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Vers une réconciliation turco-israélienne

Maha Al-Cherbini, Dimanche, 20 décembre 2015

En quête de nouvelles sources d'approvisionnement en gaz, la Turquie tente de normaliser ses relations avec Israël après cinq ans de froid diplomatique.

Confrontée à plusieurs querelles de voisinage et désireuse de réduire sa dépendance gazière envers la Russie, la Turquie n’a trouvé qu’une issue : améliorer ses relations avec Israël, perturbées depuis cinq ans. Membre de l’Otan, la Turquie a longtemps été perçue comme le principal allié régional de l’Etat hébreu, avant qu’un assaut meurtrier des forces spéciales israéliennes contre une flottille turque à destination de Gaza en 2010 ne brouille les deux pays. Depuis, les relations bilatérales sont fort endommagées. Or, il semble que la convergence d’intérêts a fait oublier aux deux pays les divergences du passé. Selon les experts, les intérêts économiques entre Ankara et Tel-Aviv sont à l’origine de leur récent rapprochement. Côté turc, ce dégel est motivé par l’isolement de la Turquie, sa crise avec la Russie et le besoin imminent d’Ankara — visé par des représailles économiques russes — à trouver de nouveaux partenaires commerciaux et surtout de nouvelles sources d’approvisionnement en gaz.

Quant à l’Etat hébreu, il a découvert récemment le gigantesque gisement de gaz offshore, le plus important parmi ceux découverts ces dernières années au large de ses côtes. Il veut donc commercialiser les immenses réserves de ce combustible.

Projet d’accord
Pour l’heure, un projet d’accord entre les deux pays attend l’aval officiel du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, et du président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour entrer en vigueur. « La Turquie et Israël sont proches d’un cadre final pour un accord visant à normaliser les relations entre les deux pays après que des progrès sur les demandes turques ont été enregistrés », a déclaré un responsable turc. C’est dans ce cadre que le nouveau patron du Mossad, Yossi Cohen, flanqué de l’ancien directeur du ministère israélien des Affaires étrangères, Joseph Ciakhnover, se sont rendus, la semaine dernière, à Zurich, pour rencontrer discrètement Feridun Sirnilioglu, directeur général du ministère turc des Relations extérieures. Suite à des discussions secrètes, les trois responsables ont annoncé être parvenus à une série d’« ententes » pour normaliser leurs relations. Des progrès ont été effectués sur trois demandes de la Turquie : compensation des victimes du raid israélien contre la flottille turque, retour des ambassadeurs et lancement de négociations sur l’exportation de gaz israélien en Turquie, des mesures qui interviendront dès la conclusion officielle de l’accord. Selon ce projet d’accord, Israël créera un fonds de 20 millions de dollars destinés à indemniser les familles des morts de la flottille. Quant aux ambassadeurs des deux pays, ils réintégreront leurs bureaux respectifs, de quoi faciliter les négociations qui s’ouvriront dans la foulée pour l’achat de gaz israélien par la Turquie. En contrepartie, toutes les poursuites judiciaires engagées par la Turquie contre Israël seront annulées, et la Turquie interdira l’entrée sur son territoire de Salah Al-Arouri, haut cadre du Hamas, le mouvement islamiste palestinien qui contrôle la bande de Gaza. Changeant de ton vis-à-vis d’Israël, M. Erdogan a affirmé vendredi que « la Turquie, Israël, les Palestiniens et la région ont beaucoup à gagner de cette normalisation ». En fait, la Turquie est le seul pays à gagner de cette normalisation qui lui permettrait de faire d’une pierre deux coups : casser son isolement sur la scène internationale et en finir avec sa dépendance gazière envers la Russie l

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