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Rabha Seif Allam : La situation au Liban n’a pas encore mûri pour élire un président

Sabah Sabet , Vendredi, 16 juin 2023

Rabha Seif Allam, spécialiste des affaires libanaises au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, analyse les chances d’élection d’un nouveau président au pays du Cèdre.

Rabha Seif Allam

Al-Ahram Hebdo : Après plus de sept mois d’incapacité d’élire un nouveau président, une séance parlementaire se tient ce mercredi pour choisir un nouveau président au Liban. Quelles sont les chances des candidats ?

Rabha Seif Allam : Il s’agit de la douzième séance parlementaire consacrée à l’élection d’un nouveau président depuis fin octobre 2022. Cette fois, deux candidats sont en lice. Le premier est Jihad Azour, ancien ministre des Finances de 2005 à 2008 et chef du département Moyen-Orient et Asie centrale du Fonds Monétaire International (FMI). Il est appuyé par les principaux partis chrétiens et autour duquel l’opposition se rassemble. Le deuxième candidat est Sleimane Frangié, leader maronite du Nord-Liban qui est soutenu par le Hezbollah et ses alliés. Il est difficile de compter les voix en faveur de chaque candidat, puisqu’il existe des blocs gris au parlement qui n’ont pas annoncé leur position envers tel ou tel candidat.

— Quelle issue attendre de cette séance parlementaire, étant donné qu’une autre, tenue le 29 septembre, a échoué à élire un nouveau président ?

— Le scénario attendu consiste en la tenue de la séance avec un quorum complet et la présence de tous les membres du parlement. Donc, le vote aura lieu et le candidat qui obtiendra la majorité des deux tiers, soit 86 voix, sera élu. Mais, il y aura un bloc considérable qui votera « blanc ». C’est comme un moyen d’exprimer son mécontentement envers les deux candidats, et donc l’élection ne sera pas tranchée dès le premier tour. Dans ce cas, nous serons devant deux possibilités. La première est que les députés assistent à un second tour et selon la Constitution, le candidat qui obtient la majorité absolue de 65 voix sera élu. La seconde est que les députés partent et la séance sera alors ajournée comme lors des précédentes fois. C’est le scénario le plus attendu car la situation politique n’a pas encore mûri pour élire un président. Mais les surprises sont aussi possibles au cas où des alliances se feraient entre certains blocs en faveur d’un candidat.

— Avant la tenue de la séance parlementaire, la France a annoncé la nomination d’un nouvel émissaire pour le Liban. Quelle est la portée de cette annonce ?

— L’élévation de la représentation diplomatique en nommant un émissaire personnel, l’ancien ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, signifie que la France donne plus d’intérêt au Liban dans la période à venir. L’expérience politique de l’ancien chef de la diplomatie française dans la gestion des crises et ses contacts ininterrompus avec les différentes parties lui donneront un poids important en vue d’un règlement de la crise libanaise. Je pense donc qu’on verra prochainement des initiatives lancées par Paris afin de sortir le pays de l’impasse. La France a aussi mené des efforts de règlement de la crise à travers la réunion des cinq (Etats-Unis, France, Arabie saoudite, Egypte, Qatar), tenue en février et consacrée au Liban. En plus, l’intérêt de la France est un signe de l’intérêt européen et international envers le Liban dans la période à venir.

— Mais la France est accusée de rapprochement avec le parti du Hezbollah. Quelles en sont les conséquences ?

— On reproche à la France le fait de tenir des contacts avec l’Iran pour résoudre la crise libanaise. Or, elle estime devoir contacter toutes les parties et qu’une solution à la crise au Liban ne se fera pas sans l’Iran qui, seul, pourra convaincre le Hezbollah d’accepter les consensus présentés par la France ou par d’autres acteurs. En effet, la France est différente des Etats-Unis dans ses réactions face à l’Iran, ce qui lui donne plus de chance de résoudre la crise.

— Le rapprochement en cours entre l’Arabie saoudite et l’Iran pourra-t-il jouer en faveur du Liban ?

— Bien sûr, surtout que l’escalade antérieure entre les deux pays avait toujours son mauvais effet sur la situation au Liban. L’effet de ce rapprochement se voit actuellement dans l’état d’apaisement qui règne au Liban. Mais il ne faut pas croire que seul ce rapprochement résoudra la crise au Liban. On a toujours besoin des efforts des autres acteurs comme la France et l’Egypte par exemple. Ces deux acteurs sont connus par leur flexibilité dans leurs relations avec toutes les parties afin d’aboutir à une solution. Je pense qu’une lueur d’espoir existe, mais il faut beaucoup de temps pour parvenir à une solution.

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