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Difficultés grandissantes pour Netanyahu

Racha Darwich , Mercredi, 03 avril 2024

La tension entre Israël et les Etats-Unis jette son ombre sur la coalition gouvernementale israélienne.

Difficultés grandissantes pour Netanyahu

Principal allié d’israël, les Etats-Unis se sont abstenus de mettre leur veto au projet de résolution onusien exigeant un cessez-le-feu à Gaza. Cette décision a soulevé la colère d’Israël dont le premier ministre, Benyamin Netanyahu, a immédiatement décidé d’annuler l’envoi d’une délégation à Washington. « Il s’agit d’un net recul par rapport à la position constante des Etats-Unis au Conseil de sécurité depuis le début de la guerre », a-t-il déclaré. De son côté, la Maison Blanche s’est dite surprise de la réaction disproportionnée d’Israël. Avis partagé par Saïd Okasha, spécialiste des affaires israéliennes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « La réaction d’Israël est exagérée. Les Etats-Unis veulent seulement faire pression sur Israël car ils s’inquiètent du lourd tribut de la guerre alors qu’Israël craint que les Etats-Unis ne durcissent leur position envers lui », explique Okasha. La délégation israélienne devait répondre aux préoccupations américaines concernant une offensive terrestre à Rafah où s’entassent plus de 1,2 million de civils qui ont fui les combats au nord. Déjà embarrassés par la mort de plus de 32 000 Gazaouis, les Etats-Unis insistent sur le risque de pertes civiles et sur un isolement accru d’Israël. « Le type de mission que nous pourrions soutenir est une campagne limitée beaucoup plus ciblée à même d’atteindre les mêmes objectifs mais sans causer de dommages massifs à la population civile », a déclaré le porte-parole du département d’Etat, Matthew Miller. Cependant, Netanyahu avait prévenu qu’il lancerait une opération à Rafah avec ou sans le soutien des Etats-Unis.

Bras de fer Netanyahu-Gantz

L’annulation de l’envoi de la délégation israélienne à Washington n’a pas fait l’unanimité au sein du conseil de guerre où Benny Gantz, l’ancien rival politique de Netanyahu, a vivement refusé la décision. Gantz a affirmé que non seulement la délégation devait se rendre aux Etats-Unis, mais qu’il fallait aussi que le premier ministre s’y rende lui-même pour engager un dialogue direct avec le président américain. Les tensions sont déjà grandes entre Netanyahu et Gantz depuis que ce dernier s’est rendu à Washington et à Londres, début mars, sans avoir reçu l’aval de Netanyahu. « Il n’y a qu’un seul premier ministre, et c’est moi », a fustigé Netanyahu qui a donné ses instructions aux ambassades d’Israël dans les deux pays de ne pas accompagner la visite du ministre. Ce n’est pas le premier différend qui oppose les deux hommes. Alors que Gantz s’opposait à l’inclusion du président du parti Tikva Hadasha, Gideon Saar, au cabinet de guerre, Netanyahu s’était déclaré ouvert à la possibilité de l’y ajouter. Mais il s’était heurté à la demande du ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui souhaitait lui aussi rejoindre le cabinet de guerre. Le fait qui a poussé Saar à annoncer sa démission du gouvernement, précisant que celui-ci n’avait pas réussi à atteindre ses objectifs de guerre à Gaza et qu’il estimait ne pas avoir la possibilité d’influencer le cours du conflit. Dans la rue aussi, le mécontentement grandit contre le gouvernement qui n’a réussi jusqu’à présent ni à libérer les otages, ni à anéantir le Hamas.

Les difficultés rencontrées par Netanyahu ne s’arrêtent pas là. Le 27 mars, le pays était paralysé par une grève générale pour protester contre la décision de Netanyahu de limoger le ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour avoir soutenu l’arrêt de la réforme du système judiciaire. Cette réforme voulue par Netanyahu et ses alliés d’extrême droite et ultra-orthodoxes s’attaque au rôle de la Cour suprême et fait l’objet d’une vive contestation depuis plus de trois mois. Au cours des manifestations, se répétaient les slogans : « Netanyahu démission » et « On veut une Constitution ». La mobilisation a porté ses fruits. Netanyahu a annoncé le report de l’adoption des projets de loi de la réforme à la prochaine session parlementaire qui doit commencer après la Pâque juive, du 5 au 13 avril.

Un autre différend avait déjà opposé Gallant à Netanyahu après le 7 octobre. Le ministre de la Défense avait appelé tous les partis du gouvernement à soutenir sa réforme du service militaire visant à y inclure les juifs ultra-orthodoxes qui sont dispensés du service militaire obligatoire de 32 mois pour les hommes et 24 pour les femmes pour s’adonner aux études religieuses. Cette communauté regroupe 12 % de la population israélienne. Dans les rues, les laïcs protestent, réclamant que le gouvernement mette fin à cette exemption alors que l’armée manque de soldats et que près de 300 000 réservistes ont été rappelés.

La tension est à son comble car à la fin mars arrive à expiration la disposition gouvernementale exemptant les ultra-orthodoxes du service militaire. Si aucune loi n’est présentée avant cette échéance que Netanyahu avait repoussée à plusieurs reprises, le gouvernement devra appliquer un arrêt de la Cour suprême qui juge cette exemption discriminatoire. Selon les commentateurs, Netanyahu tentera de trouver un compromis qui obligerait les ultra-orthodoxes à endosser l’uniforme militaire, tout en cherchant des échappatoires acceptables pour les rabbins.

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