Mercredi, 24 juillet 2024
Al-Ahram Hebdo > Monde Arabe >

Egypte-Chine : Des liens de plus en plus forts

Mercredi, 05 juin 2024

En visite en Chine cette semaine à l’occasion du Forum de coopération sino-arabe, le président Sissi a également célébré avec son homologue chinois les dix ans du partenariat stratégique global entre les deux pays. L’occasion de promouvoir les relations sino-égyptiennes à tous les niveaux.

Egypte-Chine : Des liens de plus en plus forts

Par Chaïmaa Abdel-Hamid et May Atta

C’est une visite fructueuse qu’a effectuée le président Abdel Fattah Al-Sissi en Chine, du 28 mai au 1er juin. Répondant à une invitation du président chinois, Xi Jinping, le président était à Pékin pour participer au 10e Forum de coopération sino-arabe. Cette plateforme vise à renforcer les relations bilatérales entre les Etats arabes et la Chine et à approfondir la compréhension mutuelle et la coopération stratégique entre les deux parties.

La visite, qui coïncide avec le 10e anniversaire des relations entre l’Egypte et la Chine au niveau du partenariat stratégique global, a été une occasion de discussions bilatérales sur plusieurs dossiers d’intérêt mutuel. Avec un agenda surchargé, pendant les cinq jours de la visite, le président Sissi s’est entretenu avec son homologue chinois, Xi Jinping, sur la nécessité du renforcement des relations bilatérales et l’ouverture de perspectives de coopération plus larges dans divers domaines. Les deux parties ont annoncé le lancement de l’année du « partenariat égypto-chinois » qui verra l’organisation de nombreuses manifestations diplomatiques, économiques et culturelles entre les deux pays.

Le président Sissi a réitéré, par un discours lancé dans le cadre du forum, l’importance que la communauté internationale assume ses responsabilités pour faire appliquer les résolutions des Nations-Unies et mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza. Il a également appelé à placer la question de la sécurité hydrique arabe au coeur des priorités, compte tenu des risques qu’elle représente.

Le chef de l’Etat a également rencontré les PDG du groupe China Energy et de la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC) pour discuter de la promotion des investissements chinois en Egypte. Les deux pays ont convenu d’accroître leurs investissements industriels et de régler leurs échanges commerciaux en monnaies locales.

L’ancien ministre adjoint des Affaires étrangères Mohamed Hegazy explique que la visite du président Sissi en Chine revêt une importance exceptionnelle à la lumière des troubles politiques sur la scène internationale et régionale. « La région a besoin d’un partenaire fort comme la Chine qui soutient l’établissement d’une paix durable et globale dans la région du Moyen-Orient à un moment extrêmement dangereux », affirme Hegazy, ajoutant que les tensions au Moyen-Orient liées à la guerre à Gaza nécessitent un échange de vues entre les deux présidents. « Les relations entre l’Egypte et la Chine sont très particulières, en termes d’accord sur leurs visions concernant le soutien de solutions pacifiques et diplomatiques aux crises et aux conflits dans la région du Moyen-Orient, y compris la situation en Syrie, en Iraq et en Libye. Le soutien à la résolution du conflit palestino-israélien par des moyens diplomatiques est également clairement évident à la lumière des résolutions des Nations-Unies », explique Hegazy.

Des relations économiques accrues

La visite du président a été l’occasion de tenir des discussions approfondies sur les opportunités d’investissement en Egypte dans le cadre des efforts du pays pour renforcer la localisation de l’industrie et le transfert de la technologie, en collaboration avec le secteur privé et les investissements directs étrangers. C’est dans ce cadre que le président Sissi, en rencontre avec les PDG des entreprises chinoises, les a invités à investir davantage dans les projets de l’Egypte, notamment Zheng Xuexuan, PDG de l’entreprise CSCEC, qui a déjà plusieurs projets de construction en Egypte, notamment dans la Nouvelle Capitale administrative et la nouvelle ville d’Al-Alamein. L’Egypte et la Chine ont signé de nouveaux accords visant à consolider le partenariat stratégique global qui les lie. Ceux-ci s’ajoutent à 63 autres accords et mémorandums déjà existants entre les deux pays.

La Chine reste le partenaire commercial le plus important de l’Egypte avec un volume d’échanges commerciaux de 13,9 milliards de dollars en 2023 et des investissements de 20 milliards de dollars (selon l’Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques, CAPMAS). Les exportations égyptiennes vers la Chine ont atteint 909 millions de dollars en 2023 contre 1,9 milliard de dollars en 2022, alors que les importations égyptiennes en provenance de la Chine ont atteint 12,9 milliards de dollars en 2023 contre 14,8 milliards de dollars en 2022.

