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Au Liban, la crise n’est pas près de prendre fin

(avec Agences) , Ines Eissa , Mercredi, 25 mai 2022

Avec un nouveau parlement morcelé, le Liban entre dans une phase de longues tractations pour la formation d’un gouvernement. Le pays a pourtant besoin d’un exécutif fort pour adopter les réformes indispensables à une relance de l’économie.

Au Liban, la crise n’est pas près de prendre fin
Le grand perdant de ces élections est le Courant Patriotique Libre (CPL) du président Michel Aoun. (Photo : AFP)

Les résultats des élections législatives au pays du Cèdre secouent les forces traditionnelles et menacent les coalitions classiques. Trois donnes sont à retenir. D’abord, le puissant mouvement Hezbollah et ses alliés ont perdu leur majorité au parlement libanais, selon les résultats définitifs des élections législatives publiés le 17 mai, soit deux jours après le scrutin. Le mouvement chiite pro-iranien et ses alliés politiques n’ont pas obtenu les 65 sièges nécessaires pour rester majoritaires. Le grand perdant de ces élections est le Courant Patriotique Libre (CPL) du président Michel Aoun, allié du Hezbollah. Il a vu son groupe parlementaire amputé de plusieurs sièges et ne peut plus se prévaloir d’avoir le plus important bloc chrétien. C’est désormais son rival, les Forces Libanaises (FL) de Samir Geagea, le plus grand vainqueur du scrutin, qui devient le principal bloc chrétien.

Ensuite, les candidats indépendants, issus du mouvement de contestation déclenché en octobre 2019 et qui a duré quelques mois pour réclamer le départ de la classe politique, ont réalisé de bons scores, avec au moins 13 candidats qui feront leur entrée au parlement. Si leur présence au parlement sera ainsi significative, elle ne sera pas suffisante pour imposer des réformes ou initier un changement politique sans alliances avec des partis traditionnels.

Enfin, les partis traditionnels sont toujours là. Ils resteront majoritaires dans le nouveau parlement. Les représentants des grandes familles qui dominent la vie politique depuis des décennies, comme les Joumblatt (druze), Gemayel, Frangié, El-Khazen (maronites), ont tous été réélus.

Trois donnes qui ne permettent cependant pas au pays de sortir de la crise. Car, en l’absence d’une majorité claire, la formation du gouvernement ne sera pas une tâche aisée dans un pays où, traditionnellement déjà, les tractations durent des mois après chaque élection. « Le scrutin n’a pas donné de majorité permettant aux deux camps principaux de former un gouvernement sans recourir à une coalition avec les petits partis ou bien les indépendants. Ceux-ci totalisent plus de 25 sièges, ce qui pourrait faire d’un petit parti un faiseur de roi pour la formation du nouveau gouvernement », explique Dr Mona Soliman, professeure de sciences politiques et experte dans les affaires régionales, qui ajoute que l’absence de l’ancien premier ministre Saad Hariri et de son parti le Courant du Futur a donné lieu à une dispersion des voix sunnites, ce qui complique la scène politique dans le pays. « Dans ces conditions, la formation d’un nouveau gouvernement risque de prendre des mois, à l’instar de ce qui se passe en Iraq où les consultations durent depuis 8 mois sans aboutir à un accord », estime l’analyste.

Tout ceci laisse craindre une plus grande polarisation politique et qui va probablement se traduire par des blocages institutionnels, à l’heure où le Liban a urgemment besoin d’un pouvoir exécutif disposant d’une vaste marge de manoeuvre pour adopter les réformes indispensables à une relance de l’économie.

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