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Le paradoxe Maliki

Abir Taleb, Mardi, 08 juillet 2014

Bien qu’affaibli, Nouri Al-Maliki s’accroche à son poste. Il compte sur un regain d’allégeance des chiites face à la menace des insurgés sunnites. Un jeu qui risque de mettre en péril l’avenir de l’Iraq.

« Je ne renoncerai jamais à ma candidature pour le poste de pre­mier ministre ». Voilà qui est dit. Le premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, s’accroche au pouvoir coûte que coûte. Au risque de mettre en péril l’avenir de son pays. Au pouvoir depuis 2006, M. Maliki, un chiite dont la coalition est arrivée en tête lors des législatives d’avril der­nier, est depuis longtemps critiqué pour son choix de marginaliser la minorité sunnite et pour son autori­tarisme. Des critiques qui se sont faites plus vives depuis le lancement le 9 juin d’une offensive majeure par les djihadistes sunnites de l’Etat Islamique en Iraq et au Levant (EIIL).

Mais M. Maliki ne compte pas baisser les bras. « Je jure devant Dieu que je resterai pour combattre auprès des forces armées et des volontaires jusqu’à la défaite finale des ennemis de l’Iraq », a-t-il insisté. Or, concrè­tement parlant, les choses vont de mal en pis, aussi bien sur le plan politique que sur le plan militaire.

Les djihadistes ultra-radicaux de l’Etat Islamique (EI) ont pris le contrôle de vastes pans de territoires dans le nord, l’ouest et l’est de l’Iraq. L’EI continue parallèlement d’ac­croître son emprise sur des régions importantes dans le nord et l’est de la Syrie voisine, après avoir annoncé l’établissement d’un « califat » sur les territoires conquis, à cheval entre la Syrie et l’Iraq.

Politiquement, et malgré les appels de toutes parts à l’unité, les divisions politiques et confessionnelles persis­tent. La session inaugurale du nou­veau Parlement, la semaine dernière, s’est soldée par un échec. Le prési­dent sunnite du Parlement sortant, Oussama Al-Noujaifi, a renoncé à briguer un nouveau mandat pour ten­ter de débloquer la situation et pous­ser M. Maliki à faire de même. Mais la détermination de M. Maliki de se maintenir au pouvoir risque de retar­der encore davantage la formation d’un gouvernement de rassemble­ment.

Or, M. Maliki tente une nouvelle carte face aux récents développe­ments dans le pays: un regain de soutien de la part des chiites, pre­miers ennemis des djihadistes sun­nites. Ainsi, malgré la situation catas­trophique que vit l’Iraq, M. Maliki reste pour de nombreux Iraqiens le seul à même de diriger le pays.

L’avancée des insurgés a été si rapide qu’elle a poussé le grand aya­tollah Ali Al-Sistani, dont l’autorité morale dépasse de loin celle de tout dirigeant politique du pays, à assortir ses appels à l’unité d’un rare appel aux armes, qui a suscité une mobili­sation massive de volontaires animés d’une véritable ferveur. Des appels qui ont resserré de fait les liens autour de M. Maliki. Mais il s’agit là d’un jeu risqué qui ne ferait qu’en­foncer un peu plus l’Iraq dans la division confessionnelle.

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