Pour l’expert en économie Karim El Omda, les échanges commerciaux entre l’Egypte et la Chine en monnaies locales constituent un pas très important qui contribuera à éliminer le plus grand problème auquel sont confrontés les échanges commerciaux entre les deux pays, à savoir la crise du dollar. « En 2022, le volume des échanges commerciaux entre l’Egypte et la Chine enregistrait 16,6 milliards de dollars. Ce volume a diminué en 2023 pour passer à 13,9 milliards de dollars. Et ce, en raison de la crise du dollar », explique-t-il, en ajoutant que « les transactions en monnaies locales contribueront à accroître les échanges commerciaux entre l’Egypte et la Chine ». Alors que, comme le rappelle l’expert, il existe une guerre commerciale opposant les deux plus grandes économies du monde, à savoir les Etats-Unis et la Chine, chacun de ces deux pays souhaitant imposer le contrôle de sa monnaie sur les marchés mondiaux. Jusque-là, le dollar reste la monnaie internationalement reconnue et la plus dominante. Mais la Chine essaye d’imposer sa monnaie locale sur le marché de ses échanges commerciaux avec un grand nombre de pays afin de réduire la domination du dollar.

De nombreux domaines de coopération

Les relations bilatérales sino-égyptiennes se sont incontestablement développées au cours des dernières années, faisant de ce géant asiatique l’un des partenaires les plus importants de l’Egypte dans divers domaines tels que le commerce, les investissements, la fourniture de facilités financières ou les transferts technologiques. En décembre 2014, l’Egypte, sous Sissi, a rejoint l’initiative de « La Ceinture et la Route » lancée par Xi Jinping en octobre 2013. Cette initiative, qui constitue une force motrice pour la Chine et l’Egypte, contribue à retracer le paysage géopolitique mondial et vise à aménager des routes commerciales, ce qui assure que la Chine bâtit une alternative à la domination du capitalisme américain. Une raison qui, selon les experts, explique l’importance pour la Chine de se rapprocher des grandes forces arabes, avec en tête l’Egypte, un partenaire stratégique pour la Chine en raison de sa position géographique clé dans le monde arabe et en Afrique.

Autre volet de coopération. L’Egypte est membre fondateur de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), créée en 2015. Les deux pays coopèrent aussi dans plusieurs projets, notamment ceux de construction et dans la Nouvelle Capitale administrative et la nouvelle ville d’Al-Alamein. Pékin a aussi investi des milliards de dollars dans des projets étatiques égyptiens, notamment la Zone économique du Canal de Suez.

Dans le domaine de l’énergie, plus de 20 entreprises chinoises participent à la coopération dans le domaine du pétrole et du gaz en Egypte, couvrant l’exploration et l’exploitation, les services d’ingénierie pétrolière, la fabrication d’équipements, le commerce de marchandises, raffinage et génie chimique. Tous ces domaines ont fait de la Chine le plus grand partenaire économique pour l’Egypte durant les dix dernières années.

 La coopération économique en chiffres

13,9 milliards de dollars : volume d’échanges commerciaux

15,5 milliards de dollars : investissements chinois en Egypte

208,5 millions de dollars : taux des investissements égyptiens en Chine

909 millions de dollars : exportations égyptiennes vers la Chine

12,9 milliards de dollars : importations égyptiennes en provenance de Chine

19,5 millions de dollars : transfert en devises étrangères des Egyptiens travaillant en Chine

Source : CAPMAS. Chiffres de 2022-2023

 Des relations ancrées dans l’histoire

Les relations sino-égyptiennes sont anciennes, d’autant que l’Egypte constitue la porte d’entrée pour la Chine sur le monde arabo-musulman et les pays du Moyen-Orient. En outre, l’Egypte possède le passage stratégique du Canal de Suez, sur les grandes routes commerciales Europe-Asie, qui relie la mer Rouge, la Méditerranée et l’océan Indien.

Cette coopération politique, stratégique et géoéconomique entre les deux pays existe depuis les années 1950 et 60, sous le régime du président Gamal Abdel-Nasser, notamment après la proclamation de la République populaire de Chine en 1949. L’Egypte était l’un des premiers pays africains ou arabes à établir des relations avec elle. Plus tard, la Chine a soutenu la décision de Nasser de nationaliser le Canal de Suez et a fourni à l’Egypte une aide financière importante contre l’agression tripartite de la Grande-Bretagne, de la France et d’Israël au cours de la guerre de 1956.

Les deux Etats ont également été des acteurs-clés du Mouvement des non-alignés qui a soutenu les mouvements de libération nationale sans appartenir à aucune alliance militaire, notamment avec la Guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union soviétique.

La Chine a soutenu les choix du peuple égyptien durant les Révolutions du 25 Janvier 2011 et du 30 Juin 2013. Les dirigeants égyptiens qui se sont succédé au Caire après 2011 ont trouvé en la Chine un partenaire porteur d’alternatives diplomatiques et de perspectives économiques multiples et variées. Conclusion, les présidents Xi et Sissi ont scellé fin 2014 un partenariat stratégique intégral entre leurs deux pays pour des raisons économiques, commerciales et diplomatiques.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique