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Abdel-Hadi Rabea : La tempête Daniel doit éveiller la conscience des Libyens

Maha Salem , Vendredi, 22 septembre 2023

3 questions à Dr Abdel-Hadi Rabea, spécialiste de la Libye, sur la gestion de la catastrophe et ses conséquences politiques.

Abdel-Hadi Rabea

Al-Ahram Hebdo : La catastrophe qu’a subie la Libye intervient dans un pays politiquement en crise depuis des années, un pays divisé entre deux autorités. L’élan de solidarité peut-il changer la donne sur le plan politique ?

Dr Abdel-Hadi Rabea : Aucune mesure concrète n’a été envisagée dans ce sens. Pour le moment, seules des décisions pour reconstruire la région dévastée sont prises. Après les inondations, le Conseil présidentiel siégeant à Tripoli a demandé au procureur général d’ouvrir une enquête sur cette catastrophe et de poursuivre en justice toute personne soupçonnée d’« erreurs ou négligences ayant conduit à la rupture des deux barrages ». Donc, on est loin du scénario de l’unification. En effet, les autorités de l’Ouest ont accusé celles de l’Est d’être en quelque sorte responsables de l’ampleur des dégâts, parce que l’absence de plans de développement adéquats et l’usure causée par le temps y a contribué. Certains estiment que si les dégâts sont aussi importants, c’est à cause des conséquences des querelles, des guerres et de la dilapidation des fonds.

Mais la tempête Daniel doit éveiller les consciences des Libyens sur la situation catastrophique de leur pays. Et la communauté internationale doit s’activer à pousser les Libyens à tenir des élections générales et unifier les institutions de l’Etat. C’est là le début d’une vraie solution à la crise libyenne.

— Justement, quel rôle peut jouer la communauté internationale ?

— La réaction première est d’ordre humanitaire. Le Bureau de coordination humanitaire de l’Onu (Ocha) a lancé un appel de fonds de plus de 71 millions de dollars pour venir en aide immédiatement aux sinistrés. Mais malgré les appels de secours, l’aide n’est pas à la hauteur des besoins. Beaucoup de pays craignent que la distribution des aides ne se fasse pas comme il faut. Le spectre des divisions reste pesant, vu que la Libye est gouvernée par deux administrations rivales, l’une à l’Ouest et l’autre à l’Est.

— Pourquoi la tempête Daniel a-t-elle fait autant de dégâts matériels et de pertes humaines ?

— Malheureusement, les autorités libyennes n’ont pas pris les mesures nécessaires pour se protéger contre la catastrophe, se contentant d’ordonner aux habitants de rester chez eux en prévision de la tempête. Depuis plus de deux ans, plusieurs ingénieurs ont déjà averti que les deux barrages de Derna avaient besoin de maintenance, mais les divisions qui secouent la Libye n’affectent pas seulement la vie politique, mais aussi tous les domaines. Malgré ces avertissements, aucun travail n’a été accompli sur les deux barrages, bien que les travaux de maintenance soient prévus dans le budget et que la Libye, qui dispose des réserves pétrolières les plus abondantes d’Afrique, ne manque pas de moyens. Du coup, les deux barrages ont lâché. Ces deux barrages étaient parmi les principales sources d’eau en Libye, celui d’Abou-Mansour est d’une capacité de 22,5 millions de m3, et Al-Balad est de 1,5 million de m3 d’eau. Les infrastructures vétustes, les constructions en violation des règles urbanistiques au cours de la dernière décennie et le manque de préparation face à ce type de catastrophe ont transformé cette ville en un large cimetière.

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