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Washington souffle le chaud et le froid

Maha Al-Cherbini avec agences, Dimanche, 24 janvier 2016

Malgré la conclusion d'un accord historique entre les deux pays, leurs relations restent marquées par la méfiance et l'ambiguïté.

Il est actuellement difficile de comprendre la nature des relations irano-américaines. S’agit-il d’un vrai dégel entre les deux pays, dont les relations diplomatiques ont été rompues en 1980 ? Ou d’une méfiance réciproque malgré la signature récente d’un accord nucléaire sans précédent ? Selon les experts, les relations entre les deux pays restent marquées par un certain mystère. Il est vrai que ces jours-ci, jamais leurs relations n’ont été aussi proches, toutefois, on ne peut pas parler de normalisation complète.

Ainsi malgré un échange inédit de prisonniers entre les deux pays, le climat actuel ne témoigne pas d’une relance historique des relations bilatérales. Car au moment de l’entrée en vigueur de l’accord, Washington a fait plusieurs gestes incompatibles avec le climat de détente supposé régner entre les deux pays. Tout en saluant les « progrès historiques » faits par Téhéran pour aboutir à cet accord nucléaire, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a regretté qu’une partie des fonds que l’Iran va récupérer grâce à la levée des sanctions internationales aille financer certaines de ses organisations militaires considérées comme « terroristes » par Washington. Et l’administration américaine a imposé ces derniers jours de nouvelles sanctions liées au programme de missiles balistiques iraniens, tandis que le président américain, Barack Obama, a affirmé que de « profondes divergences » persistaient entre Washington et Téhéran, dénonçant le « comportement déstabilisateur de l’Iran dans la région ». Un déluge de provocations américaines qui ont irrité la République islamique. « C’est curieux. Les Etats-Unis expriment leur inquiétude sur le programme de missiles iranien qui est à vocation défensive et ne viole aucune règle internationale en vigueur », fustige le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif.

Obligé de dialoguer
Selon les experts, Washington souffle le chaud et le froid sur Téhéran. Une tactique utilisée par l’Iran au cours de longues années. D’une part, les Etats-Unis ont été obligés de dialoguer avec Téhéran, qui est un acteur efficace dont le poids dans la solution des crises régionales ne peut plus être ignoré. Par ailleurs, Washington ne peut pas s’ouvrir complètement à un régime que George W. Bush avait placé sur « l’Axe du mal » en 2002. En maintenant la pression sur Téhéran, Washington fait d’une pierre trois coups : « Tout d’abord, il prouve à ses alliés, les monarchies sunnites du Golfe et surtout l’Arabie saoudite, qu’il ne les vendra jamais au profit de l’Iran chiite. Ensuite, il tient à calmer Israël — son enfant gâté — qui rejette farouchement l’accord avec l’Iran. En fait, Washington tient à ne pas perdre le lobby israélien très fort aux Etats-Unis. Et enfin, Obama tient à redorer l’image de son parti démocrate face à ses adversaires, les républicains opposés à l’accord à l’approche de la présidentielle à la fin de l’année », explique Dr Norhane Al-Cheikh, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire. Ceci dit, les Etats-Unis pourraient payer cher leur accord avec l’Iran. Raison pour laquelle le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, s’est rendu en Arabie saoudite, samedi et dimanche derniers, pour tenter de rassurer ses alliés du Golfe qui redoutent une réconciliation totale entre Washington et leur rival chiite. Avant de quitter Riyad dimanche matin, le responsable américain a affirmé : « Notre pays a une relation solide, une alliance claire et une amitié forte avec l’Arabie saoudite », alors que les responsables saoudiens ont dit tout le mal qu’ils craignaient d’un éventuel rapprochement irano-américain. Outre les pays du Golfe, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, a déclaré samedi que son pays avait besoin d’une aide américaine militaire accrue après l’entrée en vigueur de l’accord, pour faire face à une éventuelle agression iranienne. Il semble que Washington sème à tout vent pour réduire la rançon de son accord avec Téhéran.

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