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Syrie : un siège vide

Maha Salem avec agences, Lundi, 10 mars 2014

Essentiellement axé sur la Syrie, le prochain sommet de la Ligue arabe se tiendra sans représentant officiel de Damas.

Syrie
Photo: Reuters

Le siège de la Syrie à la Ligue arabe restera vacant jusqu’à ce que l’opposition réussisse à former un gouvernement et un front uni et cohérent. Une déclaration lancée par le secrétaire général de l’organisation panarabe, Nabil Al-Arabi, qui a choqué l’opposition syrienne. « Quand la Ligue arabe a invité le chef de l’opposition Ahmed Jarba à sa réunion préparatoire avant le sommet arabe prévu à la fin du mois de mars, on a eu une lueur d’espoir d’accorder plus de soutien à l’opposition. Mais jusqu’à maintenant, elle n’a pas confiance dans l’opposition syrienne. Et cette dernière n’essaie pas de prouver ses capacités et sa cohérence », explique Mohamad Gomaa, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire, en ajoutant qu’après ces trois années de conflit, la crise syrienne a besoin d’un miracle pour être résolue.

A cet égard, la Ligue arabe a organisé cette semaine plusieurs réunions pour préparer son sommet prévu le 25 mars au Koweït et consacré à la crise syrienne. Le Conseil des ministres arabes des Affaires étrangères, réuni dimanche dernier, a toutefois invité Jarba à s’exprimer lors du sommet arabe. « Le dernier sommet arabe de Doha, en mars 2013, a adopté le principe d’octroyer le siège de la Syrie au sein de la Ligue à l’opposition, mais cette dernière n’a pas encore parachevé l’établissement de ses institutions et elle doit encore prendre des mesures dans ce sens », a déclaré Nabil Al-Arabi à l’issue d’une réunion du Conseil ministériel arabe.

Fin novembre dernier, le chef de la Coalition Nationale Syrienne (CNS), Ahmed Jarba, avait indiqué avoir réclamé le siège de son pays à la Ligue arabe. La répression féroce du soulèvement lancé en mars 2011 contre le régime syrien a valu à Damas d’être suspendu fin 2011 des travaux de la Ligue arabe. Quant à Jarba, il a estimé que les négociations de Genève-2 sur la paix en Syrie avaient essuyé un échec. Ainsi, il a demandé à ce que des armes sophistiquées soient livrées aux insurgés modérés. « Il n’y a plus de place pour un langage diplomatique ou pour des solutions politiques. Ils (les partisans du régime de Bachar Al-Assad) ont accueilli nos signaux d’ouverture en usant de leurs chars et en larguant des barils d’explosifs sur des civils non armés. Ces gens-là ne comprennent rien d’autre que la force. Seule la force les dissuadera », a déclaré Ahmed Jarba au Caire.

Tensions au sein de l’opposition

Basée à Istanbul, la Coalition, qui rassemble plusieurs groupes de l’opposition, est considérée comme l’un des plus importants représentants de l’opposition syrienne, mais elle peine à présenter un front uni et a du mal à faire reconnaître sa légitimité sur le terrain.

Conscient de son importance politique, un groupement d’opposants soutenus par le Qatar et qui avait quitté la Coalition Nationale Syrienne (CNS) souhaite réintégrer une autre fois. Ce retour, s’il est acté, pourrait raviver les tensions avec le président de la Coalition, Ahmed Jarba, qui reçoit, quant à lui, l’appui de l’Arabie saoudite.

La quarantaine de composantes du groupe en question, qui s’était retirée avant le début des pourparlers de paix de Genève-2 en janvier dernier en guise de protestation, a expliqué dans un communiqué vouloir dénoncer les décisions prises par l’actuelle direction du mouvement. « Nous avons décidé de reprendre notre activité politique au sein de la Coalition vu les changements périlleux que vit la révolte syrienne », explique le document.

Le porte-parole de la CNS s’est refusé à tout commentaire mais, selon un responsable du mouvement, Haitham Al-Maleh, les 40 membres sont en droit de participer à la prochaine réunion plénière qui pourrait se tenir dans les semaines à venir avant le sommet arabe.

Parmi les partisans d’Ahmed Jarba, on estimait en revanche qu’une telle réintégration pourrait être une erreur. L’antagonisme entre le Qatar et l’Arabie saoudite, qui parrainent des brigades différentes et parfois même rivales, alimente les dissensions au sein de l’opposition armée et politique.

La Syrie est en proie depuis le 15 mars 2011 à un conflit déclenché par une révolte pacifique qui s’est transformée en insurrection armée face à la répression menée par le régime de Bachar Al-Assad. Selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), plus de 140 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit.

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