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Yémen : L’Onu menace les chiites

Sabah Sabet et Gamila El-Tawila avec agences, Mardi, 02 septembre 2014

Les pressions pacifiques exercées par les chiites pour faire tomber un gouvernement qu’ils jugent corrompu ont été condamnées par la communauté internationale. Celle-ci craint que les blocages et les sit-in ne conduisent le Yémen au chaos.

Yemen
Des milliers de manifestants se sont rassemblés appelant à la chute du gouvernement. (Photo: AP)

« La situation au Yémen est très inquiétante », affirmait l’émissaire de l’Onu pour le Yémen, Jamal Benomar, il y a une semaine. La montée des tensions entre la rébellion chiite des Houthistes et le gouvernement préoccupe la communauté internationale.

Les 15 membres du Conseil de sécurité de l’Onu ont appelé dans un communiqué, adopté à l’unanimité vendredi dernier, la rébellion chiite houthi, aussi appelée Ansaruallah, à démanteler ses campements et postes de contrôle autour de la capitale et à « mettre fin à toutes les hostilités armées contre le gouvernement » dans la région d’Al-Jawf (nord) et à se retirer de la province voisine d’Amrane.

La prise d’Amrane ne fait qu’ajouter aux difficultés du pouvoir central, déstabilisé par les attaques répétées d’Al-Qaëda, qu’il n’arrive pas à éradiquer, en particulier dans le sud et le sud-est, malgré de vastes offensives de l’armée yéménite.

Le Conseil de sécurité a menacé ceux qui mettraient en danger la stabilité du pays de sanctions ciblées, comme un gel d’avoirs ou une interdiction de voyager.

Des dizaines de milliers de partisans de la rébellion chiite se sont rassemblés sur la route menant à l’aéroport, au nord de Sanaa, après les prières hebdomadaires du vendredi, appelant, comme ils le font depuis plusieurs semaines, à la chute du gouvernement. « Le peuple veut la chute du gouvernement. Nous n’allons pas reculer. Notre peuple va faire monter la pression », ont scandé les manifestants auxquels se sont joints des partisans de l’ancien président Ali Abdallah Saleh.

Les insurgés d’Ansaruallah exigent l’éviction du gouvernement, jugé « corrompu », l’annulation d’une récente augmentation des prix du carburant et un partenariat politique élargi. Pour soutenir leurs revendications, ils ont mobilisé depuis plusieurs semaines leurs miliciens armés, qui ont établi des campements autour de Sanaa. Des partisans non armés sont aussi en sit-in dans le centre de la capitale.

A quelques kilomètres de là, dans le sud de la capitale, des dizaines de milliers de partisans du gouvernement ont également défilé pour apporter leur soutien au président Abd-Rabbo Mansour Hadi. « Soutien et unité autour du gouvernement », ont-ils scandé.

Ligue anti-Houthistes ?

Le Conseil a également noté, avec préoccupation, que ce sont les Houthis et d’autres (rebelles) qui continuent d’attiser le conflit dans le nord. Le groupe d’Ansaruallah, qui contrôle la région de Saada (nord), est soupçonné de vouloir élargir sa zone d’influence dans le futur Etat fédéral, qui doit compter 6 provinces. Ses combattants étaient arrivés début juillet aux portes de Sanaa, en prenant la ville d’Amrane, d’où ils ont ensuite accepté de se retirer.

Le Conseil de sécurité a également appelé les pays étrangers à s’abstenir de toute ingérence au Yémen. Les autorités yéménites ont déjà accusé l’Iran chiite de soutenir la rébellion.

Ailleurs, les combats se poursuivent avec densité. 21 personnes ont été tuées dans des affrontements armés qui ont opposé, vendredi dernier, des rebelles chiites à des tribus dans le nord du Yémen, ont indiqué dimanche dernier des chefs tribaux. Les accrochages, qui se poursuivent par intermittence depuis une semaine, se sont concentrés dans la région de Majzar, à cheval entre les provinces d’Al-Jawf (nord) et de Marib, au sud-est de Sanaa, ont ajouté les mêmes sources.

Ils mettaient aux prises les rebelles d’Ansaruallah avec des milices tribales pro-gouvernementales mises en place récemment dans les provinces de Marib, d’Al-Jawf, de Baëda (centre) et de Chabwa (sud), pour « freiner l’avancée vers Sanaa des rebelles », a déclaré à l’AFP un dignitaire tribal.

Les tribus alliées « veulent empêcher les Houthis de prendre le contrôle de la route reliant Sanaa à Marib, une province riche en pétrole, et par laquelle transitent les approvisionnements de la capitale en carburant », a expliqué ce dignitaire qui a requis l’anonymat. La province d’Al-Jawf est, depuis des mois, le théâtre de combats intermittents entre des tribus, soutenues par l’armée, et les rebelles chiites.

Face à cette situation, des négociations menées par une délégation présidentielle dépêchée auprès du chef rebelle Abdel-Malek Al-Houthi dans son fief à Saada, en vue d’une sortie de crise, ont échoué le 24 août. Mais un responsable du dossier auprès de la présidence yéménite a indiqué vendredi à l’AFP que les contacts entre les deux camps n’avaient pas été rompus, et que le comité présidentiel chargé du dialogue va présenter une nouvelle approche pour une sortie de crise prévoyant la formation d’un gouvernement d’union nationale, une révision des prix du carburant et la mise en place d’un mécanisme pour poursuivre la transition politique dans le pays.

Fermeté face à l’opposition pacifique

Le chef de l’Etat yéménite, Abd-Rabbo Mansour Hadi, a demandé mercredi 27 août au chef de la rébellion chiite, Abdel-Malek Al-Houthi, de retirer ses miliciens rassemblés à Sanaa. Dans une lettre dévoilée mercredi dernier par l’AFP, le président demande aux rebelles de « parachever leur retrait de la province d’Amrane », aux portes de Sanaa, il souhaite aussi qu’ils observent « un cessez-le-feu dans la province voisine d’Al-Jawf », où des hostilités les opposent à l’armée et à des tribus.

Selon des spécialistes, le risque d’un chaos dans le pays est très fort, chaos qui ferait obstacle à la transition politique que connaît le Yémen depuis le départ en février 2012, sous la pression de la rue, de l’ancien président Saleh. Ce qui rend la situation plus compliquée, c’est l’entêtement des rebelles soutenus par certains pays.

Le gouvernement yéménite soupçonne l’Iran de les soutenir, qu’il avait mis des mois fin 2009 à déloger du sud de son territoire, au prix de gros moyens militaires. De plus, les insurgés ont refusé le communiqué de l’Onu en indiquant qu’ils n’arrêteraient pas « leur lutte pacifique » contre la corruption du gouvernement.

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