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Kerry rentre bredouille

Maha Salem avec agences, Lundi, 06 janvier 2014

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a poursuivi cette semaine les négociations avec les Israéliens et les Palestiniens. Mais aucun progrès n'a été obtenu.

Essayant de relancer la roue de négociations de paix entre Palestiniens et Israéliens, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a effectué une tournée dans la région. Pendant cette 10e mission, Kerry a tenté d’apaiser les récriminations entre les deux camps. Après avoir respecté pendant cinq mois de négociations leur engagement à ne pas échanger de reproches en public, les deux camps ont fini par laisser éclater au grand jour leur défiance mutuelle. Un mauvais signe, selon les analystes qui estiment que le processus de paix n’avancera qu’avec un changement fondamental dans l’attitude israélienne.

Pour l’heure, on en est encore aux tergiversations. Kerry a présenté aux deux parties un projet d’accord-cadre traçant les grandes lignes d’un règlement définitif sur les frontières, la sécurité, le statut de Jérusalem et le sort des réfugiés palestiniens. Les responsables américains n’ont pas révélé les détails du texte, qui a peu de chance d’être adopté en l’état par les deux camps. Kerry a exercé de fortes pressions sur le président Abbas pour accepter un accord-cadre comprenant la reconnaissance d’Israël comme Etat juif, que la partie palestinienne a de nouveau rejetée.

Abbas a également réaffirmé son refus d’une présence militaire israélienne sur le sol d’un Etat palestinien, alors que l’option présentée par les Etats-Unis prévoirait le maintien indéfini de troupes israéliennes à la frontière de la future Palestine avec la Jordanie, dans la vallée du Jourdain, dans le cadre d’un dispositif mixte israélo-palestinien.

Un plan hypothétique qui risque fort de ne pas être appliqué. « Les Palestiniens ont présenté beaucoup de concessions, ils ne peuvent plus rien faire de plus. La balle est désormais dans le camp des Israéliens. Or, ces derniers ne veulent rien céder, notamment en ce qui concerne l’arrêt de la colonisation. Au contraire, avant chaque round de pourparlers, ils annoncent de nouvelles constructions », explique Mohamad Gomaa, politologue analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire.

Avis partagé par plusieurs analystes. Pour le Dr Abdel-Ghaffar Chokr, professeur à la faculté d’économie et de sciences politiques de l’Université du Caire, « les Israéliens sont satisfaits de ce statu quo et ils ne font rien pour relancer le processus de paix au sens propre du terme ». Et d’ajouter que le manque de sérieux de la communauté internationale pour faire avancer la paix n’arrange pas les choses. « Israël veut que les Palestiniens présentent de nouvelles concessions. Il veut limiter leurs droits à des droits économiques seulement en oubliant toutes les autres revendications, avec à leur tête la création d’un Etat ».

Conscients de ces avis, des diplomates américains ont souligné qu’il était improbable que les deux parties parviennent à s’entendre sur les propositions de paix de Kerry avant la fin de sa visite, reconnaissant qu’il faudrait plus de temps. En plus, Kerry, qui a réussi en juillet à relancer des négociations de paix interrompues pendant près de trois ans et enchaîne depuis les navettes diplomatiques entre les deux camps, était critiqué par les Palestiniens.

Azzam Al-Ahmad, un haut responsable du Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbas, a regretté que les différentes idées avancées par Kerry soient plus proches de la position israélienne que de celle des Palestiniens. « S’il continue dans cette direction, nous ne sommes pas optimistes quant à la conclusion d’un accord-cadre ou d’un accord de paix exhaustif d’ici fin avril », a prévenu Azzam Al-Ahmad. Dans le même temps, le négociateur en chef palestinien, Saëb Erakat, a prévenu qu’il était « impossible de prolonger les négociations une seule minute après les neuf mois ».

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