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Une double guerre

Maha Al-Cherbini avec agences, Lundi, 17 août 2015

Parallèlement à la crise gouvernementale, la Turquie passe par un autre défi de poids : une guerre sur deux fronts, l’une contre le PKK en Turquie et en Iraq, et l’autre contre le groupe de l’Etat Islamique (EI) en Syrie.

C’est un grand risque que prend aujourd’hui le régime turc. En lançant sa guerre contre la rébellion kurde du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la Turquie risque de s’enliser davantage dans l’abîme du conflit kurde qui a fait plus de 45 000 morts en trois décennies. Sur le terrain, la situation va de mal en pis. Des accrochages quotidiens, depuis trois semaines, entre les forces d’Ankara et les Kurdes se poursuivent surtout dans le sud-est dont la population est majoritairement kurde. Samedi, trois soldats turcs ont été tués dans une attaque menée par le PKK dans le sud-est, alors que le même jour, l’explosion contrôlée d’une voiture piégée a provoqué des scènes de panique.

Ne voyant que ses propres intérêts, abstraction faite de ceux de son pays, le leader turc a affiché samedi sa fermeté contre la rébellion kurde et sa vitrine politique (HDP), promettant de poursuivre avec détermination les opérations armées contre les rebelles. « Les combats dureraient jusqu’à ce que les rebelles kurdes quittent la Turquie et enterrent leurs armes », a affirmé le président avant d’ajouter que le processus de paix engagé en 2012 avec le PKK est « gelé ». Par cette guerre contre le PKK, Erdogan vise, en fait, à casser l’épine du HDP, dont la percée lors des législatives (80 députés sur 550) a privé son parti d’une majorité absolue. Il s’agit donc d’une sorte de vengeance. Depuis le 7 juin, le pouvoir turc accuse le HDP d’être à la solde du PKK et il pourrait d’ailleurs lancer contre ce parti une procédure d’interdiction pour « terrorisme ». « Le président joue sur la peur et l’instabilité croissantes pour affaiblir le HDP et répéter le scrutin. Une recrudescence des attentats du PKK pourrait faire fuir les électeurs en cas de nouvelles élections et peut faire repasser le parti HDP sous la barre des 10 % des voix lui permettant d’avoir des députés », a mis en garde un responsable au sein du HDP. Une stratégie qui pourrait d’autant plus fonctionner que les derniers sondages donnent deux à trois points de plus à l’AKP (40 % des voix en juin) en cas d’élections anticipées, ce qui permettrait au parti de former seul un gouvernement.

Faisant toujours de la lutte contre l’EI un faux prétexte pour poursuivre sa guerre contre les Kurdes, Ankara a réaffirmé cette semaine sa disposition à poursuivre avec force son offensive militaire d’envergure contre Daech coude à coude avec Washington. Pour la première fois cette semaine, des F-16 américains ont frappé Daech en Syrie depuis la base turque d’Incirlik (sud), en application d’un accord entre les Etats-Unis et la Turquie. La Turquie avait refusé de participer aux opérations de la coalition contre Daech de peur de favoriser l’action des Kurdes de Syrie. Mais, l’attentat survenu le 20 juillet à Suruç (sud) a servi de faux prétexte à Ankara pour frapper ses Kurdes, sous la couverture d’une lutte contre le terrorisme régional. Il semble qu’Erdogan est prêt à tout sacrifier pour rester l’unique maître du jeu en Turquie .

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