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En Libye, un dialogue pour la forme

Maha Salem avec agences, Mardi, 13 janvier 2015

Face au chaos qui perdure en Libye, plusieurs factions se réunissent à Genève. Les espoirs de paix sont cependant très minces comme l’affirment diplomates et analystes.

En Libye, un dialogue pour la forme
(Photo : Reuters)

C’est dans un climat d’extrême ten­sion que les parties en conflit en Libye doivent se rencontrer la semaine prochaine, à Genève, sous l’égide de l’Onu. L’objectif peu crédible est de mettre fin aux violences et à la crise politique.

Selon la mission de l’Onu en Libye (Misnul), l’objectif premier du dialogue est la formation d’un gouvernement d’union qui puisse jouir d’un large soutien et ouvrir la voie à un envi­ronnement stable permettant l’adoption d’une nouvelle Constitution. Un but difficile à atteindre. La plupart des analystes prévoient que ce dialogue ne va apporter aucune issue à la crise. Le chef de la Misnul, Bernardino Léon, a annoncé qu’il avait mené les parties en conflit à la table des négociations, après de larges consultations ces dernières semaines.

Pour l’heure donc, la seule prouesse est d’avoir obtenu des différentes parties qu’elles s’assoient à la table des négociations. Pourtant, les diplomates européens continuent de croire que cette réunion représente une dernière chance qui doit être saisie. « La Libye est à un tournant crucial et les différents acteurs ne doivent avoir aucun doute sur la gravité de la situation du pays », a jugé la représentante de la diplomatie de l’Union européenne, Federica Mogherini.

Un avis partagé par le patron de la Misnul qui a proposé un gel des opérations militaires pour quelques jours afin de créer un environnement propice au dialogue. « L’Onu considère qu’il est extrêmement important d’arrêter les com­bats afin que ce dialogue politique puisse commencer sur de bonnes bases », a-t-il décla­ré.

Après la chute du dirigeant Muammar Kadhafi en octobre 2011, la Libye s’est pro­gressivement enfoncée dans le chaos, avec la montée en puissance des milices d’ex-rebelles qui font aujourd’hui la loi.

« Les divergences entre les groupes en conflit sont profondes, trop profondes pour être réglées par quelques séances de dialogue », estime Ziyad Aql, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire. Selon lui, le principal obstacle est l’intransigeance de chacune des parties qui « campe sur ses positions et ne veut rien céder de ses acquis ».

D’après l’analyste, « la seule solution qui puisse les satisfaire est la division de la Libye en plusieurs entités et l’établissement d’un Etat fédéral, car chaque partie veut garder le contrôle d’une région et préserver ses propres intérêts. Or, pour se mettre d’accord sur un gouvernement d’union nationale, il faut des concessions faites de part et d’autre », explique Ziyad, pour lequel le véritable problème en Libye est que l’esprit tribal l’emporte sur l’es­prit patriotique.

Deux Libye

Avec deux gouvernements et deux Parlements parallèles, la crainte d’une guerre ouverte se fait sentir, alors que Tripoli et Benghazi sont tombées sous le contrôle de milices. En l’ab­sence d’une armée et d’une police régulières et bien entraînées, le pays vit au rythme des affrontements entre milices tribales, qui se disputent le pouvoir et la manne pétrolière, et de la montée en puissance de groupes isla­mistes.

Pour sauver leur pays, des forces loyales au général Khalifa Haftar et à Abdallah Al-Theni, le premier ministre reconnu par la communauté internationale, mènent des offensives dans plu­sieurs zones tombées aux mains des islamistes, dont Benghazi, pour tenter de les reprendre.

Général à la retraite et personnalité contro­versée, M. Haftar avait lancé en mai 2014 une opération baptisée « Dignité » contre les groupes armés islamistes terroristes, qui contrôlent Benghazi. Il avait été accusé dans un premier temps par les autorités de transition d’avoir mené un « coup d’Etat », mais avait ensuite reçu leur soutien après la prise de Tripoli en août par Fajr Libya, une coalition de milices islamistes.

Ensuite, le Parlement issu des élections du 25 juin et reconnu par la communauté internatio­nale, avait demandé au général Haftar et à 129 autres officiers retraités de reprendre du service et de réintégrer l’armée loyale. Depuis ce temps, le général Haftar a demandé à l’émis­saire onusien la levée de l’embargo militaire imposé par l’Onu à la Libye pour pouvoir com­battre les groupes terroristes.

Pour persuader la communauté internatio­nale, le général Haftar a réussi à unir plusieurs forces en s’appuyant sur d’anciens officiers de l’armée de Kadhafi et d’autres brigades de l’Est libyen, dont l’unité des forces spéciales et les forces aériennes. Conscient de l’importance de cette dernière chance, Haftar a réagi positi­vement à la proposition de l’Onu d’arrêter les combats.

Nouveaux affrontements

Mais sur le terrain, de nouveaux affronte­ments ont éclaté à Aïn Marah, près de Derna à l’est de Tripoli, faisant 13 morts, cinq militaires et huit insurgés, selon un porte-parole du com­mandement des forces libyennes. Il a précisé que les miliciens appartenaient au groupe Majless Choura (conseil consultatif) des com­battants de Derna, une coalition créée en décembre dernier et rassemblant plusieurs milices islamistes.

Une autre attaque a visé à Tripoli une chaîne télévisée proche de Fajr Libya, une coalition hétéroclite de milices, notamment islamistes, sans faire de victime. La branche libyenne de l’organisation djihadiste Etat Islamique (EI), bien implantée à Derna, avait par ailleurs affirmé avoir exécuté deux journalistes tuni­siens, une annonce qui n’a néanmoins pas été confirmée par la Tunisie.

« Le pays vit sous le feu, les guerres de rues dominent partout. La Libye est dirigée par deux gouvernements qui se disputent le pou­voir à distance, l’un proche des miliciens de Fajr Libya contrôlant Tripoli, et l’autre recon­nu par la communauté internationale, siégeant à Tobrouk, près de la frontière égyptienne. Sans compter les autres milices qui combattent ensemble dont le nombre a atteint 20 fac­tions », souligne Ayman Shabana, analyste au CEPS d’Al-Ahram.

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