par les conservateurs, il aurait les poings liés et ne pourrait pas profiter pleinement de la levée des sanctions. Il ne pourrait non plus casser l’isolement de son pays qui aspire à devenir une superpuissance régionale. En fait, un parlement dominé par les faucons ne lui permettrait jamais de présenter des concessions pour apaiser les relations avec l’Arabie saoudite. De plus, les faucons ne permettraient pas au président d’aboutir à des compromis concernant les crises en Syrie, au Yémen et en Iraq», analyse Dr Hicham Ahmed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

Une place convoitée
Outre les législatives, environ 166 candidats concourent, le 26 février, pour les 88 sièges de l’Assemblée des experts, une institution chargée de nommer le guide suprême, le poste le plus élevé des institutions iraniennes. Elus pour huit ans, ses membres auront un rôle de premier plan lorsqu’ils devront nommer un successeur au numéro un iranien, Ali Khamenei. « Ces élections revêtent un caractère exceptionnel, pas seulement car elles tombent juste après l’application de l’accord nucléaire, mais aussi à cause de la maladie du guide Ali Khamenei. Les faucons tiennent à ce que cette Assemblée ne renferme aucun réformateur pour s’assurer que le nouveau guide soit issu de leur courant », analyse Dr Hicham Ahmed. Car Ali Khamenei a évoqué pour la première fois sa propre mort, faisant savoir qu’aucun « réformateur » ni « modéré » n’entrera dans cette assemblée. Pour l’heure, le principal absent des élections de l’Assemblée des experts semble Hassan Khomeiny, proche des réformateurs et petit-fils de l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique. Sa candidature a été rejetée car il a défendu la libération des deux dirigeants modérés, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, en résidence surveillée depuis la vague de répression qui a suivi la réélection contestée d'Ahmadinejad à la présidence en 2009.

D’ores et déjà, une chose semble sûre : la maladie du guide et les retombées de l’accord nucléaire inquiètent fort les conservateurs, à commencer par le guide lui-même, qui voit dans cet accord le prélude d’un rapprochement entre l’Iran et les Etats-Unis. C’est pourquoi les mollahs ont appelé cette semaine les Iraniens à voter pour des candidats hostiles aux Etats-Unis. « C’est le peuple iranien qui paie le prix de ce bras de fer entre réformateurs et conservateurs. C’est lui qui a souffert le plus sous le poids des sanctions internationales. C’est lui qui paie le prix de l’isolement de l’Iran. Si ce bras de fer persiste, le peuple iranien ne va pas profiter pleinement de la levée des sanctions. Malheureusement, les faucons ne pensent qu’à contrôler les principaux rouages du pays aux dépens des intérêts du peuple », conclut Dr Hicham Ahmed .

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