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Le Koweït traverse une nouvelle zone de turbulence

Maha Salem , Mercredi, 15 mai 2024

Sur fond de crise politique, le Koweït s’est doté cette semaine d’un nouveau gouvernement. Sa formation intervient suite à la dissolution du Parlement, quelques semaines à peine après la tenue des législatives.

Le Koweït traverse une nouvelle zone de turbulence

Nouvelle phase de tensions au Koweït. L’émir du pays, Meshaal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, a approuvé dimanche un nouveau gouvernement, le neuvième en quatre ans et le deuxième depuis son intronisation en décembre, sur fond de crise politique dans le pays. Selon l’agence de presse officielle KUNA, le nouvel exécutif est dirigé par le cheikh Ahmad Abdallah Al-Ahmad Al-Sabah et comprend 13 ministres. Les titulaires des portefeuilles des Affaires étrangères, du Pétrole et de la Défense n’ont pas changé. Cette annonce intervient deux jours après la dissolution du Parlement par l’émir et la suspension de certains articles de la Constitution pour une période n’excédant pas quatre ans, à peine six semaines après les élections législatives. L’émir a annoncé dans la foulée qu’il assumerait des fonctions gouvernementales. « Nous avons été confrontés à des difficultés et à des obstacles qui ne peuvent pas être tolérés. Une décision difficile prise pour sauver le pays et préserver ses intérêts supérieurs », a-t-il dit dans un discours diffusé à la télévision officielle vendredi dernier.

A peine élu depuis un mois, le Parlement devait se réunir pour la première fois lundi 6 mai. Mais plusieurs députés ont refusé de participer au gouvernement. La Constitution du Koweït exige qu’au moins un député détienne un portefeuille ministériel jusqu’à ce que la formation du gouvernement soit achevée. Mais le premier ministre désigné n’est pas parvenu à convaincre un seul député de participer. Le cheikh Meshaal Al-Ahmad Al-Sabah a estimé que l’incapacité à former un gouvernement était le résultat des « diktats et des conditions de certains députés ».

« Ces 20 dernières années, le Koweït a eu 10 parlements et presque autant de gouvernements. Une instabilité politique chronique. 90 % des décisions gouvernementales sont refusées par le Parlement et vice-versa. Cela donne lieu à une paralysie de la vie politique du pays d’autant plus que la classe politique est divisée entre les libéraux et les conservateurs », explique Dr Moatez Salama, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Et les deux camps se heurtent à chaque décision importante. Dernier point de discorde en date, le vote du budget qui n’a pas été approuvé malgré une dizaine de séances », ajoute Salama. Ces querelles permanentes entre le Parlement et l’exécutif ont abouti à une valse de gouvernements et à la dissolution de l’Assemblée à plusieurs reprises depuis l’adoption du système parlementaire en 1962. Elles ont aussi empêché l’adoption des réformes visant à diversifier l’économie du pays. « Mais l’économie n’est pas le seul secteur affecté par ces divergences. Malgré la manne pétrolière, le pays souffre aussi de nombreux maux qui entravent son progrès », affirme Salama, tout en ajoutant que le nouveau gouvernement a une tâche difficile. « Un lourd fardeau pèse fort sur les épaules de ce gouvernement. Il doit trouver des solutions à ces maux et commencer à les mettre en application. L’émir et le gouvernement doivent prendre d’autres décisions dans les jours à venir pour assurer la stabilité du pays », conclut Salama.

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