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En Syrie, Washington cible Téhéran

Maha Salem , (avec Agences) , Vendredi, 31 mars 2023

Les forces américaines ont mené des frappes aériennes de précision dans l’est de la Syrie. Des frappes qui ciblent des groupes pro-iraniens et à travers lesquelles Washington veut envoyer plusieurs messages.

En Syrie, Washington cible Téhéran
Plusieurs centaines de soldats américains se trouvent en Syrie au sein d’une coalition antiterroriste.

19 morts. Tel est le bilan, donné par l’Observatoire syrien des droits de l’homme, des frappes aériennes américaines contre des groupes pro-iraniens en Syrie vendredi 24 mars. Washington a dit avoir procédé aux frappes après l’attaque d’un drone d’origine iranienne contre une base de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis près de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, qui a causé la mort d’un sous-traitant américain. Un autre sous-traitant et cinq militaires ont été blessés. « Sur instruction du président Joe Biden, des frappes aériennes de précision ont été menées contre des installations utilisées par des groupes affiliés au corps des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique d’Iran », a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin. Le porte-parole du Pentagone, Pat Ryder, a, quant à lui, déclaré que « ces frappes visaient à montrer que nous prenons la sécurité de notre personnel au sérieux et que nous répondrons si nous sommes menacés ».

Dans un communiqué publié samedi 25 mars, le ministère syrien des Affaires étrangères a dénoncé « les mensonges américains au sujet des sites visés. Il s’agit d’une tentative vaine de justifier un acte d’agression et une violation flagrante de la souveraineté de la Syrie », a expliqué le ministre.

Un timing délicat

Mais pour Washington, il ne s’agit pas de Damas. Le président américain, Joe Biden, a clairement dit que « les Etats-Unis ne cherchaient pas le conflit avec l’Iran, mais étaient prêts à agir avec force pour protéger leur peuple ». Et selon le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), vendredi, dix roquettes ont été tirées en direction des forces américaines et de la coalition sur la base de Green Village, dans le nord-est de la Syrie. En effet, des échanges de tirs provoquant d’importants dégâts chez les deux camps ont lieu de temps à autre.

« Washington accuse les Syriens et les Iraniens d’avoir mené des frappes contre ses bases, mais tant Damas que Téhéran nient les allégations américaines. C’est un scénario classique », affirme Dr Tarek Fahmy, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et à l’AUC. Mais pourquoi maintenant ? Le timing n’est certainement ni aléatoire, ni anodin. Selon l’analyste, cette fois-ci, les frappes américaines portent plusieurs messages. « D’abord, Washington veut rappeler son soutien inconditionnel à son enfant gâté, Israël. Ce dernier vient de frapper l’aéroport d’Alep et au lieu de condamner les frappes israéliennes, les Américains ont mené eux aussi des frappes. Ensuite, Washington veut affirmer qu’il suit de près les mouvements des groupes pro-iraniens. Autre message, Washington veut insister sur le fait qu’il détient toujours un rôle crucial en Syrie et en Iraq, que les Américains sont toujours là et qu’ils ne partiront pas », explique Fahmy.

En effet, plusieurs centaines de soldats américains se trouvent en Syrie au sein d’une coalition luttant contre des cellules du groupe djihadiste Daech. Les troupes américaines soutiennent les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, dominées par les Kurdes), qui avaient mené la bataille ayant délogé Daech des derniers territoires qu’il contrôlait en Syrie en 2019. En août 2022, le président américain avait ordonné des frappes de représailles similaires dans la province de Deir ez-Zor, riche en pétrole, après l’attaque d’un avant-poste de la coalition par plusieurs drones, qui n’avait pas fait de victime. Téhéran, allié de Damas dans la guerre en Syrie, dit avoir déployé des forces dans ce pays à la demande de Bachar Al-Assad, mais seulement en qualité de conseillers.

Reste le plus important, les changements régionaux avec le rétablissement des relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran et les importantes conséquences qui risquent de s’ensuivre. « Washington veut simplement dire qu’il suit de près cette réconciliation et, surtout, qu’elle ne va pas diminuer de son influence dans la région. Les Etats-Unis n’ont l’intention de retirer ni leurs troupes qui s’élèvent à 30 000 militaires ni leurs bases militaires de la région du Golfe », estime Fahmy.

A plusieurs reprises, la coalition internationale a reconnu avoir mené des frappes dans l’est de la Syrie contre des combattants pro-iraniens. Les groupes iraniens et leurs alliés, qui combattent aux côtés du régime de Damas, sont fortement implantés dans ces régions proches de la frontière avec l’Iraq, importants points de passage des armes à destination de la Syrie. Ils partagent le contrôle de ces zones riches en pétrole avec les combattants kurdes soutenus par Washington, qui y déploie de son côté des centaines de soldats.

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