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La crise kurde brouille le message d’Erdogan

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 18 janvier 2016

Alors que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, tente de redorer son image en se disculpant de tout soutien à Daech, son échec à régler la crise kurde lui attire un déluge de critiques internes et externes.

Jour après jour, la Turquie s’enfonce dans un conflit qui ravive les souvenirs de la féroce guerre kurde ayant fait 40 000 morts dans les années 1990. Après trois ans de cessez-le-feu, les combats ont repris de plus belle entre les forces de sécurité turques et le PKK, faisant voler en éclats les discussions ouvertes fin 2012. Depuis un mois, le gouvernement turc a intensifié sa guerre contre les partisans du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est en majorité kurde où les combats ont provoqué la mort de nombreux civils et l’exode d’une partie de la population. Une politique répressive qui a engendré de graves représailles kurdes. Dernière représaille en date : 6 personnes ont été tuées et 39 blessées dans le sud-est de la Turquie dans un attentat à la voiture piégée attribué aux rebelles.

Dans une tentative de sauver leur pays qui s’enfonce dans l’abîme d’une guerre sans merci, plus de 1 200 intellectuels ont signé une « pétition des universitaires pour la paix » réclamant la fin de l’intervention des forces de sécurité turques dans le sud-est du pays. Dans ce texte intitulé « Nous ne serons pas associés à ce crime », les signataires dénoncent « un massacre délibéré et planifié en totale violation des lois turques et des traités internationaux signés par la Turquie ». Cette pétition a fort irrité le Sultan qui a ouvert une vaste enquête contre les signataires : « Cette horde d’universitaires s’est rangée dans le camp du PKK et a craché sa haine sur le peuple turc. Ces sombres individus n’ont aucun respect de leur patrie », a insisté Erdogan. Sans tarder, le gouvernement turc a entamé la chasse aux signataires de cette pétition. Dans toute la Turquie, des enquêtes judiciaires ont été ouvertes pour propagande terroriste, insulte aux institutions et à la République turque et incitation à violer la loi contre les signataires de la pétition, qui risquent de passer un à cinq ans de prison.

Dérive autoritaire
Cette ambiance de chasse aux sorcières a relancé les critiques à l’encontre de M. Erdogan, à nouveau accusé de dérive autoritaire. Sur le plan intérieur, l’opposition turque a dénoncé la répression et les arrestations arbitraires. « Ces opérations de police sont très dangereuses et inacceptables », a réagi le Parti républicain du peuple (CHP). « Elles plongent la Turquie dans les ténèbres », a renchéri le Parti démocratique des Peuples (HDP, pro-kurde). Mêmes critiques partagées par la communauté internationale et surtout l’Union Européenne (UE) qui a qualifié l’interpellation des universitaires de « développement extrêmement préoccupant », tout en regrettant « un climat d’intimidation », a estimé la porte-parole de l’UE pour les Affaires étrangères. Pour sa part, le secrétaire général de l’organisation paneuropéenne, Thorbjorn Jagland, a appelé Ankara à respecter les droits de l’homme et à « respecter les standards européens ». Ces critiques européennes pourraient bien avorter de nouveau le processus d’adhésion avec l’UE, au point mort depuis 2005, et qui a été redynamisé fin novembre à la faveur d’un rapprochement entre Ankara et Bruxelles pour tenter d’endiguer le flux de migrants venant de Syrie et d’Iraq.

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