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Kamel Morjane : La montée d’Ennahda était liée à des circonstances très particulières

Osman Fekri, Mardi, 28 octobre 2014

Après les législatives, c’est désormais la course à la présidentielle du 23 novembre prochain. Entretien avec l’un des candidats, Kamel Morjane, président de l’Initiative nationale destourienne.

Kamel Morjane

Al-ahram hebdo : Bien que l’on vous reproche d’être un symbole du régime de Bin Ali, vous êtes candidat à la présiden­tielle de novembre. Comment comptez-vous convaincre l’électorat tunisien ?

Kamel Morjane: Certes, j’ai été ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense sous Bin Ali. Mais lorsque j’ai occupé ces postes, c’était pour servir la Tunisie et non l’an­cien président. Et je suis tout à fait fier des années que j’ai passées à servir mon pays, même sous l’ancien régime. Cela dit, j’ai été, l’un des premiers, à pointer du doigt les erreurs com­mises à l’époque du président Bin Ali. Et, pen­dant la révolution tunisienne, j’ai présenté, et je présente encore, mes excuses aux Tunisiens. Il faut savoir que les régimes chutent, mais que les hommes restent. Pour ce qui est de ma candida­ture, j’ai pris cette décision, car je sais parfaite­ment comment servir mon pays d’autant plus que je suis tout à fait conscient des erreurs com­mises dans le passé. Je pense que je suis une personnalité de consensus et ma candidature a été approuvée par un certain nombre de forces politiques.

— Quels sont les princi­paux points de votre cam­pagne ?

— Tout d’abord, j’aspire à restaurer le prestige de l’Etat, oeuvrer à réaliser la justice sociale, et booster l’économie du pays. Il est très important de restructu­rer l’économie tunisienne et d’accorder davantage d’im­portance aux régions, et ce, afin de garantir un dévelop­pement équitable. Je compte, également, res­taurer l’héritage de l’ancien président Habib Bourguiba, notamment en ce qui concerne les relations avec l’étranger: des relations qui doivent être solides et équilibrées.

— Mais certains prédisent déjà que le favori est Béji Caïd Essebsi, président de Nidaa Tounès ....

— Le jeu des élections législatives et prési­dentielles en Tunisie est régi par des règles propres à notre pays: quel que soit le vainqueur, le principal et le plus important étant de préserver l’Etat et l’identi­té nationale. Et l’Initiative nationale destourienne a sa place dans l’échiquier poli­tique. Et a de fortes chances.

Ennahda a beau­coup déçu depuis le Printemps tunisien. Quelle place peut-il désormais avoir ?

Ennahda a profité du fait que le soulève­ment de 2011 n’avait pas de leadership pour s’accaparer du pouvoir. Et je tiens ici à utiliser le mot « soulèvement » et non « révolution ». Car ce qui s’est passé en Tunisie en 2011 est un soulèvement populaire dû à l’absence de liber­tés, aux graves atteintes aux droits de l’homme et aux conditions économiques (chômage, etc.). Le problème est que ce soulèvement s’est fait sans leader et c’est ce qui a permis à Ennahda d’arriver au pouvoir. Mais il est, aujourd’hui, clair pour tout le monde que les deux gouvernements que le parti islamiste a formés, ont fait preuve d’échec total et n’ont réalisé aucun objectif du soulèvent de 2011. Nous avions accepté leur arrivée au pouvoir, et eux aussi, ont compris que ceci était lié à des circonstances très particulières. Les dirigeants d’Ennahda ont aussi réalisé qu’ils devaient se retirer du pouvoir. Ils ont tiré la leçon de ce qui est arrivé en Egypte.

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